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Pénurie d’eau et sécheresses à répétition : un rapport décrit un avenir inquiétant pour la Tunisie

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Par Nadya Jennene

    Dans un récent rapport, la Banque africaine de développement (BAD) a alerté sur l’aggravation des effets de la sécheresse et de la pénurie d’eau en Tunisie. Si l’économie tunisienne a enregistré une légère reprise en 2024 grâce au rebond agricole, l’institution estime que le stress hydrique constitue désormais une menace structurelle pour l’agriculture, les prix alimentaires, le tourisme et la stabilité économique du pays.

    Une reprise économique fragile et suspendue aux pluies

    Selon la BAD, l’économie tunisienne a enregistré une croissance modérée de 1,4% en 2024, contre 1% en 2023. Cette légère amélioration a été principalement soutenue par un rebond temporaire du secteur agricole, dont l’activité a progressé de 12,1% au quatrième trimestre.

    Cette reprise a notamment permis une relative détente de l’inflation, retombée à 7% en 2024 après avoir atteint 9,3% l’année précédente. Toutefois, l’institution précise que cette amélioration demeure fragile et largement dépendante des conditions climatiques.

    Le rapport souligne en effet que la production agricole tunisienne reste fortement exposée aux variations des précipitations et aux périodes de sécheresse prolongée. Malgré l’amélioration partielle des récoltes après la sécheresse de 2023, plusieurs produits agricoles continuent d’alimenter la hausse des prix.

    Les viandes rouges, notamment les moutons, ainsi que la volaille, ont connu des augmentations importantes en raison des difficultés d’approvisionnement en eau, de la hausse du coût des fourrages et de la pression sur les ressources agricoles. Certains fruits et légumes saisonniers, comme les tomates, les piments ou les agrumes, ont également subi des hausses de prix dans plusieurs régions du pays en raison du stress hydrique et des perturbations climatiques.

    Des projections climatiques alarmantes pour la Tunisie à l’horizon 2050

    Pour la BAD, cette situation révèle la vulnérabilité structurelle du modèle agricole tunisien face au changement climatique. L’agriculture nationale demeure largement tributaire des pluies, alors même que les épisodes de sécheresse deviennent plus fréquents et plus intenses.

    Le rapport s’appuie notamment sur une étude scientifique menée par Tanarhte et ses collaborateurs en 2024. Celle-ci montre que l’Afrique du Nord connaît une aggravation des sécheresses agricoles et écologiques sous l’effet du réchauffement climatique mondial.

    Les chercheurs expliquent que l’augmentation des températures entraîne une demande évaporative atmosphérique plus élevée, accélérant ainsi l’évapotranspiration. Ce phénomène réduit l’humidité des sols, perturbe la croissance des cultures et accentue le déficit hydrique dans des régions déjà fragilisées par l’aridité.

    La BAD souligne également que plusieurs simulations climatiques internationales convergent vers des scénarios particulièrement préoccupants pour la Tunisie à l’horizon 2050. Les projections réalisées à partir des modèles climatiques mondiaux CMIP5 et CMIP6, ainsi que des modèles régionaux HadCM3, RegCM4, PRECIS et ARPEGE-Climat, annoncent une augmentation marquée des sécheresses météorologiques, agricoles et écologiques dans le pays.

    Selon ces simulations, les régions du centre et du sud tunisien devraient être les plus exposées à cette aggravation du stress climatique. Les chercheurs anticipent une baisse significative des précipitations, une hausse de l’évapotranspiration potentielle ainsi qu’une multiplication des années sèches successives.

    Le rapport estime que cette évolution accentuera les disparités régionales face aux ressources hydriques et renforcera la vulnérabilité des territoires déjà confrontés à des conditions climatiques difficiles.

    Agriculture, tourisme, alimentation : les effets de la crise hydrique s’étendent

    En Tunisie, les conséquences de cette évolution sont déjà visibles. La BAD rappelle notamment que la sécheresse de 2015-2016 avait provoqué un effondrement de la production céréalière nationale, entraînant une crise agricole majeure et une augmentation des importations alimentaires.

    L’institution affirme que ces épisodes climatiques ont des répercussions directes sur les finances publiques, les recettes d’exportation et les coûts liés à l’approvisionnement en produits de base.

    Mais les effets de la pénurie d’eau dépassent désormais le seul cadre agricole. Le rapport met également en garde contre les conséquences sur le tourisme, secteur essentiel de l’économie tunisienne. Les ressources naturelles, les plages et les écosystèmes marins subissent eux aussi les effets du stress hydrique et de la dégradation environnementale.

    Selon la BAD, la raréfaction de l’eau et les transformations des paysages naturels risquent d’affecter l’attractivité touristique du pays et de fragiliser davantage les économies locales dépendantes de cette activité.

    Les conséquences sociales apparaissent également de plus en plus préoccupantes. La diminution des stocks céréaliers et des produits alimentaires de base contribue à la hausse des prix et complique l’accès à certaines denrées pour les populations les plus vulnérables, accentuant les risques d’insécurité alimentaire.

    La BAD appelle à repenser la gouvernance de l’eau et des risques climatiques

    Face à cette situation, la BAD appelle à une gestion plus intégrée des risques climatiques et hydriques. L’institution recommande notamment une réforme des politiques de gestion de l’eau, une actualisation du Code des eaux et la mise en place d’un système unifié de suivi climatique, hydrologique et économique.

    Le rapport insiste également sur la nécessité d’impliquer davantage les collectivités locales et les organisations de la société civile dans les mécanismes de gouvernance afin de renforcer la résilience du pays face à l’aggravation du changement climatique.

    Pour la BAD, les sécheresses en Tunisie ne constituent plus seulement une problématique environnementale ou agricole, mais un défi multidimensionnel affectant durablement l’économie nationale, la stabilité sociale et les perspectives de développement du pays.

    N.J

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