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Conseil des régions : l’autre visage d’un pouvoir sans parti

Par Ikhlas Latif

Une institution tire sa force soit de sa légitimité, soit de son utilité. Lorsqu’aucune des deux ne s’impose clairement, elle entre dans une zone d’incertitude.
C’est précisément l’espace dans lequel évolue aujourd’hui le Conseil national des régions et des districts.

Officiellement, ses élus réclament aujourd’hui une révision du décret présidentiel encadrant leurs prérogatives. Ils veulent plus de pouvoir, plus de poids, plus de marge. La démarche pourrait sembler naturelle puisque toute institution naissante cherche à consolider sa place. Mais ici, quelque chose cloche, comme une inversion des priorités.

Car avant de revendiquer davantage d’autorité, encore faut-il en avoir une.

Une légitimité en construction… ou en suspension

Le problème n’est pas tant juridique que politique. Sur le papier, le bicamérisme instauré est censé corriger les excès d’un parlement unique, rapprocher la décision des territoires, donner corps à cette fameuse « gouvernance par les bases ». Dans les faits, le Conseil des régions apparaît surtout comme une pièce ajoutée à un édifice dont l’architecture reste incertaine.

Ni véritable chambre haute, ni simple relais territorial, il évolue dans une zone grise. Ses membres ne disposent ni de l’ancrage politique d’élus issus de partis structurés, ni de la légitimité claire d’une institution installée dans le temps. Résultat, une institution qui parle… mais dont la voix porte peu.

D’où cette tentation, presque prévisible, de compenser le flou par la revendication. Exister davantage, faute d’être reconnu.

Le bicamérisme sans équilibre

Le modèle bicaméral repose, en théorie, sur un jeu d’équilibre : deux chambres, deux légitimités, deux regards sur la loi. Encore faut-il que cet équilibre soit réel.

Or, dans sa configuration actuelle, le système tunisien ressemble davantage à une superposition qu’à un contrepoids. L’Assemblée des représentants du peuple conserve l’essentiel de la centralité politique, tandis que le Conseil des régions peine à définir ce qui le distingue réellement autrement que par son origine territoriale.

Ce déséquilibre n’est pas accidentel. Il est presque structurel. Et il rend la revendication des élus du Conseil à la fois compréhensible et révélatrice. On réclame du pouvoir quand on n’en a pas vraiment.

Une architecture politique sans parti, mais pas sans relais

C’est peut-être là que se joue l’essentiel, au-delà des textes et des décrets.

Le Conseil national des régions et des districts n’est pas une institution isolée. Il constitue le sommet d’un dispositif plus large : conseils locaux, régionaux, de districts… toute une chaîne censée incarner la « construction par la base ». Une architecture pensée pour remplacer ou contourner les formes classiques de médiation politique.

Et dans un paysage marqué par un pouvoir sans parti, cette structure remplit une autre fonction, moins explicitement assumée. Elle produit du relais.

Une multitude d’élus, issus de ce maillage territorial, insérés dans une institution façonnée sur-mesure, et dont l’existence même dépend du système qui les a portés. Ni tout à fait indépendants, ni véritablement opposables, ils forment une présence politique diffuse. Une ceinture plus qu’un contre-pouvoir.

On pourrait presque parler de réservistes institutionnels. Pas mobilisés pour gouverner, mais disponibles pour soutenir… au cas où.

Exister, mais pour quoi faire ?

Dans ce contexte, la revendication actuelle des élus du Conseil prend un autre sens. Elle ne traduit pas seulement une frustration institutionnelle. Elle révèle une tension plus profonde. Celle d’une structure à laquelle on a donné une existence sans lui assigner clairement une fonction pleinement autonome.

Alors ses membres cherchent à élargir leurs prérogatives. À peser davantage. À sortir d’un rôle qui, pour l’instant, oscille entre figuration institutionnelle et utilité politique implicite.

Mais une question demeure, et elle est moins technique que fondamentale.
Le Conseil des régions est-il appelé à devenir un véritable acteur du pouvoir ou à rester un élément de son dispositif ?

Pour l’instant, tout porte à croire que son utilité est moins dans ce qu’il fait que dans ce qu’il représente.

Et dans le système actuel, entourer le pouvoir peut parfois suffire à justifier son existence.

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