Au cœur d’un quartier réputé pour sa quiétude et ses espaces verdoyants, le parcours de santé d’El Manar offre aujourd’hui le spectacle désolant d’un lieu à l’abandon, loin de la vocation sportive et récréative qui lui était initialement assignée.
Dès les premiers pas, le constat s’impose avec une évidence presque accablante. Les sentiers, jadis tracés pour accueillir joggeurs et promeneurs, sont devenus difficilement praticables. La terre, creusée par les intempéries et déformée par l’absence d’entretien, cède sous les pas.
Par endroits, la végétation a repris ses droits avec une vigueur incontrôlée, transformant les chemins en corridors étroits où les branches basses griffent les passants et où les herbes hautes dissimulent les irrégularités du sol.

Plus loin, ce ne sont plus seulement les feuillages envahissants qui entravent la progression, mais de véritables obstacles naturels. Des arbres imposants, déracinés ou penchés dangereusement, barrent le passage, contraignant les usagers à rebrousser chemin ou à improviser des détours hasardeux.
Ce qui devait être un espace de bien-être se mue ainsi en parcours d’obstacles imprévisible, où la vigilance remplace le plaisir.
À cette dégradation physique s’ajoute la pollution : sacs en plastique éventrés, bouteilles abandonnées, déchets divers laissés sans la moindre intervention. L’absence de poubelles fonctionnelles ou de collecte régulière semble avoir installé une forme de résignation, où chacun contribue, par négligence ou indifférence, à l’enlisement du lieu dans l’insalubrité.
Le silence lui-même, autrefois apaisant, prend une tonalité différente. Il n’est plus celui d’un refuge naturel préservé, mais celui d’un espace déserté, comme si les habitués avaient peu à peu renoncé à fréquenter ce parcours devenu hostile. Les équipements, lorsqu’ils subsistent, portent les stigmates du temps : bois fissuré, structures rouillées, installations inutilisables.

À cette dégradation matérielle s’ajoute désormais une inquiétude plus sourde, mais tout aussi préoccupante : celle de l’insécurité. À la tombée de la nuit, le parcours se vide et bascule dans une atmosphère pesante, presque dissuasive.
L’absence d’éclairage, combinée à l’enchevêtrement des végétaux et à l’isolement des lieux, en fait un espace propice aux dérives. Il se murmure même que le site est devenu si peu sûr que certains agents des forces de l’ordre eux-mêmes hésitent à le traverser une fois la nuit tombée. Ce glissement, du délaissement à la crainte, achève de transformer ce qui devait être un lieu de vitalité en une zone que l’on contourne, par prudence autant que par renoncement.
Ce tableau, loin d’être anecdotique, soulève une question plus profonde sur la gestion des espaces publics et la place accordée à la qualité de vie urbaine. Comment un lieu dédié à la santé et au bien-être a-t-il pu sombrer dans un tel état de dégradation ? L’absence d’entretien régulier, conjuguée à un manque de surveillance et de responsabilisation collective, semble avoir progressivement condamné ce parcours à l’oubli.
N.J










