À 24 heures de son Congrès national, l’Union générale tunisienne du travail affiche un nombre record de candidatures, sans pour autant susciter un véritable débat. Pas moins de 91 prétendants, dont 46 pour le bureau exécutif, briguent des postes de direction, un chiffre inédit dans l’histoire de la centrale.
Mais cette effervescence apparente contraste avec un silence inhabituel. Aucun candidat ne mène de campagne visible, aucune tournée régionale n’est organisée et aucun débat public n’émerge, ni dans les médias ni sur les réseaux sociaux.
Les discussions semblent se dérouler en coulisses, sous forme de négociations entre groupes et régions. Plus que des visions ou des projets, ce sont des équilibres internes qui dominent. Le congrès apparaît ainsi davantage comme une compétition pour le pouvoir que comme un moment de réflexion stratégique sur l’avenir du syndicat, fragilisé par de profondes tensions internes.
Des tensions internes inédites et une légitimité contestée
Invité de la matinale de Jawhara FM mardi 24 mars 2026, Noureddine Chemengui, ancien dirigeant syndical et porte-parole de l’Initiative syndicale pour la révision et la réforme, est revenu sur les récents développements au sein de l’UGTT à l’approche du congrès.
Rappelant que l’existence de courants d’opposition n’est pas nouvelle au sein de la centrale, il a toutefois souligné que la période actuelle se distingue par une intensité accrue des tensions.
L’unanimité est loin d’être acquise et une partie des syndicalistes demeure opposée à la tenue du congrès dans les conditions actuelles. Cette opposition est plurielle : certains privilégient une démarche juridique, tandis que d’autres expriment un rejet plus radical du processus en cours.
Comparant le fonctionnement des structures syndicales à un contrat social liant les bases, les congressistes et la direction, il estime que la direction actuelle, en proie à des blocages internes, a perdu de facto sa légitimité à conduire l’organisation.
Un congrès présenté comme issue à la crise
Face à cette impasse, le recours au congrès apparaît néanmoins comme la solution la plus appropriée. « Il faut rendre la parole aux bases », a affirmé Noureddine Chemengui, estimant que les congressistes sont seuls habilités à trancher, que ce soit en élisant une nouvelle direction ou en reconduisant l’ancienne.
Le congrès demeure ainsi, selon lui, « souverain ».
Revenant sur les origines de la crise, il a indiqué que celle-ci remonte au 22e congrès de l’organisation, avant de s’aggraver progressivement. Il décrit un climat de division au sein de la direction, allant jusqu’à l’absence de communication entre certains membres du bureau exécutif.
Cette situation a culminé lors de l’épisode de la grève générale, marqué notamment par la démission puis le retour du secrétaire général, dans un contexte qu’il qualifie de particulièrement critique pour la survie de l’organisation.
Crise financière et nécessité de refondation
Au-delà des dissensions internes, Noureddine Chemengui a également pointé les difficultés financières auxquelles fait face l’UGTT, notamment après la suspension du mécanisme de prélèvement automatique des cotisations.
Il rappelle que la centrale a déjà traversé des crises similaires par le passé, notamment dans les années 1970 et 1980, périodes durant lesquelles elle avait su se restructurer et préserver son rôle.
Il insiste ainsi sur la nécessité de repenser la gestion interne, en diversifiant les sources de financement et en rationalisant les dépenses. Il évoque également certaines pratiques jugées excessives, reconnaissant l’existence d’une forme de « gaspillage » qui alimente les critiques au sein des bases syndicales.
Le syndicaliste plaide, par ailleurs, pour l’émergence d’une nouvelle direction porteuse d’un discours renouvelé, tant vis-à-vis des structures internes que des autorités publiques. Cette nouvelle équipe devra, selon lui, redéfinir la stratégie syndicale, notamment en matière de négociations sociales, dans un contexte socio-politique tendu.
Pour lui, le congrès à venir représente une « étape décisive » pour l’avenir de l’UGTT. Entre recomposition interne, redéfinition des priorités et restauration de la confiance, la centrale syndicale est appelée à engager une véritable refondation pour continuer à jouer pleinement son rôle dans le paysage social tunisien.
N.J












