L’absentéisme au travail n’est plus un simple sujet de gestion interne : il s’impose désormais comme un véritable révélateur des fragilités du monde du travail. Réunis jeudi et vendredi 24 avril 2026, universitaires et inspecteurs du travail ont planché sur ce phénomène sensible, au cœur des tensions entre exigences économiques et réalités sociales.
Derrière les chiffres, une question centrale : faut-il y voir un dysfonctionnement des salariés… ou celui du système lui-même ?
Un phénomène global… et des chiffres dans la norme
En marge du colloque, Lotfi Bennour, Directeur général de l’Institut national du travail et des Études sociales (INTES), a tenu à relativiser. L’absentéisme, a-t-il expliqué sur Mosaïque FM, n’est ni une exception tunisienne ni une dérive locale : il s’agit d’un phénomène mondial, dont l’ampleur varie selon les contextes.
En Tunisie, les taux observés dans le secteur privé oscillent entre 4% et 5%, aussi bien chez les hommes que chez les femmes. Des niveaux comparables aux standards internationaux. À titre de repère, ils atteindraient environ 6% en France dans le privé.
Autrement dit, sur le papier, la Tunisie ne fait pas figure d’exception.
Derrière les absences, la fatigue sociale
Mais les chiffres, à eux seuls, ne disent pas tout. Ce sont surtout les causes de cet absentéisme qui interpellent. Le phénomène touche davantage les jeunes travailleurs, et pour cause : conditions de travail difficiles, salaires jugés insuffisants, précarité diffuse.
Pour joindre les deux bouts, certains salariés n’ont d’autre choix que de cumuler plusieurs activités. Une stratégie de survie qui finit par se retourner contre eux : fatigue chronique, surcharge, et, inévitablement, absences répétées dans leur emploi principal.
Un cercle vicieux qui affecte directement la productivité et désorganise les entreprises, tout en révélant un déséquilibre plus profond.
Face à ce constat, Lotfi Bennour plaide pour un meilleur encadrement de ces pratiques et une approche plus lucide du phénomène. L’enjeu n’est pas seulement de limiter les absences, mais de comprendre ce qu’elles disent du rapport au travail aujourd’hui.
Trouver un équilibre entre les impératifs des entreprises et les contraintes sociales des salariés : c’est là que se situe, sans doute, le véritable défi.
N.J










