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Commerce extérieur : la Chine, l’Algérie et la Turquie creusent le déficit tunisien

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Par Imen Nouira

    Le déficit commercial tunisien a atteint 7,53 milliards de dinars à fin avril 2026, selon les données publiées mardi 12 mai 2026 par l’Institut national de la statistique (INS). Malgré une progression des exportations tunisiennes durant les quatre premiers mois de l’année, les importations continuent de peser lourdement sur les équilibres extérieurs du pays.

    L’analyse des échanges par pays met toutefois en évidence une structure commerciale contrastée. Quelques partenaires concentrent l’essentiel des déficits commerciaux tunisiens, tandis que plusieurs marchés européens continuent de générer d’importants excédents grâce aux exportations industrielles et agroalimentaires tunisiennes.

    Chine, Algérie et Turquie dominent les déficits commerciaux tunisiens

    À fin avril 2026, la Chine demeure, de loin, le principal partenaire déficitaire de la Tunisie avec un solde commercial négatif de près de 3,77 milliards de dinars. Ce déficit représente à lui seul près de la moitié du déficit commercial total du pays.

    L’Algérie suit avec un déficit dépassant 1,57 milliard de dinars, devant la Turquie (-1,08 milliard de dinars).

    La Russie (-801 millions de dinars) et l’Inde (-676 millions de dinars) complètent le classement des principaux partenaires déficitaires de la Tunisie.

    France, Allemagne et Espagne portent les principaux excédents tunisiens

    À l’inverse, la France reste le principal marché excédentaire pour la Tunisie avec un excédent commercial de 1,41 milliard de dinars.

    L’Allemagne suit avec un excédent de 827 millions de dinars, devant l’Espagne (+368 millions de dinars), la Libye (+342 millions de dinars) et l’Italie (+327 millions de dinars).

    Cette répartition met en évidence une double dynamique : d’un côté, une forte dépendance tunisienne vis-à-vis de plusieurs fournisseurs internationaux de produits énergétiques, industriels et manufacturés ; de l’autre, une capacité persistante des industries tunisiennes à dégager des excédents sur plusieurs marchés européens et régionaux.

    Le déficit avec la Chine reflète autant la consommation que les besoins industriels tunisiens

    Le poids de la Chine dans le déficit commercial tunisien continue de progresser d’année en année. La Chine est devenue un fournisseur incontournable pour une large partie des importations tunisiennes, qu’il s’agisse d’équipements industriels, de composants électroniques, de machines, de produits manufacturés, d’équipements électriques, de pièces détachées, d’articles électroménagers ou encore de biens de consommation.

    Cette situation reflète la place centrale occupée par la Chine dans les chaînes d’approvisionnement mondiales. Une partie importante des produits importés depuis le marché chinois ne vise pas uniquement la consommation finale mais alimente également l’appareil productif tunisien.

    Les industries mécaniques et électriques tunisiennes, qui figurent parmi les principaux moteurs des exportations du pays vers l’Europe, reposent fortement sur des composants, équipements et intrants importés. Une partie du déficit avec la Chine correspond ainsi à des importations nécessaires au fonctionnement de nombreuses entreprises tunisiennes exportatrices.

    Cette dépendance traduit toutefois les limites de l’intégration industrielle locale. Une part importante de la valeur ajoutée industrielle tunisienne demeure liée à des composants et équipements importés, notamment asiatiques.

    Parallèlement, les importations de produits de consommation chinois continuent également de progresser sur le marché tunisien, alimentées par des prix souvent plus compétitifs que ceux proposés par plusieurs producteurs locaux ou européens.

    L’énergie explique l’essentiel du déficit avec l’Algérie

    Le déficit commercial avec l’Algérie demeure principalement lié à l’énergie. Les importations de gaz naturel et de produits énergétiques continuent de représenter une charge importante pour les équilibres extérieurs tunisiens.

    Le déficit énergétique global de la Tunisie a d’ailleurs dépassé 4,19 milliards de dinars à fin avril 2026, selon les statistiques de l’INS, soit plus de la moitié du déficit commercial total du pays.

    Cette situation reflète la dépendance persistante de la Tunisie aux approvisionnements énergétiques extérieurs, dans un contexte marqué à la fois par le recul de la production nationale d’hydrocarbures, l’augmentation de la consommation énergétique domestique ainsi que par la forte volatilité des marchés internationaux de l’énergie.

    Le déficit avec l’Algérie apparaît ainsi davantage comme un déficit structurel lié aux besoins énergétiques du pays que comme un déséquilibre commercial classique lié aux produits manufacturés ou à la consommation.

    La Turquie renforce progressivement sa présence sur le marché tunisien

    Avec un déficit dépassant 1,08 milliard de dinars, la Turquie confirme sa montée en puissance parmi les principaux fournisseurs de la Tunisie.

    Les échanges tuniso-turcs se sont fortement développés durant les dernières années, notamment dans le textile, l’habillement, les produits manufacturés, le mobilier, l’électroménager, les équipements domestiques et certains biens intermédiaires.

    La progression continue des importations turques continue d’alimenter les débats autour de l’accord commercial signé entre les deux pays. Plusieurs industriels tunisiens estiment que certaines filières locales subissent une pression concurrentielle importante face aux produits turcs, souvent compétitifs en termes de prix.

    Toutefois, là encore, la structure des échanges reste plus complexe qu’un simple déséquilibre commercial. Une partie des importations turques concerne également des équipements, tissus, matières premières et produits intermédiaires utilisés par des entreprises tunisiennes dans leurs propres activités de production.

    Russie : céréales, matières premières et énergie

    Le déficit commercial avec la Russie, qui atteint environ 801 millions de dinars, reste principalement lié aux importations de produits stratégiques, notamment certaines céréales, matières premières et produits énergétiques.

    Les échanges avec la Russie demeurent fortement dépendants des fluctuations des marchés internationaux des matières premières agricoles et énergétiques. Les besoins tunisiens en approvisionnement alimentaire et énergétique continuent ainsi de peser sur la balance commerciale avec Moscou.

    Cette dépendance est d’autant plus sensible que les produits concernés restent difficilement substituables à court terme.

    Le déficit avec l’Inde est également porté par les importations de riz

    Le déficit commercial avec l’Inde, qui atteint 676 millions de dinars à fin avril 2026, concerne plusieurs catégories de produits industriels, chimiques, pharmaceutiques et manufacturés.

    Toutefois, les importations tunisiennes de riz contribuent également à alourdir le déséquilibre commercial avec l’Inde.

    L’Inde figure en effet parmi les principaux fournisseurs mondiaux de riz, et les importations tunisiennes de cette céréale ont pris une place croissante dans les échanges entre les deux pays au cours des dernières années.

    Le déficit avec l’Inde ne relève donc pas uniquement des produits industriels ou manufacturés mais intègre également une dimension alimentaire stratégique liée aux besoins du marché tunisien en produits de base.

    Cette situation illustre plus largement la dépendance croissante de la Tunisie à plusieurs marchés internationaux pour son approvisionnement alimentaire, énergétique et industriel.

    L’Europe demeure le principal moteur des excédents commerciaux tunisiens

    À l’inverse des déficits enregistrés avec plusieurs partenaires asiatiques et énergétiques, les principaux excédents commerciaux de la Tunisie restent concentrés sur les marchés européens.

    La France conserve ainsi sa position de premier partenaire excédentaire pour la Tunisie avec un solde positif dépassant 1,41 milliard de dinars.

    Cet excédent repose principalement sur les exportations industrielles tunisiennes, notamment dans les secteurs mécaniques, électriques, textiles et agroalimentaires. Les entreprises totalement exportatrices implantées en Tunisie continuent de jouer un rôle central dans ces échanges.

    L’Allemagne suit avec un excédent commercial de 827 millions de dinars. Là encore, les industries mécaniques et électriques constituent le principal moteur des exportations tunisiennes vers le marché allemand.

    Ces chiffres illustrent le niveau d’intégration de la Tunisie dans les chaînes de valeur industrielles européennes, notamment dans les secteurs du câblage, des composants automobiles et aéronautiques, de la sous-traitance industrielle et des activités manufacturières destinées au marché européen.

    L’huile d’olive tire les exportations vers l’Espagne

    L’Espagne affiche un excédent commercial de 368 millions de dinars avec la Tunisie.

    Les échanges avec le marché espagnol restent fortement soutenus par les exportations agroalimentaires tunisiennes, notamment l’huile d’olive, dont les ventes ont fortement progressé durant les quatre premiers mois de 2026.

    Selon les données de l’INS, les exportations d’huile d’olive ont atteint 2,63 milliards de dinars à fin avril 2026, contre 1,76 milliard de dinars durant la même période de 2025.

    Cette progression constitue l’un des principaux facteurs ayant permis d’atténuer partiellement la détérioration du déficit commercial tunisien.

    L’agroalimentaire apparaît ainsi comme l’un des rares secteurs capables de générer des excédents commerciaux importants et relativement rapides pour l’économie tunisienne.

    La Libye demeure un débouché régional important pour les entreprises tunisiennes

    La Libye continue de représenter un marché régional stratégique pour la Tunisie avec un excédent commercial de 342 millions de dinars.

    Les exportations tunisiennes vers la Libye concernent une large variété de produits : produits alimentaires, matériaux de construction, produits manufacturés, médicaments, biens de consommation et différents services liés aux échanges transfrontaliers.

    Malgré les fluctuations politiques et sécuritaires qu’a connues la Libye au cours des dernières années, ce marché continue de jouer un rôle important pour de nombreuses entreprises tunisiennes, notamment dans les régions frontalières.

    L’Italie complète enfin le classement des principaux partenaires excédentaires de la Tunisie avec un solde positif de 327 millions de dinars, principalement porté par les échanges industriels et manufacturiers.

    Une économie fortement intégrée à l’Europe mais dépendante des importations stratégiques

    Au-delà des chiffres bruts, la structure des échanges commerciaux tunisiens met en évidence plusieurs caractéristiques majeures de l’économie nationale.

    D’un côté, la Tunisie demeure fortement intégrée aux chaînes industrielles européennes. Les excédents commerciaux enregistrés avec plusieurs pays européens reposent essentiellement sur les industries mécaniques, électriques, textiles et agroalimentaires tournées vers l’exportation.

    De l’autre, l’économie tunisienne reste fortement dépendante des importations énergétiques, des équipements industriels, des matières premières, des intrants manufacturiers ainsi que de certains produits alimentaires stratégiques.

    Cette configuration explique pourquoi les exportations tunisiennes continuent de progresser sans permettre, pour autant, une réduction significative du déficit commercial global.

    À fin avril 2026, les exportations tunisiennes ont atteint 22,69 milliards de dinars, en hausse de 9,5% sur un an. Dans le même temps, les importations ont progressé de 7,9% pour atteindre 30,22 milliards de dinars.

    Le taux de couverture s’est ainsi établi à 75,1%, contre 74% un an auparavant, mais reste nettement inférieur aux niveaux observés avant la forte dégradation des équilibres commerciaux enregistrée ces dernières années.

    I.N.

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