À 44 kilomètres des côtes libyennes, le méthanier russe Arctic Metagaz, endommagé depuis début mars, dérive toujours sans contrôle et sans intervention effective sur le terrain, selon les autorités locales. Alors que la National Oil Corporation assure avoir mandaté des experts internationaux, la Commission de sûreté nationale libyenne alerte sur le risque imminent d’une catastrophe écologique et humaine, pointant l’urgence d’une action concrète avant qu’il ne soit trop tard.
Une dérive inquiétante vers les côtes libyennes
Le méthanier russe Arctic Metagaz, gravement endommagé début mars au large de Malte lors d’une attaque attribuée par Moscou à des drones ukrainiens, dérive désormais dangereusement vers les côtes libyennes. Long de 277 mètres, le navire a été abandonné par ses trente membres d’équipage après des explosions survenues le 3 mars, perdant tout contrôle et mettant en alerte les autorités méditerranéennes.
Selon les derniers communiqués de la municipalité de Zwara, publiés dimanche 22 et lundi 23 mars 2026, le navire se trouvait à environ 65 kilomètres de la côte avant de se rapprocher à 44 kilomètres, se déplaçant vers le sud-ouest sous l’effet des courants et du vent. Les autorités locales ont insisté sur la surveillance continue du méthanier et ont exprimé leur étonnement face aux informations relayées sur l’intervention de la National Oil Corporation (NOC) libyenne et de son partenaire stratégique italien, Eni, affirmant qu’aucune action concrète n’avait été observée sur le terrain.
Un cocktail hautement dangereux
Le Arctic Metagaz transporte environ 450 tonnes de fioul lourd, 250 tonnes de gazole et une quantité non précisée de gaz naturel liquéfié (GNL), maintenu à très basse température. Ce mélange inflammable représente un risque majeur : une fuite de fioul provoquerait une pollution durable de la Méditerranée, tandis qu’une défaillance du système de refroidissement du GNL pourrait déclencher une explosion avec des conséquences environnementales et sanitaires catastrophiques. Pour l’instant, aucune fuite n’a été détectée, mais le navire demeure hors de contrôle.
Réactions officielles et inquiétudes
Le samedi 21 mars 2026, la NOC avait annoncé : « Des experts internationaux sont arrivés pour prendre en charge le méthanier russe endommagé au large des côtes libyennes. La National Oil Corporation, via sa filiale Mellitah Oil & Gas et en coopération avec son partenaire stratégique Eni, a mandaté une société spécialisée dans la gestion d’incidents pour remorquer le navire vers un port libyen et limiter les risques de pollution. Une cellule de crise a été créée pour coordonner toutes les opérations sous la supervision directe du président du conseil d’administration et en coordination avec les autorités compétentes. Toutes les installations pétrolières libyennes, des plateformes offshore aux ports, sont protégées contre toute pollution ou risque connexe. »
Malgré ces assurances, la Commission de sûreté nationale du Haut Conseil d’État libyen a exprimé, mardi 24 mars 2026 : « Extrême étonnement et grande inquiétude » face à l’absence d’un « mouvement concret et effectif » pour gérer la situation, pointant la responsabilité de la NOC, du gouvernement de l’unité nationale et de la marine libyenne. La commission a insisté sur la nécessité d’une intervention immédiate afin de prévenir une catastrophe humaine et environnementale. »
Une menace régionale
Le spectre d’un désastre dépasse largement les frontières libyennes. Pour plusieurs pays méditerranéens — Italie, Espagne, Malte, Grèce et Chypre — le danger est « imminent et grave », et un appel a été lancé à l’Union européenne pour une intervention d’urgence. La Méditerranée étant une mer semi-fermée, tout rejet de polluants pourrait rapidement atteindre les côtes tunisiennes, affectant les écosystèmes marins, la pêche et le tourisme.
L’ONG World Wildlife Fund (WWF) met en garde contre deux scénarios catastrophes : une fuite massive de fioul ou une explosion liée au GNL. Dans les deux cas, l’impact environnemental serait durable et pourrait provoquer des dommages considérables sur plusieurs pays riverains.
Suivi et perspectives
À Zwara, les autorités municipales maintiennent une surveillance constante, insistant sur la priorité absolue à la protection de l’environnement et à la sécurité des populations. Elles ont appelé les citoyens à se tenir informés uniquement par des sources officielles et à rester attentifs à l’évolution de la situation.
Pour l’heure, tout dépend de la capacité des autorités libyennes et de leurs partenaires internationaux à sécuriser le méthanier avant qu’il n’atteigne les côtes. La situation demeure critique, et chaque jour qui passe augmente le risque d’un incident majeur susceptible d’affecter l’ensemble du bassin méditerranéen.
I.N.










