Heure de Tunis :
Plus de prévisions: Meteo 25 jours Paris
Light
Dark

Tarek Mehdi : « Une “Africaine” ne peut pas être violée, nous avons la beauté en Tunisie »

Par Nadya Jennene

Dans un climat marqué par une libération progressive de la parole raciste dans l’espace public tunisien, y compris au sein des institutions, l’intervention du député Tarek Mehdi au Parlement apparaît comme le symptôme préoccupant d’une dérive plus large.

En effet, la question migratoire, déjà hautement sensible, semble désormais servir de terrain à des discours de plus en plus décomplexés, portés aussi bien par certains responsables politiques que par des acteurs institutionnels, contribuant à banaliser des propos autrefois jugés inacceptables.

C’est dans ce contexte que, lors de la plénière du lundi 13 avril 2026, le député est intervenu après la réponse du ministre de l’Intérieur sur la gestion de l’afflux de migrants subsahariens. Il a alors réagi aux explications fournies, notamment concernant les accusations de viols visant des migrantes subsahariennes.

« Ces gens-là doivent partir coûte que coûte. Toutes les lignes rouges ont été dépassées », a-t-il déclaré, avant d’ajouter une phrase qui a suscité une vive réaction : « Qu’une Africaine soit violée, cela ne peut pas arriver. En Tunisie, on a la beauté. Nous ne manquons de rien. Nous avons tout ».

Un peu plus tôt dans la séance, le ministre de l’Intérieur Khaled Nouri avait évoqué les critiques adressées à son département concernant la gestion du dossier migratoire, ainsi que des campagnes médiatiques dénonçant des violences, y compris des accusations de viols de femmes africaines, des faits imputés à des sécuritaires par certaines organisations internationales, selon ses propos.

Au-delà de la polémique immédiate, ces déclarations mettent en lumière deux dérives majeures.

D’une part, elles traduisent une banalisation alarmante des violences sexuelles. En présentant le viol comme inconcevable dans un certain contexte, le député ne se contente pas d’en nier la réalité : il en atténue la gravité et contribue à délégitimer la parole des victimes.

Dans le prolongement, l’argument de la « beauté » utilisé pour écarter l’idée que des femmes « africaines » puissent être victimes de viol introduit une logique particulièrement problématique, laissant entendre que leur apparence pourrait les exclure du champ des violences sexuelles.

Or, cette approche révèle une méconnaissance profonde des mécanismes du viol, qui ne relèvent ni de l’esthétique ni de l’attirance, mais bien de rapports de domination, de contrainte et d’abus de pouvoir. Elle participe ainsi à une double violence : minimisation du crime et stigmatisation des femmes « africaines ».

D’autre part, les déclarations de Tarek Mehdi s’inscrivent dans une logique de racialisation assumée. En opposant implicitement les femmes africaines à une prétendue « beauté » tunisienne, le propos véhicule une vision hiérarchisée et déshumanisante, où l’altérité devient un marqueur d’exclusion. 

Ce type de discours, loin d’être isolé, reflète une montée du racisme décomplexé, désormais exprimé sans détour dans certaines sphères du pouvoir. 

N.J

Subscribe to Our Newsletter

Keep in touch with our news & offers

Répondre

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *