Une vidéo largement partagée sur Facebook aujourd’hui mercredi 15 avril 2026 a suscité une vague d’inquiétude en Tunisie. On y entend des sirènes retentir à proximité du barrage de Beni M’tir, dans le gouvernorat de Jendouba.
La publication, relayée massivement, a rapidement alimenté les spéculations et les interrogations des internautes, certains craignant un danger imminent, voire une rupture du barrage. Face à l’ampleur de la polémique et aux nombreuses réactions, plusieurs pages ont présenté la scène comme un signal d’alerte exceptionnel, laissant entendre que la situation pourrait être hors de contrôle.

Pour vérifier ces informations, BN Check a contacté des responsables au niveau du gouvernorat de Jendouba ainsi que des sources proches de la gestion hydraulique dans la région. Les autorités consultées confirment que la situation est sous contrôle et que la vidéo ne reflète pas une urgence inhabituelle. Les sirènes entendues dans la séquence correspondent à une procédure standard, appliquée lorsque le barrage atteint un niveau de remplissage maximal et que les équipes décident d’entamer une opération de délestage ou de décompression, appelée communément « déversement contrôlé » ou « évacuation des eaux ».
Un barrage à 100 % de remplissage
Selon les informations recueillies, le barrage de Beni M’tir a atteint un taux de remplissage de 100 %, soit environ 60 millions de mètres cubes d’eau. Cette situation, loin d’être anormale, est au contraire attendue pendant certaines périodes de l’année, notamment après des précipitations importantes. Lorsque le barrage atteint ce seuil, les autorités sont tenues d’appliquer des mesures techniques pour éviter tout débordement et préserver la sécurité des infrastructures. C’est dans ce cadre qu’une décision de « mise en décharge » a été prise.
Les responsables expliquent que l’opération consiste à libérer une partie des eaux en direction du barrage de Bouhertma via l’oued El Lil. Le débit annoncé est d’environ 50 mètres cubes par seconde, ce qui permettra de réduire progressivement le volume stocké, en retirant environ 3 millions de mètres cubes d’eau afin que le barrage redescende à un niveau plus stable, autour de 57 millions de mètres cubes. L’objectif est d’anticiper d’éventuelles nouvelles arrivées d’eau, notamment après l’annonce de perturbations météorologiques attendues dans les jours à venir.
Des sirènes de sécurité, pas d’alerte de catastrophe
Les sirènes, qui ont été interprétées par certains internautes comme un signe de catastrophe, sont en réalité un dispositif d’alerte. Il s’agit d’un avertissement sonore utilisé avant toute opération de libération d’eau afin d’éviter des accidents. En cas de hausse du niveau, les autorités appellent les riverains à la prudence, notamment en éloignant le bétail, les pompes d’irrigation et tout équipement installé sur les berges.
Le barrage de Beni M’tir est l’un des ouvrages hydrauliques les plus importants du nord-ouest tunisien. Situé dans une zone montagneuse et forestière, il joue un rôle stratégique dans l’approvisionnement en eau potable et dans l’irrigation, notamment en direction de plusieurs zones agricoles de la région de Jendouba. Sa capacité de stockage est estimée à environ 60 millions de mètres cubes, ce qui correspond précisément au niveau annoncé par les autorités au moment de l’enregistrement de la vidéo. Les opérations de délestage font partie des procédures habituelles de gestion des barrages et sont régulièrement pratiquées afin d’assurer la stabilité de l’infrastructure et d’éviter toute pression excessive.
Une vidéo authentique mais interprétée hors contexte
Ainsi, contrairement à ce que laissent entendre certaines publications alarmistes, la vidéo ne montre pas une situation exceptionnelle ou un danger imminent. Les sirènes entendues sont un signal normal dans le cadre d’une opération technique de routine liée au remplissage total du barrage. La diffusion massive de la séquence, sans explication ni contexte, a toutefois contribué à amplifier la peur et à semer la confusion parmi les internautes.
La vidéo est authentique mais son interprétation est trompeuse. Il ne s’agit pas d’un incident ni d’un effondrement imminent, mais d’une procédure de sécurité classique déclenchée lors de l’opération de délestage du barrage de Beni M’tir, arrivé à 100 % de remplissage.
R.A.












