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Le Maroc a-t-il vraiment détrôné la Tunisie au classement mondial de la démocratie ?  

Une vague de publications circule avec insistance sur les réseaux sociaux, notamment sur Facebook, affirmant que le Maroc aurait détrôné la Tunisie pour occuper la première place du monde arabe dans un récent classement mondial de la démocratie. Ces partages, sont accompagnés de commentaires enthousiastes et critiques selon le camp, suggèrent un basculement historique dans la hiérarchie des libertés au Maghreb. Face à l’ampleur des réactions et à l’aspect parfois contradictoire des chiffres avancés par les internautes, nous avons vérifié la véracité de ces affirmations en s’appuyant sur les données les plus récentes et les rapports d’institutions internationales faisant autorité en la matière.

Après examen des faits et consultation des dernières mises à jour des indices de référence, il s’avère que cette information nécessite une mise au point rigoureuse. Le document qui semble alimenter ces discussions est le rapport annuel de l’Economist Intelligence Unit (EIU), qui publie l’Indice de la démocratie (Democracy Index).

Contrairement aux allégations relayées sur les réseaux sociaux, la réalité du classement est plus nuancée. Si la Tunisie a effectivement connu un recul significatif ces dernières années, passant du statut de « démocratie imparfaite » à celui de « régime hybride », elle demeure, selon les données de l’édition 2024 et les perspectives pour 2025, dans une lutte serrée pour le haut du tableau régional. Le Maroc, également classé comme « régime hybride », affiche des scores stables, mais ne devance pas systématiquement la Tunisie sur l’ensemble des indicateurs de participation politique et de libertés civiles.

La méthodologie utilisée par ces classements internationaux repose sur une structure complexe de cinq catégories fondamentales qui permettent d’évaluer la santé démocratique d’un pays. Il s’agit du processus électoral et du pluralisme, des libertés civiles, du fonctionnement du gouvernement, de la participation politique et de la culture politique. Pour chaque catégorie, une série de questions permet d’attribuer une note sur dix. C’est l’agrégation de ces scores qui détermine si un pays est une démocratie pleine, une démocratie imparfaite, un régime hybride ou un régime autoritaire. Dans le cas spécifique de la Tunisie et du Maroc, les deux nations se retrouvent désormais dans la catégorie des régimes hybrides, caractérisés par des irrégularités électorales substantielles, une pression exercée sur l’opposition et une corruption souvent répandue.

Si la dynamique de progression au Maroc est soulignée par certains observateurs et que la transition tunisienne traverse une phase de fragilisation majeure, affirmer de manière péremptoire que le Maroc a pris une avance définitive sur la Tunisie dans le domaine de la démocratie est une lecture simplifiée, voire trompeuse, de la réalité statistique. Les rapports de référence montrent plutôt une convergence des deux pays vers une zone grise institutionnelle.

R.A.

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