Le cœur de Tunis a battu, samedi 11 avril 2026, au rythme d’une mobilisation citoyenne dense et résolument déterminée. Dès le milieu de l’après-midi, aux abords du siège du Syndicat national des journalistes tunisiens, des centaines de manifestants se sont rassemblés, pancartes levées et voix unies, pour dire non au racisme et réclamer la libération de la militante Saadia Mosbah, arrêtée le 7 mai 2024, puis condamnée le 19 mars 2026, à huit ans de prison ferme. Même revendication pour la libération et l’arrêt des poursuites contre les activistes humanitaires.
Le cortège s’est ébranlé peu après 16 heures dans une atmosphère à la fois grave et vibrante. Les slogans fusaient, scandés avec ferveur : appels à la dignité, dénonciation des discriminations, exigence de justice.
Sur de nombreuses affiches, le visage de Saadia Mosbah s’imposait comme un symbole, porté à bout de bras par une foule qui refusait l’indifférence. Les pancartes exigeaient sa libération et dénonçaient les poursuites contre d’autres militants et acteurs de la société civile.

Au son régulier des tambours, la marche a pris une dimension presque rituelle. Chaque battement semblait accompagner une revendication, chaque pas réaffirmer un refus. Des familles, des jeunes, des militants associatifs, mais aussi de simples citoyens s’étaient joints au mouvement, formant une mosaïque humaine soudée par une même inquiétude : celle d’un climat qu’ils jugent de plus en plus hostile.
Plus qu’une simple manifestation, c’est un signal que les participants ont voulu envoyer : celui d’une vigilance citoyenne face à ce qu’ils perçoivent comme une dérive inquiétante.

Cette mobilisation s’inscrit en effet dans le sillage d’une pétition citoyenne rendue publique le 7 avril, qui a servi de catalyseur. Le texte, largement relayé, tirait la sonnette d’alarme face à la montée des discours et pratiques racistes en Tunisie. Ses signataires dénonçaient une banalisation inquiétante de la haine, visant aussi bien les Tunisiens noirs que les migrants originaires d’Afrique subsaharienne.

Plusieurs observateurs ont pointé du doigt une montée des propos stigmatisants, allant des plus hautes sphères du pouvoir jusqu’à une partie de l’opinion publique. Certains discours officiels, notamment depuis 2023, ont été accusés d’avoir contribué à légitimer des représentations hostiles, en associant migration et menace sécuritaire ou démographique.
Certains médias ont aussi joué un rôle dans la diffusion, voire l’amplification, de ces narratifs stigmatisants. Dans certains contenus, les migrants ont été réduits à des figures anonymes et inquiétantes, souvent associés à la criminalité, à l’insalubrité ou à une prétendue « invasion », sans contextualisation ni vérification rigoureuse des faits.
De même pour les réseaux sociaux. Des contenus racistes et complotistes y circulent massivement, banalisant les stéréotypes et alimentant un climat de défiance.

N.J










