La réforme du pain subventionné entre dans sa phase concrète. Après des mois de préparation, les premières expérimentations menées à Gafsa confirment une évolution majeure : l’introduction progressive d’un pain enrichi en fibres, sans impact sur le prix ni sur les caractéristiques visibles du produit.
Invité mercredi 8 avril 2026 sur Mosaïque FM, Yahia Moussa, président par intérim de la Chambre syndicale des boulangers, a apporté de nouvelles précisions sur ce chantier.
Une phase pilote concluante
Selon lui, une expérience a été lancée récemment dans le gouvernorat de Gafsa, en partenariat avec plusieurs intervenants de la filière, notamment des minoteries et des industriels. Deux boulangeries ont été approvisionnées à titre expérimental afin de tester le nouveau pain et mesurer la réaction des consommateurs.
Verdict : l’accueil a été globalement positif. « Le citoyen a bien accepté ce produit », a-t-il affirmé, évoquant un premier signal encourageant pour la généralisation du dispositif.
Ce qui change vraiment… et ce qui ne change pas
Contrairement aux inquiétudes relayées ces derniers jours, Yahia Moussa a tenu à clarifier un point central : la baguette ne disparaît pas.
Dans les boulangeries subventionnées, le changement concerne exclusivement la farine. La farine blanche classique sera progressivement remplacée par une farine plus riche en fibres, issue d’un taux d’extraction porté à 85% (contre environ 78% auparavant).
En revanche, tout le reste demeure inchangé : les méthodes de fabrication, les circuits de distribution ainsi que les caractéristiques du produit.
Ainsi, la baguette conservera un poids d’environ 220 grammes, une longueur de 45 à 50 cm et un prix maintenu à 190 millimes.
Autrement dit, pour le consommateur, le produit restera visuellement identique, mais avec une meilleure valeur nutritionnelle.
Fin progressive du pain blanc subventionné
Autre précision importante : la baguette à base de farine blanche ne sera plus disponible dans le circuit subventionné.
Le pain fabriqué à base de farine blanche va toutefois continuer à exister en dehors de ce cadre, mais à un prix plus élevé et sous d’autres conditions de production. Seules les boulangeries disposant d’une carte professionnelle pourront produire certains formats réglementés, tandis que les autres devront proposer des produits différents, notamment en « pain hors standard » et non sous forme de baguette classique.
Une réforme aux enjeux multiples
Au-delà de l’aspect nutritionnel, cette réforme vise également à mieux structurer le secteur. En différenciant plus clairement les types de farine, les autorités espèrent renforcer les mécanismes de contrôle et limiter certaines dérives dans l’utilisation de la farine subventionnée.
Cette évolution s’inscrit dans une démarche engagée depuis plusieurs années, avec des tests de dégustation menés dès 2023 et jugés satisfaisants par les professionnels.
Déploiement prévu à partir de mi-avril
La généralisation du pain riche en fibres est attendue à partir de la mi-avril 2026, le temps pour les minoteries d’atteindre le taux d’extraction cible et pour les boulangeries d’ajuster leurs procédés.
Yahia Moussa a assuré que la transition se fera progressivement, appelant à une mobilisation de l’ensemble des acteurs pour garantir le succès de cette réforme, présentée comme un tournant à la fois sanitaire et économique pour la filière.
Une réduction du sel aux enjeux de santé publique
Jalila El Ati, professeure de nutrition à l’Institut national de nutrition et de technologie alimentaire, a également insisté, sur Mosaïque FM, sur l’importance de réduire la consommation de sel en Tunisie, largement tirée par le pain, aliment de base du quotidien.
Elle précise que le pain constitue l’une des principales sources d’apport en sel pour les Tunisiens, ce qui en fait un levier prioritaire d’intervention. Dans ce cadre, une expérimentation menée depuis 2025 dans une cinquantaine de boulangeries du Grand Tunis a permis de réduire de 30% la teneur en sel, sans altérer le goût du produit.
Une enquête réalisée auprès d’environ trois mille consommateurs montre d’ailleurs que près de 90% d’entre eux n’ont pas perçu de différence notable. Or, cette diminution est loin d’être anodine : une consommation excessive de sel est associée à un risque accru de maladies cardiovasculaires, d’accidents vasculaires cérébraux, de maladies rénales et de certains cancers. Pour la spécialiste, réduire le sel dans le pain constitue ainsi l’un des moyens les plus efficaces pour diminuer l’apport global en sel de la population, sans bouleverser les habitudes alimentaires.
M.B.Z










