Par Abdelwaheb Ben Moussa
En mars dernier, je soulignais dans ces colonnes que la gouvernance des banques publiques était le miroir de celle de l’État : un système robuste, mais souvent entravé par une prudence excessive et des circuits décisionnels complexes. Un mois plus tard, la publication des résultats annuels et l’imminence du Plan de Développement 2026-2030 viennent confirmer ce diagnostic, tout en révélant une fracture de plus en plus nette entre le secteur public et le secteur privé.
Le coût de l’indécision opérationnelle
Les chiffres récents montrent des trajectoires divergentes. Là où le secteur privé affiche une agilité remarquable dans l’arbitrage de ses actifs et une croissance soutenue, le secteur public semble marquer le pas. Cette disparité n’est pas une fatalité liée au statut de l’actionnaire, mais une conséquence directe de la structure des coûts et du « Time-to-Market ».
Le secteur privé a su transformer son modèle RH et technologique pour répondre en temps réel aux chocs économiques, tandis que le public reste prisonnier de processus de validation hérités d’une autre époque.
| Indicateur de Performance | Secteur Privé (Dynamique de Flux) | Secteur Public (Gestion de Stocks) | Impact sur le Plan 2026-2030 |
| Coefficient d’Exploitation | Optimisé : Automatisation poussée et réduction des coûts. | Sous pression : Réseaux physiques denses et processus manuels. | Risque de compression des marges d’investissement. |
| Agilité RH & IT | Flexible : Recrutement rapide de profils « Tech » et cycles courts. | Rigide : Processus lourds et fuite des talents vers le privé. | Difficulté à piloter la souveraineté numérique. |
| Gouvernance & Risque | Réactive : Scoring automatisé et arbitrage rapide. | Procédurale : Prudence excessive et circuits complexes. | Ralentissement du financement des projets structurants. |
| Transformation Digitale | Front-Office : Focus sur l’expérience client mobile. | Back-Office : Poids du « legacy » et data souvent dormante. | Enjeu majeur d’inclusion financière et d’efficience. |
L’Agilité technologique : le véritable « Juge de Paix »
Le Plan 2026-2030 place la souveraineté numérique au cœur de la relance. Or, sans une refonte de l’agilité métier, ces objectifs resteront des vœux pieux. Dans le privé, l’IA est déjà un levier de performance. Dans le public, elle doit devenir un levier de déblocage de la gouvernance. L’Intelligence Artificielle peut justement aider à clarifier la vision stratégique en automatisant le back-office et en réduisant l’incertitude dans l’audit.
Vers un nouveau contrat de performance
Le secteur public possède un capital confiance historique, mais il s’érode face à la célérité du digital. La fracture d’agilité observée aujourd’hui est un risque stratégique pour nos ambitions nationales. La modernisation de la gouvernance n’est plus une option, c’est l’urgence absolue pour que le secteur public ne devienne pas le spectateur passif d’une relance portée par le seul secteur privé.
Cependant, au-delà de la performance brute, se pose une question plus profonde : à qui profitera réellement cette Intelligence Artificielle ? Car si l’agilité est un impératif économique, la souveraineté technologique et l’impact sur le capital humain restent les véritables défis que nous devrons affronter.*
BIO EXPRESS
Abdelwaheb Ben Moussa – Ingénieur en informatique / Cadre dans une banque publique
Cet article est une tribune, rédigée par un auteur extérieur au journal et dont le point de vue n’engage pas la rédaction.










