Un message publié sur X par un compte nommé Stern Drew, qui se présente comme « expert en cryptomonnaies » et affirme avoir plus de dix ans d’expérience dans les matières premières, a récemment provoqué une vague d’inquiétude. Le tweet, partagé des centaines de fois, affirme que les doses de rappel contre la Covid-19 contiendraient « huit fragments complets du VIH » destinés à bloquer la production de globules blancs, et que ces vaccins seraient en réalité une « arme biologique » responsable de cancers fulgurants, d’effondrements immunitaires et de morts subites chez des personnes auparavant en bonne santé. Cette publication alarmiste, formulée de manière catégorique, a suscité de nombreux commentaires et relancé la méfiance envers la vaccination, plusieurs internautes y voyant la preuve d’un complot sanitaire mondial.

Mais, après vérification, ces affirmations sont fausses et relèvent de la désinformation déjà largement documentée depuis le début de la pandémie. L’idée selon laquelle les vaccins contre la Covid-19 contiendraient des fragments du VIH ne repose sur aucune preuve scientifique crédible. Elle recycle en réalité une rumeur ancienne, apparue dès 2020, et fondée sur une interprétation erronée d’un travail scientifique qui a ensuite été retiré.
L’origine de cette intox remonte à un préprint publié début février 2020 sur la plateforme bioRxiv, un document non évalué par des pairs, intitulé « Uncanny similarity of unique inserts in the 2019-nCoV spike protein to HIV-1 gp120 and Gag ». Les auteurs y affirmaient avoir identifié de courtes séquences d’acides aminés dans la protéine Spike du SARS-CoV-2 qui ressembleraient à certaines séquences présentes dans des protéines du VIH. Cette hypothèse a immédiatement été reprise par des sites connus pour diffuser des théories complotistes et de la désinformation, puis amplifiée sur les réseaux sociaux, où elle a été présentée comme une preuve que le coronavirus avait été fabriqué artificiellement.

Mais cette étude a rapidement été critiquée par de nombreux chercheurs spécialisés en virologie et en génétique, qui ont souligné un point essentiel, les séquences comparées étaient extrêmement courtes, ce qui rend ce type de correspondance statistiquement fréquent et trompeur. Comparer des fragments minuscules de protéines conduit très facilement à des « faux positifs », c’est-à-dire à des ressemblances purement accidentelles qui n’ont aucune signification biologique. Face à ces critiques, les auteurs ont finalement retiré eux-mêmes leur prépublication, reconnaissant implicitement que leurs conclusions n’étaient pas solides.

Des scientifiques ont ensuite refait l’analyse et ont démontré que ces séquences n’étaient absolument pas spécifiques au VIH. Elles se retrouvent dans de nombreux autres organismes et agents pathogènes sans aucun lien avec le virus du sida. Autrement dit, l’étude initiale avait tiré des conclusions spectaculaires à partir d’un raisonnement méthodologiquement fragile. Ce point a notamment été détaillé par le site Science Feedback, spécialisé dans l’évaluation des informations scientifiques circulant en ligne, qui rappelle que la ressemblance trouvée était « fortuite » et ne prouvait en rien une insertion du VIH dans le SARS-CoV-2.

Ainsi, les vaccins à ARN messager, comme ceux utilisés pour la Covid-19, ne contiennent pas de virus vivant, ni de fragments complets de VIH, ni d’éléments capables de produire du VIH dans l’organisme. Ils fournissent une instruction temporaire à certaines cellules pour produire une protéine spécifique du coronavirus (la protéine Spike), afin d’entraîner le système immunitaire à reconnaître l’agent infectieux.
R.A.












