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Tunisie : Un miroir brisé par le racisme

Par Mohamed Salah Ben Ammar

Notre société est à un tournant tragique. Ici, le racisme n’est plus un simple dérapage, c’est un poison qui s’infiltre dans les veines de la société, devenant un discours politique structuré et dévastateur. Les théories du « grand remplacement », l’obsession sécuritaire et les mensonges érigés en vérités saturent l’espace public, transformant la perception de la réalité en une sombre fiction.

Ce que nous observons aujourd’hui, ces agressions, ce rejet des migrants et des Tunisiens noirs, n’est pas un hasard. C’est le reflet d’une crise morale profonde, mais surtout d’un choix cynique délibéré.

Le racisme comme échappatoire désespérée

Depuis 2011, notre pays a connu une désinhibition brutale. Face à la perte de contrôle de son destin, une partie de la société s’accroche à une puissance illusoire. On rabaisse les plus faibles pour oublier sa propre précarité. Le corps noir devient alors l’exutoire idéal : une cible visible, facile à attaquer, pensant qu’elle ne peut riposter.

Une économie de l’ombre

Derrière les cris d’« invasion », la réalité est plus sordide. Le racisme crée une main-d’œuvre fantôme : précaire, invisible, exploitable. Le migrant est rejeté dans les paroles, mais exploité dans les faits. Il est la variable d’ajustement d’une économie en crise. En désignant des boucs émissaires, les politiques évitent de rendre des comptes sur la corruption et l’absence de projet collectif.

Le naufrage de la loi

Le paradoxe est cruel. En 2018, le parlement adoptait une loi pionnière contre le racisme. Mais sans volonté politique, cette loi n’est qu’une promesse vide. Elle dit ce que la société devrait être, mais ne transforme rien tant que le pays refuse de confronter son amnésie historique. L’esclavage et les hiérarchies de couleur restent des non-dits. Ce qui est enfoui ne disparaît pas : cela fermente et revient avec une violence accrue.

Pire encore, ceux qui tentent de combler ce vide sont eux-mêmes pris pour cibles. Les membres de l’association Mnemty, engagés dans la lutte contre la ségrégation raciale et pour la dignité des personnes noires en Tunisie, sont aujourd’hui poursuivis, emprisonnés, condamnés. Dans un renversement glaçant, ce ne sont plus les actes racistes qui inquiètent, mais ceux qui les dénoncent. La justice, au lieu de protéger, devient un instrument d’intimidation. Et le message envoyé est limpide : se taire ou subir.

La dignité ne se divise pas

Soyons lucides : la déshumanisation ne s’arrête jamais à sa première cible. Une société qui apprend à mépriser les uns finit par étendre ce mépris à d’autres. Le racisme enseigne la hiérarchie des vies.

Refuser le racisme est un choix urgent :

Politique, en rejetant l’instrumentalisation.

Social, en rompant le silence.

Moral, en affirmant qu’aucune vie ne vaut moins qu’une autre.

Notre société est à un carrefour. Elle peut continuer à banaliser l’inacceptable ou décider de tracer une limite. Car lorsqu’une communauté tolère l’humiliation d’une minorité, c’est, à terme, la dignité de tous qui s’effondre.

Et au fond, la vérité est celle que murmure le poète Fethi Belaid :

« Car une société petit-bourgeoise pardonne tout, sauf qu’on lui rappelle qu’elle n’est ni innocente, ni victime, ni aveugle, seulement confortable dans ses exclusions ordinaires. »

BIO EXPRESS

Mohamed Salah Ben Ammar est un médecin et universitaire tunisien, ancien ministre de la Santé en 2014

Cet article est une tribune, rédigée par un auteur extérieur au journal et dont le point de vue n’engage pas la rédaction.

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Commentaire

  1. zaghouan2040

    Répondre
    31 mars 2026 | 12h49

    Merci une nouvelle fois pour avoir abordé un sujet de fond et hautement significatif
    Le rejet des migrants subsahariens est une réaction d’esprits effectivement bornés et peu charitables,surtout de la part d’une population dont l’ascendance aryenne et scandinave n’est toujours pas prouvée malgré les apparences
    Et du fait de l’étroitesse d’esprit que je viens de mentionner nous Tunisiens, descendants directs d’Erik le Rouge donc, n’avons toujours pas compris que ces migrants ne sont pas téléportés par des extraterrestres sur le territoire
    Le nombre effectivement croissant de ces migrants sur le territoire tunisien est généré par un TRAFIC immonde mais très lucratif
    Un Trafic qui incrimine des fonctionnaires sécuritaires algériens, et qui semble t-il pourrait intimider des fonctionnaires tunisiens au point de les dissuader d’intervenir
    La peur est contagieuse ,prudence est mere de sécurité, un homme averti en vaut deux, un œil voit l’autre est aveugle, il ne faut pas tenter le Diable,et pour vivre heureux il faut vivre caché de préférence sous une bâche d’Isuzu DMax comme on peut en entrapercevoir a la frontière algero-tunisienne la nuit direction gouvernorat de Sfax
    Ce a quoi doivent donc réfléchir nos chères têtes blondes avant de cracher -littéralement- sur des bébés et leurs mères c’est pourquoi ce trafic immonde déployé a grande échelle au vu et su de tous c’est pourquoi ce crime reste obstinément IMPUNI

    Bref

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