Heure de Tunis :
Plus de prévisions: Meteo 25 jours Paris
Light
Dark

Inflation et pétrole : risques et stratégies pour transformer la crise en opportunité

Par Imen Nouira

Pétrole, inflation, commerce : la guerre au Moyen-Orient crée des risques économiques immédiats pour la Tunisie, mais elle ouvre aussi des pistes stratégiques. Mardi 24 mars 2026, Bassem Ennaifer a exposé sur Express FM comment le pays peut anticiper les impacts sur le marché de l’énergie, les importations et exploiter ces défis pour en tirer des opportunités économiques.

Volatilité des marchés et effets immédiats sur les prix de l’énergie

Selon M. Ennaifer, la récente escalade des tensions au Moyen-Orient a généré des fluctuations considérables sur les marchés financiers et pétroliers. Les indices boursiers mondiaux ont enregistré des gains et pertes de l’ordre de mille à 2.000 milliards de dollars en très peu de temps.

« On a vu le pétrole chuter de près de 17 dollars le baril, soit environ 15% », explique-t-il. Ces variations, bien que spectaculaires, sont qualifiées par l’analyste de temporaires, résultant de réactions immédiates aux déclarations politiques et aux négociations diplomatiques entre les États concernés.

L’analyste souligne que l’usage massif des technologies et de l’intelligence artificielle dans le suivi des infrastructures pétrolières et des marchés financiers amplifie cette volatilité. « Les traders peuvent réagir instantanément à l’information, ce qui entraîne des mouvements de marché très rapides », précise-t-il.

Conséquences directes pour la Tunisie

Pour la Tunisie, pays importateur d’énergie, la guerre au Moyen-Orient a un impact indirect mais tangible sur l’économie. L’augmentation des prix du pétrole entraîne une hausse du coût des matières premières et des produits manufacturés importés, ce qui peut accentuer l’inflation et peser sur la facture énergétique nationale.

« Plus le pétrole augmente, plus le coût des importations pour la Tunisie s’élève, affectant le pouvoir d’achat et le rythme de croissance économique », avertit M. Ennaifer.

En outre, M. Ennaifer a souligné que la situation génère une prime de risque accrue pour la Tunisie. Cette prime de risque, liée à la volatilité des marchés et à la hausse des prix du pétrole, se traduit par un coût plus élevé pour le financement extérieur, affectant les emprunts souverains et les investissements étrangers. Elle se reflète également dans les taux d’intérêt et les assurances contre le risque politique. Selon lui, anticiper cette prime et diversifier les sources d’énergie ainsi que les partenaires commerciaux est essentiel pour limiter l’impact économique de cette instabilité.

Toutefois, l’analyste note que la Tunisie n’est pas exposée aux risques liés aux exportations d’énergie, contrairement aux pays producteurs. La dépendance énergétique du pays fait que les impacts sont surtout ressentis sur le plan des coûts et de la gestion budgétaire, et non sur les recettes d’exportation.

Perspectives à court et moyen terme

Bassem Ennaifer souligne que les marchés restent attentifs aux déclarations des responsables politiques et aux indicateurs économiques mondiaux, notamment le niveau des stocks de pétrole et la production des grandes économies.

« Chaque information, qu’elle soit positive ou négative, influence immédiatement les prix, mais les niveaux normaux finissent par se rétablir », explique-t-il.

Sur le plan économique tunisien, l’analyste prévoit que l’inflation pourrait être plus élevée que les prévisions initiales pour 2026 si les prix des matières premières continuent à augmenter. « La croissance pourrait ralentir, mais l’impact dépendra de la durée et de l’ampleur des tensions géopolitiques ».

M. Ennaifer a également exploré différents scénarios à moyen terme pour l’économie tunisienne, en distinguant une trajectoire pessimiste et une trajectoire optimiste. Dans le scénario pessimiste, la prolongation des tensions au Moyen-Orient pourrait maintenir les prix du pétrole à des niveaux élevés, entraînant une pression accrue sur l’inflation, le coût des importations et le pouvoir d’achat des Tunisiens. La croissance économique nationale pourrait ralentir, tandis que le budget de l’État serait sollicité pour compenser les effets sur l’énergie et les produits essentiels.

À l’inverse, dans le scénario optimiste, la stabilisation progressive des marchés permettrait à la Tunisie de mieux gérer ses coûts énergétiques et d’investir dans des initiatives stratégiques, notamment les énergies renouvelables et l’efficacité énergétique.

Selon l’analyste, ces mesures, combinées à un renforcement des partenariats commerciaux avec l’Union européenne et à une diversification des approvisionnements, pourraient transformer la crise en opportunité, renforçant la résilience économique et la position stratégique du pays dans la région.

Opportunités dans le secteur de l’énergie propre

En parallèle, M. Ennaifer attire l’attention sur une opportunité stratégique pour la Tunisie : le développement des énergies renouvelables.

« La guerre au Moyen-Orient met en lumière l’importance de diversifier les sources d’énergie et d’investir dans le renouvelable, ce qui renforce la position stratégique de la Tunisie », indique-t-il. Selon lui, cela permet non seulement de réduire la dépendance aux importations énergétiques mais aussi d’améliorer la compétitivité et le rôle de la Tunisie sur le plan régional.

Relations économiques avec l’Union européenne

L’entretien a également abordé les relations économiques tuniso-européennes. Le ministre des Affaires étrangères, Mohamed Ali Nafti, a récemment eu un échange téléphonique avec la Commissaire européenne pour la Méditerranée, dans le cadre de la célébration du 70e anniversaire de l’indépendance de la Tunisie. L’occasion a été saisie pour réaffirmer l’importance du partenariat économique avec l’Union européenne et la nécessité de le réviser afin de le rendre plus équilibré et adapté aux défis contemporains.

M. Ennaifer souligne que ces partenariats sont essentiels pour la Tunisie, notamment en termes d’exportations et de chaînes d’approvisionnement.

« Avec environ 70% des exportations tunisiennes dirigées vers l’Europe, toute amélioration des accords de partenariat peut générer des retombées positives significatives pour l’économie locale, tant en matière de commerce que d’emploi et de financement ».

Transformer la crise en opportunité

Pour Bassem Ennaifer, la guerre au Moyen-Orient est un facteur de volatilité à la fois pour les marchés mondiaux et pour l’économie tunisienne.

« La capacité de la Tunisie à anticiper, s’adapter et investir dans des secteurs stratégiques, tels que l’énergie propre, pourrait transformer les risques géopolitiques en opportunités de croissance et de positionnement régional ».

Selon l’analyste, les décisions stratégiques dans les énergies renouvelables et le renforcement des partenariats commerciaux avec l’Union européenne permettront à la Tunisie d’atténuer les effets négatifs de la volatilité des marchés et de renforcer son rôle sur la scène régionale.

I.N.

Subscribe to Our Newsletter

Keep in touch with our news & offers

Répondre

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *