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Compensation mal ciblée, agriculteurs en difficulté : l’analyse de Hassen Jarboui

Par Imen Nouira

Dysfonctionnements du système de compensation, pression sur les agriculteurs, accès limité à l’eau, retards dans les autorisations de forage et manque de visibilité sur le cheptel : l’élu Hassen Jarboui a dressé, mardi 31 mars 2026 sur Jawhara FM, un diagnostic critique du secteur agricole tunisien, alertant sur les dérives qui pénalisent ménages et producteurs et appelant à des réformes urgentes et concrètes. Invité de l’émission « Sbeh El Ward » animée par Hatem Ben Amara, le député de Menzel Chaker et président de la Commission de l’agriculture, de la sécurité alimentaire, de l’eau et de la pêche au sein du parlement a appuyé son analyse sur des chiffres précis et sur ses observations de terrain dans plusieurs régions.

Un système de compensation au cœur des déséquilibres

Au cœur de son intervention, Hassen Jarboui a longuement insisté sur les dysfonctionnements du système de compensation, qu’il considère comme l’une des principales sources de déséquilibres dans le secteur agricole, notamment dans la filière du lait.

S’appuyant sur des données chiffrées, il a indiqué que la consommation quotidienne de lait en Tunisie s’élève à environ 1,8 million de litres, dont 600.000 litres ne bénéficieraient pas réellement aux ménages tunisiens. Selon lui, une part importante de ce volume compensé est détournée vers des circuits commerciaux, notamment les cafés, restaurants, hôtels et autres établissements.

Il estime que cette mauvaise orientation de la compensation représente un coût considérable pour les finances publiques, évoquant un montant avoisinant 280 millions de dinars de compensation profitant à des non-éligibles.

Face à cette situation, il propose une mesure opérationnelle : instaurer un double circuit avec, d’un côté, un lait compensé destiné exclusivement aux ménages, et de l’autre, un lait non compensé réservé aux usages professionnels, clairement identifié grâce un étiquetage différent. Il appelle également à renforcer les mécanismes de contrôle pour limiter les abus.

Au-delà de la filière laitière, il plaide pour une réforme en profondeur du système de compensation, en insistant sur la nécessité de mieux cibler les bénéficiaires. Il évoque notamment la possibilité de mettre en place un dispositif permettant d’attribuer directement les aides aux familles, en fonction de leurs besoins réels.

Des agriculteurs en difficulté face à une hausse continue des charges

M. Jarboui a également dressé un constat préoccupant sur la situation économique des agriculteurs, en particulier dans l’élevage bovin. Selon lui, de nombreux éleveurs se trouvent aujourd’hui dans une situation de perte structurelle, en raison de l’augmentation des coûts de production, notamment ceux liés à l’alimentation du bétail.

Il a illustré cette réalité par des exemples concrets observés sur le terrain, où certains agriculteurs sont contraints de recourir à des produits compensés destinés à la consommation humaine, comme le pain ou les pâtes alimentaires, pour nourrir leur bétail, ces produits étant parfois moins chers que les aliments pour animaux.

Pour lui, cette situation traduit à la fois les limites du système de compensation et les défaillances dans l’organisation des circuits d’approvisionnement. Il pointe également des pratiques de spéculation et de mauvaise gestion qui aggravent les difficultés des agriculteurs.

Forages non autorisés : une réponse répressive jugée inefficace

Le député a ensuite abordé la question des puits non autorisés, un sujet qu’il considère comme central dans les difficultés du secteur agricole, notamment dans un contexte marqué par la rareté des ressources en eau.

Il estime que l’approche actuelle, fondée principalement sur la répression, n’a pas permis de résoudre le problème. Selon lui, de nombreux agriculteurs se retrouvent contraints de creuser des puits sans autorisation en raison des délais administratifs excessivement longs pour obtenir un permis.

Il évoque des situations où des agriculteurs attendent plusieurs années sans réponse, alors que leurs cultures, notamment les oliveraies, sont menacées par le manque d’eau.

Face à cela, il propose une solution basée sur :

  • la régularisation des puits existants à travers une procédure simplifiée ;
  • la mise en place d’un système de suivi de la consommation d’eau ;
  • l’intégration des agriculteurs dans des dispositifs d’accompagnement et d’investissement.

L’objectif, selon lui, est de concilier préservation des ressources hydriques et maintien de l’activité agricole.

Un manque de données fiables sur le cheptel

Hassen Jarboui a également dénoncé l’absence de données précises sur le cheptel national, notamment à l’approche de l’Aïd El Kabir. Il souligne que les autorités ne disposent pas de chiffres fiables, ce qui complique la gestion du marché et l’anticipation des besoins.

Il a pointé le rôle croissant des intermédiaires, qu’il accuse de stocker les animaux et d’influencer les prix sur le marché. Selon lui, cette situation pénalise à la fois les consommateurs et les agriculteurs.

Pour y remédier, il propose :

  • un recensement rigoureux du cheptel ;
  • l’application stricte de l’interdiction d’abattage des femelles ;
  • un meilleur encadrement du marché ;
  • un soutien renforcé aux éleveurs, notamment à travers une meilleure orientation de la compensation.

Il n’exclut pas, à court terme, le recours à l’importation pour couvrir les besoins du marché, tout en insistant sur la nécessité de reconstruire durablement le cheptel national.

Des réformes bloquées et un manque de coordination

Le président de la Commission de l’agriculture a également critiqué les lenteurs administratives et le manque de coordination entre les différentes institutions. Il déplore que plusieurs propositions de réforme, discutées ou adoptées, restent sans application concrète.

Il évoque notamment des textes liés à la restructuration du secteur agricole ou à l’appui financier aux agriculteurs, qui tardent à être mis en œuvre.

Selon lui, il existe un décalage important entre le travail législatif et l’exécution des décisions, certaines mesures pouvant être appliquées rapidement mais restant bloquées au niveau administratif.

Le foncier agricole, un frein majeur à l’investissement

Hassen Jarboui a également abordé la problématique du foncier agricole, qu’il considère comme un obstacle structurel au développement du secteur.

Il a évoqué des situations héritées de plusieurs décennies, où des agriculteurs exploitent des terres sans disposer de titres de propriété, ce qui limite leur capacité à investir ou à accéder au financement.

Il parle d’un véritable « gel foncier », empêchant la dynamisation des zones rurales. Il propose de régulariser la situation des exploitants concernés, notamment ceux installés avant certaines réformes juridiques, afin de :

  • débloquer l’investissement ;
  • générer des ressources pour l’État ;
  • stimuler l’économie dans les régions.
Un appel à des décisions rapides et structurantes

En conclusion, Hassen Jarboui a lancé un appel à une intervention rapide des autorités pour redresser le secteur agricole.

Il insiste sur la nécessité :

  • d’établir un diagnostic précis basé sur des données fiables ;
  • de réformer en profondeur le système de compensation ;
  • de renforcer la coordination entre les institutions ;
  • de passer à des décisions concrètes et opérationnelles.

Selon lui, le secteur agricole constitue un pilier essentiel de l’économie tunisienne et un levier stratégique pour garantir la sécurité alimentaire, dans un contexte international marqué par de profondes mutations.

I.N.

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