L’athlète paralympique tunisienne Raoua Tlili a suscité une vive réaction sur les réseaux sociaux en publiant une vidéo, dans la soirée de jeudi 26 mars 2026, dans laquelle elle a exprimé, avec émotion et fermeté, son indignation face à la situation des sportifs tunisiens. Dans une intervention empreinte d’amertume, elle a dressé un constat alarmant d’un milieu sportif qu’elle estime en souffrance et livré à lui-même.
La championne a fait part d’un profond malaise, évoquant un « déclin progressif » et une détérioration du climat sportif. Selon elle, de nombreux athlètes vivent dans la douleur, l’injustice et la frustration, tandis que les responsables demeurent, à ses yeux, indifférents à leurs difficultés. Elle a déploré notamment un manque d’intérêt réel pour le sort des sportifs, allant jusqu’à suggérer que certains décideurs « ne mesurent pas ce que représente la Tunisie » pour ceux qui aspirent à hisser son drapeau sur les podiums internationaux.
Sans citer de noms, Raoua Tlili a adressé ses critiques à plusieurs responsables du ministère de la Jeunesse et des Sports, qu’elle accuse d’ériger des obstacles devant les athlètes au lieu de les soutenir. Elle a rappelé que plusieurs sportifs avaient déjà pris la parole pour dénoncer des problèmes similaires — salaires impayés, contraintes administratives, promesses non tenues — sans que cela n’entraîne de changement concret.
La championne a évoqué sa propre situation, affirmant ne pas avoir signé de contrat pour l’année 2025 qu’elle est toujours sans régularisation de sa situation administrative. Malgré cela, elle a assuré avoir poursuivi son entraînement, animée par sa détermination et son attachement à son rêve sportif, en dépit d’un manque de soutien financier et logistique.
Elle a dénoncé par ailleurs des retards de paiement de ses salaires et a critiqué la réduction de son programme de préparation, pourtant conçu — selon elle — en tenant compte des contraintes économiques du pays. Elle a exprimé son indignation du fait que des budgets jugés modestes aient été revus à la baisse, au détriment de la performance et de la préparation des athlètes de haut niveau.
Raoua Tlili a confié avoir dû financer elle-même certaines compétitions internationales. Elle a évoqué notamment une participation récente en Inde, lors de laquelle elle a dû prendre en charge ses frais avant de remporter une médaille de bronze. Elle a décrit la douleur morale ressentie à l’idée de devoir « vendre sa médaille » pour faire face aux difficultés financières, une image forte qui illustre, selon elle, l’ampleur du malaise.
L’athlète a affirmé également avoir envisagé de renoncer à certaines compétitions en raison d’une fatigue psychologique intense, conséquence directe des pressions et du manque de reconnaissance. Elle a dit avoir alerté les responsables sur son état, sans obtenir de réponse satisfaisante.
À travers cette prise de parole, Raoua Tlili a lancé un cri d’alarme sur la condition des sportifs tunisiens et a appelé à une réforme en profondeur de la gestion du secteur.
Son témoignage, à la fois personnel et représentatif d’un malaise plus large, relance le débat sur le soutien institutionnel accordé aux athlètes et sur les priorités accordées au sport en Tunisie.
En 2025, le nageur Ahmed Jaouadi a lui-même dénoncé des dysfonctionnements dans la gestion de son dossier. Le champion du monde du 800 m nage libre a affirmé avoir tenté « à plusieurs reprises » de contacter les services concernés pour finaliser son contrat administratif, préparé selon lui depuis février, mais resté sans signature. Son père aurait également tenté de joindre un responsable du ministère, sans succès.
Le nageur avait alors soutenu que les autorités ne l’auraient contacté qu’après son sacre mondial à Singapour, en juillet 2025, où il avait remporté la médaille d’or en 7’36’’88, troisième meilleur temps de l’histoire.
Un haut responsable du ministère avait, par la suite, réagi en affirmant que les négociations n’avaient débuté qu’en mai et que les fonds destinés à la rémunération de son entraîneur avaient été transmis à la Fédération tunisienne de natation.
Une version immédiatement contestée par Ahmed Jaouadi, qui avait souligné avoir lui-même contacté le responsable deux semaines avant son départ pour les États-Unis pour réclamer les arriérés dus à son entraîneur, sans obtenir de réponse. Il avait assuré avoir dépensé 80.000 euros de sa poche.
L’haltérophile tunisienne Ghofrane Belkhir a, elle, choisi de quitter la Tunisie. En 2025, dans des circonstances qualifiées d’irrégulières, lors d’un déplacement en Norvège, l’athlète a pris la fuite, peu après l’atterrissage de l’avion à Oslo, alors que la délégation tunisienne effectuait une escale avant de rejoindre la ville de Førde, hôte du championnat du monde.
Triple médaillée d’or lors du Championnat d’Afrique organisé à l’île Maurice en avril 2025, Ghofrane Belkhir a, par la suite, confirmé avoir fait le choix de poursuivre sa carrière à l’étranger. Elle a annoncé s’être installée dans un complexe sportif en Allemagne, où elle entend évoluer dans un environnement qu’elle juge plus propice à son développement et à ses performances de haut niveau.
Récemment, dans un message empreint d’indignation, l’athlète Firas Kattousi a, lui, dénoncé les obstacles administratifs qui entravent le parcours des sportifs tunisiens, révélant qu’il s’est récemment retrouvé dans l’incapacité de voyager, non pas en raison d’une blessure ou d’un manque de performance, mais à cause d’un simple problème de visa. Il a déploré un système où l’athlète était contraint de gérer seul ses préparations, ses démarches administratives et même son financement, tout en étant jugé uniquement sur ses résultats.
Évoquant les sacrifices consentis, notamment durant le mois de Ramadan avec un entraînement intensif et une discipline rigoureuse, il a souligné que des années d’efforts pourraient être réduites à néant par des défaillances organisationnelles. À travers ce témoignage, il a appelé à une prise de conscience urgente, estimant que le sport ne se limite pas aux performances, mais repose sur un véritable écosystème de soutien, de planification et de respect envers ceux qui portent les couleurs de la Tunisie.
N.J










