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Congrès de l’Utap annoncé… puis démenti : la guerre des communiqués expose une crise sans fin

Par Myriam Ben Zineb

Un congrès extraordinaire qui n’existerait pas. En l’espace de quelques heures, l’Union tunisienne de l’agriculture et de la pêche (Utap) s’est retrouvée piégée dans un scénario désormais familier. Deux communiqués, deux lignes, deux réalités.

Vendredi 10 avril 2026, une première annonce, attribuée à l’organisation, évoque la tenue prochaine d’un congrès national extraordinaire. Une échéance présentée comme « urgente », censée refonder l’Union, rompre avec les pratiques d’exclusion et ouvrir la gouvernance aux agriculteurs et pêcheurs eux-mêmes.

Le texte va plus loin. Il promet une structure « indépendante », débarrassée des influences partisanes et des lobbies, et appelle à une nouvelle direction issue d’un choix libre. En filigrane, le constat d’un appareil usé, miné par les tensions internes.

Mais quelques heures plus tard, coup de théâtre.

Un second communiqué, également attribué à l’Utap, vient balayer l’ensemble de ces annonces. Le texte dément « catégoriquement » toute information relative à un congrès extraordinaire, dénonçant des données « dénuées de tout fondement » et affirmant qu’aucune communication officielle n’a été publiée en ce sens.

Dans la foulée, l’organisation insiste sur un point hautement sensible, celui de la légitimité de Moez Ben Zaghden, présenté comme « président élu et légitime », en contradiction frontale avec les versions circulant sur d’autres figures dirigeantes.

Le message est clair et menaçant, les médias sont appelés à vérifier leurs sources, sous peine de poursuites pour diffusion d’informations jugées erronées.

Deux Utap, deux discours, une même confusion

Ce nouvel épisode ne relève pas d’un simple malentendu. Il illustre une fracture devenue structurelle.

Aujourd’hui, deux lignes s’expriment ouvertement au sein de l’Utap, chacune utilisant ses propres canaux, ses propres relais et ses propres communiqués.

D’un côté, un courant lié au bureau exécutif pousse pour un congrès extraordinaire, présenté comme une étape de refondation et de restructuration. De l’autre, une branche proche du Conseil central rejette purement et simplement cette initiative, allant jusqu’à en nier l’existence.

Résultat : une organisation qui parle à deux voix, au risque de ne plus être audible du tout.

Une crise enracinée depuis 2025

Ce désordre n’a rien de nouveau. Il plonge ses racines dans la crise ouverte à l’été 2025, dont les rebondissements continuent de produire leurs effets.

Tout commence avec la démission, le 15 août 2025, de Moez Ben Zaghden, enregistrée officiellement. Conformément aux statuts, le vice-président Mohamed Chouikhi assure alors une présidence transitoire, en attendant l’élection d’un nouveau dirigeant.

Mais très vite, les lignes se brouillent.

Quelques semaines plus tard, le Conseil central réuni à Sfax renouvelle sa confiance à Moez Ben Zaghden, refusant sa démission et réaffirmant sa légitimité. Une position contestée par le bureau exécutif, qui décide dans la foulée de dissoudre ce même Conseil central pour dépassement de ses prérogatives.

Le conflit bascule alors sur le terrain judiciaire.

Le 1er octobre 2025, le Tribunal de première instance de Tunis tranche en faveur du bureau exécutif. La dissolution du Conseil central est validée, les résolutions de la réunion de Sfax annulées, et Mohamed Chouikhi reconnu comme président légal par intérim, dans l’attente d’un congrès extraordinaire.

Une décision censée clarifier la situation mais qui, manifestement, n’a rien réglé.

Une organisation en crise de légitimité permanente

Depuis, la confusion est devenue la norme.

Entre démissions contestées, présidences concurrentes, décisions judiciaires interprétées différemment et communiqués contradictoires, l’Utap semble enfermée dans une crise de légitimité permanente.

Au point qu’aujourd’hui, même l’annonce d’un congrès, pourtant censé résoudre la crise, devient elle-même un objet de discorde.

Et pendant que les clans s’opposent sur qui dirige, qui parle et qui décide, une question reste en suspens : qui représente réellement les agriculteurs et les pêcheurs ?

M.B.Z

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