Les travaux du 26ᵉ congrès de l’Union générale tunisienne du travail (UGTT), tenu à Monastir, se poursuivent dans un climat mêlant tensions internes, contestations extérieures et tractations de dernière minute. Invité sur Jawhara FM, le journaliste spécialisé Sofien Lassoued a livré une lecture détaillée des événements ayant marqué la première journée du congrès.
Contrairement aux éditions précédentes, les travaux du congrès n’étaient pas pas ouverts de manière classique aux médias. La couverture limitée a laissé place à des fuites émanant directement des congressistes.
Parmi les séquences les plus relayées figure une vidéo montrant Mohsen Youssfi, secrétaire général adjoint chargé du patrimoine de l’UGTT et de l’économie sociale et solidaire et membre du bureau exécutif, s’en prenant violemment au secrétaire général sortant Noureddine Taboubi. Il l’a notamment accusé d’avoir conduit l’organisation « vers l’abîme » et l’a qualifié de « traître ».
Selon Sofien Lassoued, ce type d’attaque n’est pas inédit, l’intéressé ayant déjà exprimé publiquement son hostilité à l’égard de Taboubi par le passé.
Face à cette altercation, la réaction de Noureddine Taboubi, en sa qualité de président du congrès, a été jugée mesurée. Il a évité toute confrontation directe, contribuant à contenir l’escalade et à préserver le bon déroulement des travaux.
Malgré cet épisode tendu, les débats à l’intérieur de la salle se sont poursuivis dans un climat relativement normal, les interventions des délégués restant globalement maîtrisées, Selon Sofien Lassoued.
En revanche, à l’extérieur, dans l’enceinte de l’hôtel accueillant le congrès, des syndicalistes opposants ont organisé un rassemblement. Brandissant des slogans dénonçant ce qu’ils qualifient de « bureaucratie syndicale » et remettant en cause la légitimité du congrès, ces manifestants étaient présents en nombre limité. « Il s’agit de quelques dizaines de personnes, et non de centaines », a précisé Sofien Lassoued, évoquant par ailleurs une diminution progressive de leur mobilisation.
Sur le plan financier, la centrale syndicale traverse une période délicate. Le rapport financier, présenté lors du congrès, doit encore être soumis au vote des congressistes. Toutefois, la réalité d’un endettement important est désormais largement admise.
D’après les explications de Sofien Lassoued, l’UGTT a contracté des emprunts conséquents ces dernières années, notamment pour financer la construction de son nouveau siège à la place Mohamed Ali, en plus des crédits mobilisés pour augmenter sa participation dans une compagnie d’assurance, à la suite d’une augmentation de capital initiée par une banque publique.
Sur le plan organisationnel, plusieurs décisions majeures ont été adoptées. Le congrès a notamment entériné l’abrogation de l’article 20, au profit d’un retour à une limitation des mandats à deux termes, comme cela était le cas lors du congrès de 2002. Une réforme hautement symbolique, ce point ayant constitué l’un des principaux facteurs de la crise interne récente.
Autre évolution : la réduction du nombre de membres du bureau exécutif national à 13 à partir des prochains congrès, contre 15 actuellement.
Dans ce contexte tendu, les négociations ont finalement abouti à la formation d’une liste consensuelle, fruit d’un large compromis entre plusieurs composantes influentes de l’organisation. Cette liste est conduite par Salah Eddine Selmi, membre du bureau exécutif.
Si elle venait à s’imposer, elle ouvrirait la voie à son accession au poste de secrétaire général de l’UGTT. Elle regroupe plusieurs figures syndicales de premier plan, issues notamment des unions régionales et des fédérations sectorielles les plus influentes.
N.J













