Il aura fallu attendre une semaine depuis l’annonce de la suspension de la Ligue tunisienne des droits de l’Homme (LTDH) pour que le mouvement Ennahdha sorte de son silence et prenne position. Une prise de parole tardive, mais qui s’inscrit dans la tonalité désormais bien rodée du parti.
Dans un communiqué publié samedi 2 mai 2026, le mouvement a exprimé sa « profonde inquiétude » face à une décision qualifiée d’« inédite », visant l’une des plus anciennes organisations de la société civile tunisienne. Un vocabulaire grave pour dénoncer une mesure qui intervient après une série de pressions croissantes sur la LTDH, notamment des restrictions empêchant ses membres d’accéder aux détenus.
Une réaction tardive, un discours calibré
Au-delà de la dénonciation de la suspension, Ennahdha replace l’épisode dans une lecture plus large du contexte politique post-25-Juillet. Le parti évoque un processus de « concentration des pouvoirs » et de « réduction des contre-pouvoirs », rappelant la dissolution du Parlement, la suspension de la Constitution de 2014 et la reconfiguration des institutions.
Dans cette grille de lecture, la suspension de la LTDH n’est qu’un épisode supplémentaire d’un rétrécissement progressif de l’espace civique, touchant aussi bien les partis que les organisations et figures critiques du pouvoir.
Libertés publiques et image internationale en jeu
Le mouvement met en garde contre les conséquences d’un tel climat, estimant que les atteintes aux libertés publiques pourraient aggraver les crises déjà multiples que traverse le pays.
Il insiste également sur l’impact international de cette décision, rappelant que la LTDH a joué un rôle clé dans le Dialogue national couronné par le Prix Nobel de la paix en 2015. À ses yeux, suspendre une telle organisation envoie un signal préoccupant quant au respect des engagements de la Tunisie en matière de droits et libertés.
Dans la foulée, Ennahdha appelle à la libération des personnes détenues pour leurs opinions ou activités politiques et civiles, citant notamment l’ancien bâtonnier Chawki Tabib, le journaliste Zied El-Heni et l’ancienne présidente de l’IVD Sihem Ben Sedrine.
Entre ligne officielle et réflexes militants
Reste que cette prise de position, aussi formelle et alignée soit-elle sur les standards des communiqués politiques, ne reflète pas forcément l’état d’esprit d’une partie de ses bases.
Sur les réseaux sociaux, dans les heures ayant suivi l’annonce de la suspension de la LTDH, les réactions de sympathisants du mouvement ont parfois pris un tout autre ton. Entre satisfaction à peine dissimulée et commentaires ouvertement hostiles, certains n’ont pas hésité à qualifier la Ligue d’organisation « gauchiste », estimant ainsi qu’elle ne méritait ni soutien ni solidarité.
Un décalage révélateur : d’un côté, une direction qui se positionne sur le terrain des libertés publiques et des principes démocratiques ; de l’autre, une base militante où persistent des réflexes idéologiques tenaces, peu enclins à défendre des acteurs perçus comme adversaires politiques.
En creux, c’est toute la difficulté d’Ennahdha à maintenir une ligne cohérente qui apparaît : défendre les libertés y compris pour ceux que ses propres soutiens considèrent comme indéfendables.
S.H











Commentaire
Fares
Ennahda un mouvement qu’on croyait non dèboulounable est devenu un mouvement zombie, et la roue continue à tourner.
La vie est un grand manège et que ceux qui sont en haut ne réjouissent pas trop et qu’ils gardent les pieds sur terre.