Une publication largement relayée sur plusieurs pages Facebook tunisiennes affirme que « l’Espagne condamne à cinq ans de prison toute personne insultant le prophète Mohammed ou l’islam ». De nombreux internautes ont salué ce qu’ils perçoivent comme une forme de respect religieux en Europe, tandis que d’autres se disent surpris par une législation jugée particulièrement sévère.


Cette affirmation est toutefois fausse.
Après vérification, aucune loi espagnole ne prévoit une peine de cinq ans de prison pour « insulte au prophète Mohammed » ou à l’islam. Le droit espagnol repose sur un principe fondamental : la liberté d’expression, encadrée par des dispositions visant à lutter contre les discours de haine.
Le code pénal espagnol sanctionne certains actes d’incitation à la haine, à la discrimination ou à la violence, notamment sur des bases religieuses. Mais ces dispositions s’appliquent à toutes les religions et à tous les groupes, sans distinction, et ne visent en aucun cas spécifiquement l’islam. Surtout, les peines prévues dans ce cadre ne correspondent pas à celles avancées dans la publication virale.
En pratique, les tribunaux espagnols examinent ces affaires au cas par cas, en tenant compte du contexte, de l’intention et de l’impact des propos. Il ne s’agit donc ni d’une interdiction générale d’« insulter une religion », ni d’un mécanisme automatique de condamnation.
Pourquoi cette intox circule-t-elle autant ?
Elle s’inscrit dans un contexte particulier. Depuis fin février 2026, les tensions au Moyen-Orient alimentent une forte circulation de contenus émotionnels et politisés. Parallèlement, les prises de position du Premier ministre espagnol, Pedro Sánchez, appelant au respect du droit international et à la protection des civils, ont été bien accueillies par une partie de l’opinion publique tunisienne et arabe.
Ce climat contribue à amplifier la diffusion de publications trompeuses, qui mélangent faits réels et informations inventées. En attribuant à l’Espagne une législation inexistante mais perçue comme favorable à l’islam, ces contenus renforcent des récits simplifiés et émotionnels.
En résumé, l’Espagne protège la liberté d’expression tout en sanctionnant les discours de haine, quelle que soit la religion visée. Aucune loi ne prévoit une peine spécifique de cinq ans de prison pour insulte à l’islam ou au prophète Mohammed.
R.A.












