Après plusieurs jours d’inquiétude et d’alertes croissantes quant au risque d’une catastrophe environnementale en Méditerranée, les autorités libyennes affirment avoir repris la maîtrise de la situation du méthanier russe Arctic Metagaz, endommagé depuis début mars et dérivant au large des côtes de Zwara.
Une opération de stabilisation engagée en urgence
Alors que le navire se trouvait encore récemment à 44 kilomètres des côtes libyennes, dérivant sans contrôle et sans intervention effective sur le terrain selon plusieurs sources locales, les autorités ont finalement décidé d’agir pour éviter le pire.
Le centre de communication gouvernementale libyen a annoncé, mercredi 25 mars 2026, que la situation est désormais « sous contrôle total », grâce à une mobilisation coordonnée de plusieurs institutions, notamment le ministère de la Défense, le ministère des Transports, la société pétrolière National Oil Corporation (NOC), les garde-côtes et les autorités portuaires.
Dans son communiqué, il précise :
« Il a été confirmé que la situation du navire russe au large des côtes libyennes est sous contrôle total. Les remorqueurs libyens “Al-Samida” et “Al-Irada 5” ont réussi à suivre et stabiliser le navire malgré des conditions météorologiques difficiles, en préparation des opérations de remorquage selon les plans techniques établis. »
Les autorités indiquent également que la cellule de crise poursuit ses travaux en continu afin de suivre l’évolution de la situation et d’intervenir rapidement en cas d’urgence, tout en assurant la protection de l’environnement marin.
Une coordination militaire et technique renforcée
La veille, le ministère libyen de la Défense avait déjà fait état d’une prise en charge progressive du dossier, soulignant une coordination étroite avec les différentes parties concernées.
Selon ce communiqué, les équipes spécialisées ont réussi à atteindre le méthanier, à le sécuriser et à le relier de manière sûre en vue de son remorquage vers une zone appropriée.
« Les équipes compétentes ont pu atteindre le navire, le sécuriser et l’attacher de manière sûre, en préparation de son remorquage vers un site adapté, conformément à un plan technique précis visant à contrôler sa situation et empêcher sa dérive vers le littoral », indique le texte.
Le ministère souligne suivre l’opération « 24 heures sur 24 », avec la participation de moyens techniques et logistiques, dont un remorqueur opérant dans les champs pétroliers, afin d’accélérer et sécuriser les opérations.
Une mobilisation engagée dès le 24 mars à Misrata
Dès le mardi 24 mars 2026, soit avant la publication du communiqué du gouvernement, la zone franche de Misrata avait annoncé le déploiement d’une équipe spécialisée en affaires maritimes à bord du remorqueur « Al-Samida » pour appuyer les opérations.
Cette intervention s’inscrit dans un dispositif élargi impliquant la salle des opérations centrale, les garde-côtes et les autorités portuaires, avec pour objectif de limiter les risques et d’assurer la sécurité de la navigation.
« L’équipe s’est mobilisée immédiatement pour gérer la situation, en mobilisant son expertise et ses capacités techniques afin de garantir la sécurité maritime et de limiter toute répercussion ou dommage potentiel », précise le communiqué.
Une cellule de suivi dédiée a également été activée pour assurer une coordination continue avec les différentes parties prenantes.
Retour sur une dérive à haut risque en Méditerranée
L’Arctic Metagaz, long de 277 mètres, est au cœur d’une crise maritime depuis le début du mois de mars 2026. Le navire a été gravement endommagé le 3 mars au large de Malte, à la suite d’explosions attribuées par Moscou à des drones ukrainiens.
Abandonné par ses trente membres d’équipage, il s’est retrouvé à la dérive, sans contrôle, sous l’effet des vents et des courants marins.
Dans les jours qui ont suivi, le méthanier s’est progressivement rapproché des côtes libyennes, passant d’environ 65 kilomètres à seulement 44 kilomètres de Zwara, suscitant une vive inquiétude des autorités locales et des acteurs régionaux.
Un cocktail hautement dangereux
Le navire transporte une cargaison particulièrement sensible, composée d’environ 450 tonnes de fioul lourd, 250 tonnes de gazole et une quantité non précisée de gaz naturel liquéfié (GNL), maintenu à très basse température.
Cette combinaison représente un risque majeur :
- une fuite de fioul pourrait provoquer une pollution durable en Méditerranée,
- une défaillance du système de refroidissement du GNL pourrait entraîner une explosion aux conséquences potentiellement catastrophiques.
Jusqu’à présent, aucune fuite n’a été détectée, mais la dérive incontrôlée du navire avait fait craindre le pire.
Des critiques face à l’inaction initiale
Malgré les annonces de la National Oil Corporation, qui avait affirmé dès le 21 mars avoir mandaté des experts internationaux pour gérer la situation en coopération avec son partenaire italien Eni, plusieurs voix s’étaient élevées pour dénoncer l’absence d’intervention concrète.
La Commission de sûreté nationale du Haut Conseil d’État libyen avait exprimé, le 24 mars, son « extrême étonnement et grande inquiétude » face à l’absence de mesures visibles sur le terrain, appelant à une action immédiate pour éviter une catastrophe humaine et environnementale.
Une menace régionale toujours surveillée
Au-delà de la Libye, la situation du méthanier a suscité une inquiétude à l’échelle régionale. La Méditerranée étant une mer semi-fermée, tout incident majeur pourrait rapidement affecter plusieurs pays riverains, dont la Tunisie.
Une pollution ou une explosion aurait des répercussions directes sur les écosystèmes marins, la pêche et le tourisme dans toute la région.
Des organisations internationales, dont le WWF, avaient mis en garde contre deux scénarios extrêmes : une marée noire ou une explosion liée au GNL, tous deux susceptibles de provoquer des dégâts durables.
Une situation stabilisée, mais encore sous surveillance
Si les autorités libyennes affichent désormais leur confiance quant à la maîtrise de la situation, l’opération reste en cours et dépendra de la réussite du remorquage du navire vers une zone sécurisée.
La mobilisation des moyens techniques et la coordination entre les différents acteurs seront déterminantes pour éviter tout incident.
Après plusieurs jours d’incertitude et de critiques, la Libye semble avoir repris la main sur ce dossier hautement sensible, dont les enjeux dépassent largement ses seules frontières.
I.N.











Commentaire
Gg
Bravo aux Lybiens, bravo!