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Derby EST-CA : un sociologue alerte sur des « attitudes rétrogrades » tant chez les joueurs que les supporters 

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Par Nadya Jennene

    À la suite des violents incidents survenus dimanche 10 mai 2026 lors et après le derby ayant opposé l’Espérance Sportive de Tunis au Club Africain, le sociologue et anthropologue Mohamed Jouili a livré une analyse approfondie des mécanismes de violence dans le football tunisien, estimant que les scènes observées ne relèvent ni de l’exception ni de la surprise.

    Réagissant aux images largement relayées sur les réseaux sociaux, le chercheur a reconnu, dans une intervention sur Jawhara FM, qu’elles donnaient « une image désastreuse » et demeuraient « inacceptables pour n’importe quel observateur ». Toutefois, il a tenu à replacer ces événements dans un contexte historique plus large, rappelant que le football, partout dans le monde, porte en lui un potentiel de violence. Il a souligné, toutefois, que certaines sociétés avaient néanmoins réussi à construire une véritable culture sportive fondée sur l’acceptation du résultat, le respect de l’adversaire et la discipline professionnelle.

    Selon lui, plusieurs championnats européens ont progressivement instauré cette culture du professionnalisme, où le joueur est considéré comme un salarié accomplissant son travail dans un cadre strictement réglementé. À l’inverse, la Tunisie continue, d’après Mohamed Jouili, à souffrir d’un rapport passionnel et conflictuel au football, favorisant régulièrement des débordements.

    L’universitaire a rejeté l’idée selon laquelle les violences actuelles constitueraient un phénomène inédit. Il a rappelé que le football tunisien a déjà connu de graves épisodes de chaos depuis plusieurs décennies. Il a notamment évoqué les affrontements meurtriers de Béja au début des années 1990, ainsi que les incidents ayant opposé l’Espérance Sportive de Tunis au Club Sportif Sfaxien en finale de la Coupe de Tunisie en 1971 au stade d’El Menzah, marquée par des violences et des scènes d’incendie. « Il serait faux de croire que nous découvrons aujourd’hui ce phénomène », a-t-il insisté, considérant que les événements récents sont le prolongement d’une longue accumulation de tensions et de pratiques enracinées.

    Mohamed Jouili a également décrit l’ampleur du phénomène au-delà même des stades. Selon lui, la violence liée au football ne se limite pas à l’intérieur des enceintes sportives, mais s’étend aux quartiers populaires comme aux quartiers aisés, avant et après les rencontres. « C’est presque une logique de guerre », a-t-il affirmé, expliquant que des groupes de supporters se retrouvent parfois dans la rue après les matchs pour poursuivre les affrontements physiques.

    Le chercheur a souligné que les moments les plus dangereux surviennent souvent avant et après les rencontres, particulièrement lorsque des sentiments d’injustice ou de provocation s’installent chez les supporters. Il estime que les polémiques arbitrales et les décisions controversées alimentent fortement les frustrations collectives. Selon lui, plus les structures dirigeantes du football tunisien — fédération, ligue et arbitrage — parviennent à instaurer un climat de justice sportive et d’équité, plus elles réduisent les risques de passage à la violence.

    Interrogé sur les altercations impliquant directement des joueurs après le derby, Mohamed Jouili s’est montré particulièrement critique. Revenant sur des vidéos montrant certains joueurs quitter leurs véhicules pour participer à des affrontements dans la rue, il a jugé ces comportements « incompréhensibles » de la part de sportifs professionnels. Il a estimé que ces scènes révélaient « des attitudes profondément rétrogrades », malgré l’expérience internationale et le professionnalisme affiché par plusieurs joueurs tunisiens.

    Pour lui, certains gestes ont été perçus comme des provocations directes, notamment autour d’une supposée célébration interprétée par certains supporters comme un acte de défi envers le camp adverse. Cette incapacité à accepter le jeu et ses résultats démontre que plusieurs acteurs du football tunisien — joueurs, dirigeants et supporters — peinent encore à intégrer pleinement les valeurs du sport moderne, a-t-il avancé. 

    Mohamed Jouili a également rejeté l’idée selon laquelle la violence concernerait uniquement les grands clubs et les affiches médiatisées du championnat. Il a affirmé que les divisions inférieures connaissent parfois des violences encore plus importantes, bien que celles-ci attirent moins l’attention médiatique.

    Interrogé sur le lien entre la violence sociale et celle observée dans les stades, le chercheur a estimé que les deux phénomènes s’alimentaient mutuellement. « Les supporters viennent de la rue avec leurs tensions, leurs frustrations et leurs problèmes sociaux, puis repartent ensuite avec cette violence vers la rue », a-t-il expliqué, décrivant un cycle permanent entre société et football.

    N.J

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