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Migrants : Salwa Abassi parle d’« envahisseurs » et veut que les citoyens financent la « guerre »

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Par Myriam Ben Zineb

    Une publication signée ce jeudi 14 mai 2026 par Salwa Abassi n’est pas passée inaperçue. L’ancienne ministre de l’Éducation a publié, sur sa page Facebook, un long texte consacré à la question migratoire, appelant à une mobilisation « entre le peuple et l’État » pour organiser, selon ses termes, le départ des migrants subsahariens présents en Tunisie.

    Dans ce message, Salwa Abassi emploie à plusieurs reprises un vocabulaire particulièrement virulent, qualifiant notamment les migrants subsahariens d’« envahisseurs » et évoquant une « guerre d’un genre particulier ». Un lexique guerrier qui ne relève plus simplement du durcissement politique du débat migratoire, mais d’une rhétorique de confrontation où des êtres humains sont progressivement réduits à une menace collective, presque militaire.

    L’ancienne ministre estime que la gestion de ce dossier ne peut plus reposer uniquement sur « les institutions sécuritaires et militaires », en raison, selon elle, du coût élevé des opérations de rapatriement. Elle appelle ainsi à une contribution financière des citoyens, même « avec de modestes sommes », ainsi qu’à des dons matériels placés sous la supervision de l’armée nationale.

    Un appel à mobiliser des volontaires

    Dans la suite de sa publication, Salwa Abassi propose également la constitution d’une force de volontaires composée « d’hommes, de femmes et de jeunes », chargée de regrouper les migrants dans un lieu unique, où leur seraient assurés, écrit-elle, « les services nécessaires et le traitement humain requis », avant leur rapatriement « par vagues successives » vers leurs pays d’origine.

    Elle plaide aussi pour une approche régionale renforcée en matière de contrôle des frontières, appelant à une coordination accrue avec l’Algérie et la Libye.

    Mais au-delà des formulations utilisées, c’est surtout l’idée même d’une mobilisation populaire encadrée autour du regroupement de migrants qui interroge. Car lorsqu’un discours politique commence à présenter des populations entières comme un « ennemi » à gérer collectivement, avec des volontaires, une logistique et un vocabulaire de guerre, il franchit un seuil inquiétant. Celui où la peur devient doctrine et où la déshumanisation commence à se banaliser dans l’espace public.

    Des écoles transformées en centres de regroupement

    Parmi les passages ayant particulièrement retenu l’attention figure aussi sa proposition d’utiliser les établissements scolaires durant l’été pour y regrouper les migrants, affirmant que « nos écoles, qui accueillent les élections et les campagnes de vaccination, ne refuseront pas de servir la patrie dans cette guerre ».

    La phrase a choqué bien au-delà des clivages politiques. Transformer symboliquement l’école, espace censé transmettre le savoir, l’esprit critique et les valeurs citoyennes, en outil d’une « guerre » contre des migrants en dit long sur le glissement idéologique qui traverse aujourd’hui le débat public tunisien.

    Et c’est peut-être là l’aspect le plus troublant de cette séquence : ces propos ne viennent pas d’un obscur polémiste des réseaux sociaux ou d’un agitateur marginal en quête de buzz. Ils sont tenus par une ancienne ministre de l’Éducation. Une personnalité ayant occupé l’un des postes les plus sensibles de l’État, chargé précisément de former les générations futures.

    Voir une ancienne responsable de l’éducation nationale reprendre sans détour les ressorts d’une rhétorique xénophobe et quasi fascisante illustre le niveau de banalisation atteint par certains discours. Depuis plusieurs années, la parole raciste et complotiste autour des migrants subsahariens s’est progressivement installée dans le débat public tunisien, jusqu’à devenir, dans certains cercles, non seulement acceptable mais valorisée politiquement.

    L’idée d’une « invasion », d’un « ennemi intérieur » ou d’une menace démographique relève pourtant des vieux imaginaires identitaires qui ont historiquement nourri les dérives autoritaires et les nationalismes les plus agressifs. Mais en Tunisie, cette rhétorique semble désormais s’être incrustée dans une partie du discours public, portée parfois par des figures institutionnelles elles-mêmes.

    Et lorsqu’une ancienne ministre de l’Éducation parle de migrants comme d’un corps étranger à regrouper dans des écoles au nom d’une « guerre », ce n’est plus seulement une sortie polémique. C’est le symptôme d’une époque.

    La publication, marquée par un registre martial et des références explicites à « l’ennemi » ou encore à « l’invasion », suscite déjà de nombreuses réactions sur les réseaux sociaux, dans un contexte où la question migratoire continue d’alimenter les discours haineux et racistes.

    M.B.Z

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