Heure de Tunis :
Plus de prévisions: Meteo 25 jours Paris
Light
Dark

Électricité verte : l’UGTT charge un modèle qui affaiblit la Steg et met en péril la souveraineté

Article réservé aux abonnés

Écouter cet article

0:00 0:00

Par Imen Nouira

    La Fédération générale de l’électricité et du gaz, relevant de l’Union générale tunisienne du travail (UGTT), a tenu, mardi 21 avril 2026, une conférence de presse au siège de la centrale syndicale à Tunis pour exposer sa position sur les projets de lois relatifs aux concessions de production d’électricité à partir des énergies renouvelables, actuellement examinés par l’Assemblée des représentants du peuple (ARP).

    À travers cette rencontre, la structure syndicale a défendu le rôle de la Société tunisienne de l’électricité et du gaz (Steg) dans la transition énergétique, dénoncé son exclusion des discussions officielles et mis en garde contre des choix qu’elle juge préjudiciables à la souveraineté énergétique et aux finances publiques.

    L’UGTT dénonce son exclusion d’un dossier stratégique

    En ouverture de la conférence, les responsables syndicaux ont rappelé le rôle historique de l’UGTT dans les grands dossiers nationaux, estimant que la question énergétique relève directement de l’intérêt national et de la souveraineté du pays.

    Ils ont regretté que plusieurs acteurs aient été auditionnés dans le cadre des travaux parlementaires consacrés aux projets d’investissement dans les énergies renouvelables, sans que la Fédération générale de l’électricité et du gaz ni l’UGTT ne soient consultées.

    Pour eux, cette mise à l’écart prive le débat public de l’avis d’un acteur directement concerné par l’avenir du secteur électrique et par la pérennité de la Steg.

    Les responsables présents ont également souligné le rôle de la presse dans la transmission des enjeux techniques au grand public, ainsi que l’importance d’un débat ouvert associant la société civile.

    Favorables aux renouvelables, opposés au modèle retenu

    La fédération a insisté sur un point : elle ne s’oppose pas au développement des énergies renouvelables. Selon ses représentants, la transition énergétique constitue une nécessité pour réduire la dépendance aux combustibles fossiles, contenir les émissions polluantes et répondre à la progression de la demande nationale en électricité.

    Mais, selon eux, le problème réside dans le modèle choisi.

    Ils estiment que l’approche actuelle repose principalement sur les concessions accordées à des investisseurs privés, notamment étrangers, au lieu de placer l’opérateur public au centre de la stratégie nationale.

    La fédération a estimé qu’il aurait fallu, avant tout nouvel engagement, procéder à une évaluation des concessions déjà accordées, en particulier celles de 2019.

    La Steg capable d’investir, selon la fédération

    Les intervenants ont rejeté l’idée selon laquelle la Steg ne disposerait pas des capacités nécessaires pour développer elle-même des projets dans les énergies renouvelables.

    Ils ont affirmé que l’entreprise publique possède les compétences techniques, les ressources humaines qualifiées et l’expérience suffisante pour piloter ce type de programmes.

    Les responsables syndicaux ont indiqué que des appels d’offres et des préparatifs techniques étaient déjà prêts depuis 2020, ajoutant que leur lancement dépendait essentiellement d’un feu vert des autorités compétentes.

    Pour la fédération, renforcer la Steg dans ce domaine permettrait de consolider l’indépendance énergétique du pays tout en maintenant la maîtrise publique sur un secteur vital.

    Les crédits carbone au cœur des réserves syndicales

    Les responsables syndicaux ont également évoqué la question des crédits carbone générés par les projets d’énergies renouvelables.

    Selon eux, les revenus potentiels liés à ces mécanismes devraient être orientés prioritairement vers le financement de nouveaux investissements nationaux dans la production d’électricité verte et vers le soutien de l’entreprise publique.

    La fédération a estimé que ces ressources pourraient contribuer à réduire le coût de développement de futurs projets pilotés localement. Elle considère que ce dossier mérite un réexamen approfondi au regard de ses implications économiques et stratégiques.

    Alerte sur la souveraineté énergétique

    L’un des principaux messages de la conférence a porté sur le risque de voir la production d’électricité renouvelable progressivement dominée par des intérêts étrangers si la politique actuelle de concessions se poursuit.

    Selon les intervenants, un tel scénario pourrait conduire à une dépendance accrue dans un domaine hautement sensible pour l’économie nationale.

    Les responsables syndicaux ont estimé que certains projets orientés vers l’exportation d’électricité vers l’Europe pourraient accentuer cette tendance en privilégiant des logiques de marché externes plutôt que les besoins internes du pays. Ils ont rappelé que l’électricité ne saurait être considérée comme une simple marchandise, mais comme un service essentiel nécessitant une gouvernance publique forte.

    Des coûts supplémentaires pour les finances publiques

    La fédération a également mis en garde contre les effets financiers de certaines prolongations ou révisions contractuelles accordées dans le cadre des concessions existantes.

    Selon les estimations avancées lors de la conférence, l’extension de certaines durées d’exploitation pourrait générer des charges supplémentaires importantes pour la Steg, avec un impact indirect sur les finances publiques à travers les mécanismes de soutien au secteur électrique.

    Les responsables syndicaux estiment que ces choix devraient faire l’objet d’une transparence totale et d’une évaluation rigoureuse de leur rentabilité réelle pour l’État.

    Appel à un dialogue national

    En conclusion, la Fédération générale de l’électricité et du gaz a plaidé pour l’ouverture d’un dialogue national associant les pouvoirs publics, le parlement, la Steg, les partenaires sociaux, les experts et la société civile afin de redéfinir les orientations énergétiques du pays.

    Elle appelle à une transition énergétique fondée sur l’investissement public, la valorisation des compétences tunisiennes, le développement du contenu local et la préservation de la souveraineté nationale sur les infrastructures stratégiques.

    Pour la structure syndicale, la réussite de la transition énergétique ne doit pas seulement se mesurer en mégawatts installés, mais aussi en création de valeur nationale, en justice économique et en consolidation du service public.

    I.N.

    Subscribe to Our Newsletter

    Keep in touch with our news & offers

    Contenus Sponsorisés

    Répondre

    Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *