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Khaled Nouri : les élections municipales ne doivent plus être perçues comme une simple échéance politique

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Par Myriam Ben Zineb

    Deux ans après avoir été balayées d’un trait de décret, les municipalités tunisiennes restent suspendues dans un entre-deux institutionnel. Au moment où le pouvoir promet une “rupture” dans la gestion locale, une question persiste : peut-on réformer ce que l’on a d’abord vidé de sa substance politique ?

    Un discours de rupture… dans un paysage déjà neutralisé

    Le ministre de l’Intérieur, Khaled Nouri, a affirmé, lundi 27 avril 2026, lors d’une séance d’audition au Conseil national des régions et des districts, que le projet de loi organique des municipalités en cours d’élaboration marquera une rupture avec les pratiques passées, en instaurant des mécanismes de reddition des comptes et de suivi de l’activité des conseils municipaux.

    Face aux membres du conseil, il a insisté sur la nécessité de revoir les critères d’évaluation de l’action municipale, désormais indexés sur les projets effectivement réalisés, et non plus sur des considérations administratives ou relationnelles. Les élections municipales, a-t-il ajouté, ne doivent plus être perçues comme une simple échéance politique.

    Une déclaration qui, en creux, consacre un glissement : celui d’un pouvoir local réduit à une logique de gestion et de performance, au détriment de sa dimension politique et représentative.

    Mars 2023 : la mise entre parenthèses du pouvoir local

    Cette volonté affichée de “dépolitiser” les municipales s’inscrit dans une séquence bien connue. Le 8 mars 2023, tous les conseils municipaux élus en 2018 ont été dissous par décret-loi, mettant fin à une expérience démocratique locale encore fragile mais inédite.

    Dans la foulée, les maires ont été démis de leurs fonctions, et la gestion des municipalités confiée à des délégations spéciales placées sous la tutelle du ministère de l’Intérieur.

    Présentée comme une étape transitoire dans le cadre de la refonte du système politique engagée depuis 2021, cette décision a installé un vide électoral durable. Plus de deux ans après, aucune nouvelle architecture électorale n’a vu le jour, et aucun calendrier clair n’a été annoncé.

    Une transition sans horizon

    Ces déclarations interviennent dans un contexte marqué par un flou persistant autour de la gouvernance locale. La récente décision du conseil local de Tunis Ville de transmettre à la présidence de la République et au ministère public un dossier relatif à des projets municipaux bloqués illustre les tensions et les dysfonctionnements actuels.

    Deux projets, à l’arrêt depuis 2024, ont ainsi été signalés, dans un climat où les appels à remonter directement les blocages au sommet de l’État tendent à court-circuiter les circuits institutionnels classiques.

    Dans les faits, les municipalités continuent d’opérer dans un cadre administratif provisoire, avec des marges de manœuvre limitées, notamment sur le plan budgétaire. Résultat : une inertie croissante, et des projets gelés dans une mécanique bureaucratique sans véritable pilote politique.

    Responsabilités diluées, pouvoir central renforcé

    La dissolution des conseils élus a profondément redéfini la chaîne de responsabilité. Là où des équipes issues des urnes pouvaient être politiquement comptables de leur action, la gestion actuelle repose sur des structures désignées, aux prérogatives limitées et à la légitimité indirecte.

    Dans ce contexte, identifier les responsabilités devient un exercice périlleux. Les blocages s’accumulent, sans que les citoyens puissent clairement en attribuer la charge.

    Conseils locaux : relais citoyens ou nouveaux centres de pouvoir ?

    Parallèlement, la montée en puissance des conseils locaux, intégrés dans la nouvelle architecture institutionnelle, introduit un acteur supplémentaire dans le paysage territorial.

    Présentés comme des relais directs de la volonté populaire, ces conseils interviennent désormais dans le suivi des projets locaux. Mais leur articulation avec les administrations municipales reste floue.

    La saisine directe de la présidence par un conseil local au sujet de projets municipaux en panne met en lumière un enchevêtrement des rôles et une redéfinition implicite des circuits de décision, au profit d’un pouvoir central de plus en plus sollicité.

    Réformer sans élire ?

    Dans ce contexte, la réforme annoncée par Khaled Nouri apparaît comme une tentative de restructuration d’un système déjà profondément transformé voire neutralisé par la disparition de ses instances élues.

    Car derrière les promesses de transparence et d’efficacité, une interrogation demeure : peut-on prétendre renforcer la reddition des comptes dans un système où les principaux acteurs ne sont plus issus du suffrage ?

    M.B.Z

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