La colline de Sidi Bou Saïd n’est plus seulement une carte postale. Fragilisée, fissurée par les intempéries et sous la menace persistante de glissements de terrain, elle s’impose désormais comme un véritable dossier d’urgence nationale.
Samedi 18 avril 2026, à la Kasbah, la cheffe du gouvernement, Sarra Zaâfrani Zenzri, a remis ce dossier au centre des priorités. Objectif affiché : accélérer enfin un projet longtemps évoqué, celui de la protection de la colline contre les effondrements.
Une menace bien réelle
Depuis des mois, les signaux d’alerte s’accumulent. Les fortes pluies enregistrées en début d’année ont révélé, une nouvelle fois, la fragilité du site.
En janvier, les autorités avaient déjà pris des mesures exceptionnelles : interdiction d’accès aux bus et aux poids lourds, évacuations préventives de certaines habitations, surveillance renforcée. La colline était, de fait, traitée comme une zone à risque.
Sur le terrain, la menace n’a rien de théorique. Fissures, affaissements, dégradations structurelles… les habitants ont été appelés à signaler le moindre signe inquiétant. Plusieurs familles ont même été contraintes de quitter leurs maisons.
La Protection civile avait même été claire : la configuration du site, combinée aux épisodes répétés d’instabilité, place Sidi Bou Saïd parmi les zones les plus exposées du Grand Tunis.
L’heure des décisions
Face à cette situation, l’exécutif semble vouloir changer de rythme. Réunie samedi, la commission des grands projets a tranché. Le projet de protection de la colline est officiellement classé parmi les chantiers stratégiques.
Concrètement, un bureau d’études pluridisciplinaire sera désigné pour lancer immédiatement les analyses techniques, préalable indispensable à des travaux de grande ampleur.
Car le défi est de taille. Il ne s’agit plus d’interventions ponctuelles, mais d’un traitement en profondeur d’un site aux caractéristiques géologiques, géotechniques et hydrologiques complexes.
La cheffe du gouvernement a insisté sur un point : aller vite, sans perdre en rigueur. Les études doivent être finalisées rapidement et les interventions urgentes engagées sans délai.
Un symbole à préserver
Derrière l’urgence sécuritaire, un autre enjeu se dessine, celui de la préservation d’un lieu emblématique.
Sidi Bou Saïd, avec son architecture singulière et son attractivité touristique, représente bien plus qu’un simple quartier. C’est un symbole du patrimoine tunisien, visité chaque année par des dizaines de milliers de personnes.
Sa sauvegarde conditionne aussi un objectif stratégique : son inscription au patrimoine mondial de l’Unesco, régulièrement évoquée par les autorités.
De la gestion de crise à une réponse durable
Le dossier n’est pas nouveau. Dès juillet 2025, une réunion interministérielle avait déjà posé les bases d’un plan d’action, avec la création d’un comité de pilotage et l’identification des zones à risque.
Mais sur le terrain, les événements climatiques ont devancé le calendrier. Les pluies récentes ont montré que le temps des études interminables touchait à ses limites.
Aujourd’hui, le cap semble fixé : passer des diagnostics aux réalisations. Reste à voir si cette accélération sera à la hauteur des enjeux. Car à Sidi Bou Saïd, chaque épisode pluvieux rappelle la même réalité : la colline tient encore, mais pour combien de temps.
M.B.Z












