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Lotfi Bouchnak ciblé par une campagne virale : une ancienne chanson instrumentalisée sur fond de discours xénophobe

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Par Myriam Ben Zineb

    Le grand artiste tunisien Lotfi Bouchnak se retrouve, ces derniers jours, au cœur d’une campagne virale sur les réseaux sociaux, nourrie par la republication massive d’une ancienne chanson produite en 2021 en collaboration avec le Haut Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (UNHCR).

    Intitulé « Ahlan Tounes », ce titre, diffusé il y a cinq ans dans le cadre d’une initiative de sensibilisation aux droits des réfugiés, refait surface aujourd’hui, détaché de son contexte initial. La vidéo est largement relayée accompagnée de commentaires virulents, accusant l’artiste de promouvoir des politiques pour « l’installation durable d’étrangers » ou encore de porter atteinte à « l’identité nationale ».

    Une campagne nourrie par des discours hostiles

    Dans les publications circulant en ligne, certains internautes vont jusqu’à appeler à des mesures radicales, mêlant revendications politiques et attaques directes contre des organisations de défense des droits humains, telles que Ligue tunisienne des droits de l’homme ou encore l’Institut arabe des droits de l’homme.

    Le ton employé dépasse largement la critique artistique ou politique. Plusieurs messages véhiculent des propos ouvertement xénophobes, voire racistes, ciblant non seulement les migrants et réfugiés, mais aussi l’artiste lui-même. Ses origines familiales sont notamment évoquées de manière récurrente pour tenter de le disqualifier, dans une rhétorique qui s’inscrit dans une logique d’exclusion.

    Une œuvre sortie de son contexte

    La chanson en question s’inscrivait, au moment de sa sortie, dans une campagne internationale visant à promouvoir les valeurs d’accueil, de dignité et de respect des droits fondamentaux. Elle mettait en avant une vision inclusive de la société tunisienne, en phase avec les engagements internationaux du pays en matière de droits humains.

    Cinq ans plus tard, sa réapparition dans un contexte marqué par des tensions autour de la question migratoire semble avoir servi de catalyseur à des discours polarisants. La temporalité même du contenu — une œuvre datant de 2021 présentée comme récente — participe à entretenir une confusion auprès du public.

    Entre critique politique et dérives discursives

    Si le débat sur les politiques migratoires relève d’un champ légitime de discussion publique, la tournure prise par cette campagne soulève des interrogations sur les dérives du discours en ligne. L’amalgame entre réfugiés, migrants en situation irrégulière et enjeux de sécurité, combiné à des attaques ad hominem, contribue à radicaliser les positions.

    Dans ce contexte, la figure de Lotfi Bouchnak devient le point de convergence d’un discours plus large, où s’entremêlent critiques politiques, défiance envers les institutions et rhétorique identitaire.

    Un climat sous tension

    Cette séquence illustre, une nouvelle fois, la sensibilité du débat migratoire en Tunisie et la rapidité avec laquelle des contenus anciens peuvent être réactivés pour alimenter des controverses contemporaines. Elle met également en lumière le rôle amplificateur des réseaux sociaux dans la diffusion de messages clivants, parfois au détriment de la nuance et du factuel.

    Face à cette campagne, aucune réaction officielle de l’artiste n’a été relevée à ce stade.

    M.B.Z

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    1. Malo

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      27 avril 2026 | 13h50

      Vouloir détruire Lotfi Bouchnak pour une chanson sortie de son contexte montre un mal profond dans notre société : le besoin de trouver un coupable idéal. On dirait que les Tunisiens sont bloqués dans une vision tout en noir ou tout en blanc, où l’on adore des stars pour mieux les attaquer dès que ça va mal. C’est la réaction d’un peuple qui oublie vite et qui agit par colère plutôt que par réflexion pour cacher son propre désespoir. Pourtant, si l’on reste calme et logique, la vérité est claire.
      La crise d’aujourd’hui ne vient pas de commencer et n’est pas la faute d’un chanteur. Ce sont les décisions politiques passées qui nous ont menés là : dès 2012, sous Moncef Marzouki, la Tunisie a permis à plusieurs pays d’Afrique de venir sans visa, sans aucun plan pour gérer ou intégrer ces personnes. Cette situation a été confirmée récemment par l’accord signé le 16 juillet 2023 avec l’Europe. Ce n’est pas l’artiste qui touche l’argent, c’est l’État qui a reçu une aide de plus de 105 millions d’euros l’année dernière pour gérer l’immigration. Ce n’est pas lui non plus qui loge ces migrants ou les fait travailler en cachette dans nos fermes ; ce sont des Tunisiens qui profitent d’une main-d’œuvre pas chère.
      S’en prendre à l’artiste est une façon de se mentir à soi-même pour éviter de voir notre propre responsabilité et la faiblesse de nos chefs face aux pays étrangers. La réalité est là : le problème existe déjà. La solution n’est pas dans le racisme ou la haine sur internet, mais dans une vraie stratégie nationale. Il faut absolument fermer les frontières terrestres par respect pour notre pays. Ensuite, il faut compter précisément les migrants, car personne ne connaît leur nombre exact, ce qui empêche de prévoir l’avenir économique et garantir la sécurité. Entre le retour chez eux pour certains et l’intégration (sous conditions de respecter nos valeurs) pour les autres, l’État doit agir au cas par cas. Tout le reste n’est que du bruit inutile. La Tunisie doit arrêter de chercher des poux à ses artistes et s’attaquer au vrai problème, car les lois et la force du pays comptent plus que n’importe quel individu.
      Même si je ne suis pas d’accord avec toutes les opinions qu’il donne dans les médias, comme lors de son passage chez Mona El Shazly dans l’une des émissions les plus regardées du monde arabe, il faut reconnaître qu’en tant que chanteur, il est au sommet. En tant que figure publique, on peut discuter ses idées avec des arguments sérieux et solides, mais on ne doit pas chercher à le détruire lui.

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