Face à un marché où vêtements imités, faux parfums, cosmétiques contrefaits et contenus piratés circulent encore largement, le ministère du Commerce et du Développement des exportations a annoncé, lundi 20 avril 2026, la reprise des activités du Conseil national de lutte contre la contrefaçon. Des marchés hebdomadaires aux boutiques installées, en passant par les ventes en ligne, le phénomène touche de nombreux secteurs en Tunisie. Une relance présentée comme un signal fort, dont l’efficacité sera toutefois jugée sur la capacité des autorités à passer de l’annonce aux mesures concrètes.
Un Conseil national réactivé
Dans un communiqué, le ministère a précisé que cette première réunion de l’année du Conseil national de lutte contre la contrefaçon, présidée par Samir Abid, marque la reprise officielle des activités de cette instance.
À travers cette relance, le ministère affirme sa volonté de renforcer la protection de la propriété intellectuelle et de faire face plus efficacement aux phénomènes de contrefaçon et de piratage. Dans son intervention d’ouverture, le ministre a souligné que la réactivation de cette instance consultative devait permettre de renouveler les efforts nationaux engagés pour identifier ces pratiques, proposer des solutions adaptées et améliorer le cadre juridique et institutionnel existant.
Le communiqué insiste également sur la nécessité de protéger l’innovation, d’assainir le climat des affaires, de soutenir l’investissement et de favoriser la croissance économique. Les autorités estiment par ailleurs que la contrefaçon et le piratage ne relèvent plus uniquement de circuits traditionnels, mais s’étendent désormais aux secteurs industriels, technologiques et au commerce numérique, avec parfois des ramifications transfrontalières organisées.
Dans ce contexte, le ministère appelle à une coopération renforcée entre les différentes administrations tunisiennes ainsi qu’à une meilleure coordination internationale afin de limiter les effets économiques et sociaux de ces pratiques.
Un phénomène bien ancré dans le marché
Dans les faits, le phénomène dépasse largement les seuls produits de luxe souvent mis en avant. En Tunisie, la contrefaçon touche de nombreux segments du marché. Elle concerne les vêtements et les chaussures imitant de grandes enseignes internationales, mais aussi les parfums, les produits de beauté, le maquillage, les accessoires, certains appareils électroniques ainsi que les contenus numériques et logiciels piratés.
Ces articles sont commercialisés aussi bien dans des marchés, sur des stands informels, que parfois dans des boutiques installées qui les présentent comme des produits authentiques. Certains consommateurs savent qu’ils achètent des imitations à moindre coût, tandis que d’autres peuvent être trompés par la présentation, l’emballage, le discours commercial ou carrément des faux certificats d’authenticité.
Des risques au-delà du droit des marques
Dans le cas des cosmétiques, des parfums ou des produits appliqués sur la peau, l’enjeu ne se limite pas au respect des marques. Il touche également à la sécurité du consommateur. L’absence de traçabilité, la composition incertaine ou le non-respect des normes peuvent exposer à des risques sanitaires, notamment des irritations ou des réactions allergiques.
Ce que le communiqué ne dit pas
Le communiqué reste toutefois institutionnel et ne donne aucun élément concret sur le volume estimé de la contrefaçon en Tunisie, les secteurs les plus touchés, les saisies déjà réalisées, les sanctions prévues, un calendrier d’actions précis, la composition détaillée du Conseil national ou encore des objectifs chiffrés pour l’année 2026.
Autrement dit, l’annonce fixe une orientation politique, mais sans détailler les moyens engagés ni les résultats attendus. En ce sens, il s’agit aussi d’un communiqué stratégique en termes d’image, destiné à montrer que l’État reprend le dossier en main.
La crédibilité attendue sur le terrain
Sa crédibilité dépendra cependant de mesures concrètes, notamment des contrôles renforcés, la publication de statistiques régulières, des sanctions effectives et une coordination réelle entre les douanes, les services du commerce, la police économique et la justice. La lutte contre les circuits numériques de vente illicite constituera également un test important.
Entre économie informelle et attractivité
La lutte contre la contrefaçon reste en effet un exercice délicat. Elle touche à la fois l’économie informelle, le pouvoir d’achat, la protection des consommateurs, les droits des créateurs et l’attractivité du pays pour les investisseurs. En relançant ce Conseil national, les autorités envoient un signal politique clair. Reste désormais à traduire cette volonté en résultats tangibles.
I.N.










