Invité de la radio nationale, mercredi 25 mars 2026, le président du Conseil national de l’Ordre des pharmaciens, Mustapha Laroussi, a annoncé le lancement d’une vaste consultation nationale destinée à repenser en profondeur l’avenir du secteur pharmaceutique en Tunisie. Une initiative qu’il inscrit dans une dynamique d’anticipation face aux mutations rapides du monde contemporain.
Une démarche participative pour bâtir l’avenir
Lancée officiellement il y a deux jours, cette consultation ambitionne de réunir l’ensemble des pharmaciens tunisiens autour d’un objectif commun : définir collectivement les priorités et les orientations futures de la profession. « L’idée est de faire participer tous les pharmaciens à la construction de leur avenir », a souligné Mustapha Laroussi, saluant au passage le soutien du président de la République à cette initiative.
Dans un contexte marqué par des bouleversements géopolitiques et technologiques majeurs, le responsable a insisté sur une conviction forte : toute profession qui ne prépare pas son avenir est vouée à disparaître.
La démarche s’articule autour de plusieurs étapes clés. Il s’agit d’abord d’établir un diagnostic précis de la réalité du secteur, en associant largement les professionnels. Cette phase débutera officiellement à la fin de la semaine et s’étendra sur un mois.
Près de 8000 pharmaciens, exerçant en Tunisie comme à l’étranger, sont appelés à participer à cette consultation. L’objectif est ensuite de dégager des priorités avant de les traduire dans un livre blanc qui formulera des propositions concrètes, notamment sur les réformes législatives nécessaires.
Ce document stratégique est appelé à devenir une véritable boussole pour la profession, reflétant une vision consensuelle et partagée.
Une profession au cœur des mutations mondiales
Pour Mustapha Laroussi, la pharmacie évolue dans un environnement en pleine transformation, marqué par l’essor de l’intelligence artificielle, les innovations biotechnologiques et les recompositions du marché mondial du médicament. De nouvelles pratiques émergent, allant du suivi des patients atteints de cancer à l’utilisation d’outils numériques avancés en laboratoire.
Dans ce contexte, il a appelé à mobiliser toutes les compétences, y compris celles souvent méconnues, afin d’aligner la profession tunisienne sur les standards internationaux.
Le président de l’Ordre a également insisté sur les défis à l’échelle africaine. Il a rappelé que le continent ne représentait qu’environ 1% de la production mondiale de médicaments, un chiffre qu’il juge alarmant. La Tunisie, bien que plus avancée que plusieurs pays voisins, reste marginale à l’échelle globale.
Face à ce constat, il a plaidé pour un renforcement de la souveraineté pharmaceutique africaine, appelant la Tunisie à jouer un rôle moteur. L’objectif : réduire la dépendance vis-à-vis des laboratoires internationaux et garantir un accès sécurisé aux médicaments, à l’abri des tensions géopolitiques.
Autre enjeu majeur : la prolifération des médicaments contrefaits, particulièrement en Afrique. Si la Tunisie reste relativement épargnée, des tentatives d’introduction via les réseaux sociaux ont été signalées.
Mustapha Laroussi a dans ce sens lancé un appel clair aux citoyens : « Le médicament ne doit être acheté qu’en pharmacie ». Il a souligné également le rôle croissant des technologies, notamment l’intelligence artificielle, dans la lutte contre ce fléau.
Un secteur stratégique à consolider
Aujourd’hui, environ 75% des médicaments consommés en Tunisie sont produits localement, un indicateur jugé positif mais qui nécessite d’être consolidé. Le défi consiste à garantir la disponibilité continue de ces produits, dans un contexte international marqué par des ruptures d’approvisionnement et des reconfigurations industrielles.
Le responsable a mis également en lumière la nécessité de renforcer les équilibres du système de santé, notamment à travers la consolidation de la Caisse nationale d’assurance maladie, qu’il a qualifié de « banque de la santé ». « Un système de santé ne peut être performant sans une structure de financement solide », a-t-il insisté.
Mustapha Laroussi a rappelé que chaque jour, près de 500.000 Tunisiens fréquentent les officines, faisant de cette profession l’une des plus proches et des plus appréciées par les citoyens.
N.J










