Sujet sensible pour des milliers d’automobilistes tunisiens, le « Changuel » revient au centre du débat. Entre tensions avec les conducteurs, risques de dégâts matériels et manque de places de stationnement, la grue municipale pourrait-elle bientôt appartenir au passé ? L’élu du Conseil national des régions et des districts Marouane Zayen a relancé la question, lundi 20 avril 2026, au micro d’Oussama Souiai dans l’émission Echerâa Ettounsi sur Express FM, en proposant son remplacement par un système d’amendes numérisées, de contraventions immédiates et une nouvelle organisation du stationnement urbain.
Selon lui, une première correspondance a été envoyée le 8 janvier 2026 au ministère de l’Intérieur afin de proposer une nouvelle approche de la gestion du stationnement. Une seconde démarche, transmise le 17 avril 2026, aurait permis d’actualiser cette proposition avec des mesures plus concrètes et applicables à court terme.
Une méthode jugée dépassée et source de tensions
M. Zayen a estimé que la méthode actuelle n’est plus adaptée à l’évolution du parc automobile tunisien. Il a expliqué que de nombreux véhicules modernes, notamment ceux équipés de boîtes automatiques ou de transmissions CVT, peuvent subir des dommages mécaniques lors des opérations de remorquage. Selon lui, les techniques utilisées autrefois convenaient à des générations plus anciennes de voitures, mais ne correspondent plus aux exigences techniques actuelles. Il a évoqué des risques de pannes coûteuses, d’atteintes au châssis ou à la transmission, ainsi que des litiges fréquents entre propriétaires de véhicules, municipalités et sociétés concessionnaires.
L’élu a également souligné les tensions que provoquent régulièrement ces opérations d’enlèvement. Il a évoqué des scènes de colère lorsque les automobilistes découvrent la disparition de leur véhicule, des altercations sur place, ainsi que des vidéos largement diffusées sur les réseaux sociaux. À ses yeux, ce système entretient un climat conflictuel entre les citoyens et les autorités locales.
Sur le plan juridique, Marouane Zayen a rappelé que toute opération de mise en fourrière devrait, selon lui, être encadrée par un constat officiel établi par un agent habilité. Il a estimé que de nombreux citoyens ont le sentiment que certaines interventions sont exécutées directement par des entreprises privées, sans présence apparente d’un représentant de l’État disposant de l’autorité nécessaire pour constater l’infraction.
Des amendes numériques à la place du remorquage
Pour sortir de cette logique, il propose de remplacer l’enlèvement des véhicules par un mécanisme plus simple. Lorsqu’une voiture est stationnée en infraction, un agent municipal constaterait la situation, photographierait le véhicule avec indication de la date, de l’heure et du lieu, enregistrerait le numéro d’immatriculation sur tablette puis déposerait un avis de contravention sur le pare-brise ou le rétroviseur. Le propriétaire disposerait alors d’un délai de 24 heures pour régler l’amende. Passé ce délai, la contravention serait automatiquement transférée aux services compétents du ministère des Finances, avec majoration éventuelle.
Marouane Zayen a insisté sur la nécessité de digitaliser entièrement le processus. Le paiement pourrait se faire par carte bancaire, QR code, plateforme en ligne ou application mobile. En cas de non-règlement, la somme due pourrait apparaître lors de démarches administratives futures liées au véhicule, notamment au moment du renouvellement de la vignette ou d’autres documents obligatoires.
Il a précisé que cette réforme ne viserait pas à exclure les sociétés privées actuellement actives dans ce secteur. Selon lui, leurs contrats pourraient être revus, à travers un avenant, afin qu’elles continuent à travailler autrement, en participant à la constatation logistique des infractions, à la pose des avis de contravention ou à la gestion technique du stationnement payant. Leur rémunération ne serait plus fondée sur les frais d’enlèvement, mais sur un pourcentage fixe des amendes effectivement recouvrées.
Parkings municipaux et réforme progressive
Autre proposition avancée par l’élu : transformer les fourrières et terrains actuellement réservés aux véhicules saisis en parkings municipaux payants. Il considère que ces espaces pourraient devenir une nouvelle source de revenus pour les communes tout en réduisant la pénurie de stationnement dans les centres-villes. Selon lui, il est incohérent de multiplier les sanctions sans offrir parallèlement des solutions de stationnement suffisantes.
L’élu a défendu une approche fondée sur la responsabilisation du citoyen. Il estime que si les automobilistes disposent d’informations claires sur les parkings disponibles, notamment via Google Maps ou d’autres applications, ils seront davantage enclins à se garer dans des zones autorisées.
Reconnaissant la complexité du dossier, il a admis qu’une suppression immédiate du « Changuel » serait difficile en raison des contrats déjà conclus et des équilibres financiers existants. Il a ainsi plaidé pour une réforme progressive passant d’abord par la généralisation des contraventions numériques, puis par la réorganisation des concessions en cours et la reconversion des espaces de fourrière.
À travers cette intervention, Marouane Zayen relance un débat sensible en Tunisie, celui de la gestion du stationnement urbain, de la modernisation des méthodes de contrôle et de la relation entre les municipalités et les citoyens.
I.N.










