La circulaire publiée le 26 mars 2026 par la Banque centrale de Tunisie (BCT), imposant aux importateurs de produits dits « non prioritaires » une couverture intégrale en fonds propres, continue de faire réagir. Si la mesure vise à réduire la pression sur les réserves en devises, elle suscite de nombreuses interrogations quant à ses conséquences économiques et sociales.
Plusieurs réactions ont émergé sur les réseaux sociaux et dans les milieux économiques.
Karim Ben Taieb Nasfi, vice president de l’Organisation tunisienne pour l’information du consommateur, estime que cette décision pourrait constituer « une opportunité pour relancer la production locale ». Il appelle toutefois le ministère du Commerce à accompagner cette orientation par « un encadrement strict du marché, notamment en matière de fixation des prix et de contrôle des marges pratiquées par la grande distribution ». Il met également en garde contre certaines exclusions, comme les fruits frais, craignant une hausse importante des prix.

De son côté, Ounaies Skander, professeur en économie, adopte un ton plus critique, comparant la circulaire à « une logique de contrainte extrême ». Il évoque, à travers une référence littéraire, « une relation déséquilibrée entre créanciers et opérateurs économiques », laissant entendre que la mesure pourrait accentuer la pression sur les acteurs du marché.

Hamed Belaam, homme politique et chef d’entreprise, quant à lui, s’interroge sur l’efficacité réelle de la décision. Selon lui, « rien ne garantit une baisse des importations en devises ». Il estime au contraire que la mesure pourrait concentrer l’activité entre les mains des opérateurs les plus solides financièrement, au détriment de la concurrence, avec un risque accru de monopole et de spéculation.

Dans une autre lecture, Cyrine Kamel, consultante, considère cette circulaire comme« un tournant dans les modes de consommation et de communication ». Elle y voit « la fin d’une logique d’abondance », obligeant consommateurs et entreprises à s’adapter à une nouvelle réalité économique plus contraignante, axée sur la durabilité et la proximité.

Enfin, le parti Ettakatol s’interroge sur la pertinence du ciblage de ces produits dans la gestion de la crise économique. Pour ses représentants, la problématique dépasse largement la question des importations et renvoie à des enjeux plus profonds liés à la production, à l’exportation et au modèle économique global du pays.

Entre espoirs de rééquilibrage économique et craintes de dérives sur le marché, la circulaire de la BCT continue ainsi de diviser, en attendant d’en mesurer les effets concrets sur le terrain.
S.H










