Le dramaturge tunisien Taoufik Jebali a vivement réagi, mercredi 13 mai 2026, à l’adoption par l’Assemblée des représentants du peuple de la loi relative au statut de l’artiste et aux professions artistiques. Dans deux longues publications diffusées sur Facebook, l’homme de théâtre a dénoncé un texte qu’il considère comme une menace directe contre la liberté de création et l’indépendance du secteur culturel.
Sous le slogan « Non à la tutelle administrative sur la liberté de création », Taoufik Jebali a accusé le nouveau dispositif législatif d’instaurer une logique de contrôle administratif incompatible, selon lui, avec les principes constitutionnels garantissant la liberté d’expression et de création artistique.
Le dramaturge a avancé notamment que plusieurs dispositions de cette loi « portent atteinte à l’essence même du processus créatif ». Il critique en premier lieu l’instauration d’une « carte professionnelle » obligatoire pour exercer une activité artistique à titre professionnel, prévue par l’article 10 du texte.
Selon lui, l’art ne peut être soumis à une autorisation administrative préalable. « L’exercice artistique est, par nature, une profession libre », a-t-il affirmé, rejetant toute classification ou validation imposée par des commissions dépendant du pouvoir exécutif. Pour Taoufik Jebali, le professionnalisme artistique résulte avant tout de « l’expérience, du travail de terrain et du parcours créatif », et non d’une reconnaissance délivrée par l’administration.
Le metteur en scène s’est également insurgé contre les sanctions financières prévues par la loi. Il a cité particulièrement l’article 40, qui prévoit des amendes pouvant atteindre 10.000 dinars pour les personnes exerçant sans carte professionnelle. Ces dispositions sont qualifiées par l’artiste de « sanctions administratives braquées sur les nuques », estimant qu’elles traduisent une volonté de « discipliner le secteur artistique » sous la menace économique.

Dans ses publications, Taoufik Jebali a rejeté aussi la distinction instaurée entre artistes « professionnels » et « amateurs ». À ses yeux, cette catégorisation administrative crée une inégalité dans l’accès aux droits sociaux et aux protections juridiques. Il a avancé que la couverture sociale et les mécanismes de protection devraient être accessibles à tous les créateurs, sans conditionnement administratif susceptible d’empiéter sur leur liberté.
Le dramaturge a par ailleurs mis en garde contre ce qu’il a décrit comme une transformation du rôle du ministère des Affaires culturelles. Selon lui, l’institution risque de passer d’un rôle de « protecteur de la culture » à celui de « police culturelle ». « L’art est un acte libre et il le restera, loin des cachets administratifs et des commissions de nomination », a-t-il écrit.
Dans une seconde publication, Taoufik Jebali a élargi sa critique en comparant la nouvelle législation tunisienne aux standards internationaux en matière de reconnaissance du travail artistique.
Il a cité notamment la recommandation de l’Unesco de 1980 relative au statut de l’artiste, rappelant que les normes internationales privilégient une logique « d’autonomisation volontaire » plutôt qu’un système de contrôle administratif. Selon lui, à l’échelle mondiale, l’artiste est défini par « l’acte créatif » et la reconnaissance du public ou des pairs, sans nécessité d’obtenir une autorisation préalable pour exercer.
Le dramaturge a opposé également le modèle tunisien au système français des « intermittents du spectacle ». En France, a-t-il expliqué, le dispositif relève essentiellement d’un régime social et assurantiel permettant aux artistes de bénéficier de droits sociaux sous certaines conditions d’activité, sans pour autant exiger une carte délivrée par le ministère pour créer, jouer ou mettre en scène une œuvre.

À l’inverse, Taoufik Jebali a souligné que la carte professionnelle prévue par la loi tunisienne dépassait le simple cadre de la protection sociale pour devenir une véritable « identité légale » conditionnant l’exercice même du métier d’artiste.
Il a aussi critiqué l’approche répressive adoptée par le texte. Dans la plupart des pays, a-t-il insisté, les litiges liés aux professions artistiques relèvent du droit du travail ou du droit civil. En Tunisie, a-t-il déploré, les sanctions prévues ne visent pas uniquement d’éventuelles infractions fiscales ou contractuelles, mais punissent directement « l’exercice de l’art sans reconnaissance administrative ».
Ainsi, le débat continue de diviser les milieux culturels entre partisans d’une meilleure structuration du secteur artistique et défenseurs d’une liberté de création affranchie de tout contrôle administratif.
N.J











Commentaire
A4
Il faut se mettre à l’évidence. Un régime policier qui se respecte a tout les droits de fouiller dans ta maison, dans ton cartable, sous ton lit, dans ton lit, sous ta couverture, dans tes poches, dans ta bouche, dans ta cervelle et même plus !!!
Bientôt vous serez arrêtés et jetés en prison parce que vous avez chanté dans votre salle de bain, et ce sans carte professionnelle et sans autorisation préalable.
Le degré d’intelligence des représentants du peuple est notre première richesse et elle n’est pas à vendre ou à céder !!!
Toutes mes salutations aux art-r-istes …