Sur Facebook, une publication largement relayée affirme que « l’Union européenne refuse officiellement de renouveler le partenariat du mémorandum d’entente sur la migration signé avec la Tunisie le 16 juillet 2023 pour installer des Africains en Tunisie », tout en accusant les autorités tunisiennes de devoir « assumer leurs responsabilités » dans ce cadre. Le message, formulé sur un ton alarmiste, a suscité de nombreuses réactions et inquiétudes en ligne.

Face à l’ampleur de la diffusion de cette information, nous avons vérifié. D’abord, il n’existe aucune annonce officielle de l’Union européenne indiquant un « refus de renouveler » un quelconque accord migratoire avec la Tunisie dans les termes avancés par la publication. La coopération entre la Tunisie et l’Union européenne en matière de migration repose principalement sur un mémorandum d’entente signé en juillet 2023, qui établit un cadre de partenariat dit « stratégique ».
Or, ce point est essentiel, un mémorandum d’entente (MoU) n’est pas un accord juridiquement contraignant. Contrairement à une convention internationale qui engage formellement les États, nécessite souvent une ratification parlementaire et est enregistrée auprès des Nations unies, un MoU constitue un instrument politique souple. Il sert à définir des intentions de coopération, sans créer d’obligations légales directes.
En examinant le contenu de ce mémorandum, aucun passage ne prévoit l’installation ou la réinstallation de migrants non tunisiens en Tunisie, ni la création de centres d’accueil permanents sur le territoire tunisien. Les affirmations évoquant un « projet de relocalisation d’Africains » en Tunisie ne reposent donc sur aucun élément documenté dans ce texte.
Il est vrai que des réactions ont émergé en ligne, alimentées par des débats politiques et des interprétations parfois erronées du partenariat. Certaines publications mélangent des discussions européennes plus larges sur les politiques migratoires avec le cas tunisien, ce qui contribue à la confusion.
Le 26 mars 2026, le Parlement européen a effectivement voté en faveur d’un durcissement des politiques migratoires, incluant la possibilité de créer des « centres de retour » en dehors de l’Union européenne pour les personnes déboutées du droit d’asile. Toutefois, cette mesure est encore en cours de négociation et ne mentionne pas spécifiquement la Tunisie. Elle s’inscrit dans une dynamique interne à l’Union européenne, marquée par des débats politiques intenses et des critiques d’organisations de défense des droits humains.

Pour rappel, en juillet 2023, la Tunisie et l’Union européenne ont signé une mémorandum d’entente couvrant plusieurs domaines, notamment l’économie, l’énergie et la migration. Présenté comme une réponse aux défis migratoires et à l’instabilité régionale, ce texte reste volontairement général et dépend, pour sa mise en œuvre, d’accords ultérieurs et de financements spécifiques. Sa nature non contraignante et son contenu parfois flou laissent place à de nombreuses interprétations.
Ainsi, la publication virale est trompeuse. Elle attribue à l’Union européenne une position officielle inexistante et repose sur une interprétation erronée du contenu du mémorandum d’entente de 2023. Aucun élément ne confirme l’existence d’un accord visant à installer des migrants en Tunisie, ni un refus européen de « renouveler » un tel dispositif.
R.A.












