Le député Mohamed Ali a vivement réagi, vendredi 15 mai 2026, à la décision de gel des activités de l’Organisation tunisienne des jeunes médecins (OTJM), qu’il qualifie de mesure « préoccupante » et révélatrice, selon lui, d’un durcissement progressif des relations entre les autorités et les organisations de la société civile.
Dans une publication détaillée sur sa page Facebook, l’élu parle d’une décision « choc », intervenue quelques heures seulement après l’annonce officielle de l’organisation. L’OTJM avait indiqué, jeudi, avoir été informée par le secrétariat général du gouvernement du gel de ses activités pour une durée de trente jours, à compter du 14 mai 2026.
Selon le communiqué de l’organisation, cette mesure est tombée à moins de 24 heures d’une conférence de presse qu’elle devait tenir. Celle-ci devait porter sur une étude consacrée à la situation du secteur de la santé publique en Tunisie, notamment les violences visant les professionnels de santé et le manque de sécurisation des hôpitaux publics, des facteurs que l’organisation estime aggravants pour la qualité des soins.
Dans sa réaction, Mohamed Ali a insisté sur le rôle de l’OTJM, qu’il décrit comme un acteur engagé dans la défense des jeunes médecins et dans la dénonciation des difficultés structurelles du système hospitalier public, notamment les conditions de travail dégradées et les insuffisances en matière de prise en charge des patients.
Le député a rappelé par ailleurs avoir déposé, jeudi matin, une question écrite adressée au ministre de la Santé. Celle-ci concernait une initiative portée par l’OTJM, des habitants d’Om Larayes et plusieurs acteurs locaux, visant à donner le nom du défunt docteur Jad Henchiri à l’hôpital local, en reconnaissance de son engagement en faveur de la santé publique.
Il a souligné que cette démarche s’inscrivait dans une vision de l’hôpital public comme un « droit social et un espace de dignité pour les Tunisiens », et non comme une simple structure administrative.
Mohamed Ali n’a pas manqué d’établir le parallèle avec d’autres organisations de la société civile ayant fait l’objet de pressions ou de restrictions similaires, citant notamment la Ligue tunisienne des droits de l’homme (LTDH). Il a estimé que ces précédents traduisaient une tendance de fond à la réduction de l’espace accordé aux voix indépendantes et critiques.
« Il semble désormais que toute organisation civile attachée à son indépendance, ainsi que toute voix critique venant interpeller le pouvoir, deviennent une cible directe de mesures de restriction et de mise sous contrôle. Après les atteintes visant le Forum tunisien pour les droits économiques et sociaux ainsi que la Ligue tunisienne des droits de l’Homme, sans oublier plusieurs autres associations et structures indépendantes, c’est aujourd’hui au tour de l’Organisation des jeunes médecins d’être concernée, dans un contexte qui traduit une volonté de restreindre l’espace civique libre et de le transformer en un espace contraint, silencieux ou marqué par la peur », a-t-il écrit.
Estimant que le traitement réservé aux organisations indépendantes révèle un déséquilibre des priorités publiques, le député a affirmé qu’un pouvoir incapable de répondre aux besoins essentiels — médicaments, alimentation, transport ou emploi — « semble, en revanche, faire preuve d’une efficacité notable lorsqu’il s’agit d’encadrer les associations, de suspendre les organisations et de restreindre toute voix qui s’élève pour formuler une critique ou mettre en lumière la profondeur de la crise que traverse le pays. »
« Cette situation révèle clairement que l’enjeu ne relève plus uniquement de l’application de la loi ou du respect des procédures, mais bien d’un choix politique fondé sur la volonté de contrôler pleinement l’espace public et d’assécher toute possibilité d’action civile indépendante », a-t-il dénoncé.
Mohamed Ali a souligné également que la décision de gel soulevait de sérieuses interrogations quant au respect des procédures prévues par la législation encadrant les associations notant que « les États confiants en leurs institutions n’ont pas à redouter les associations indépendantes, ni à se montrer déstabilisés par les voix critiques, pas plus qu’ils ne considèrent les organisations de jeunesse comme des menaces à isoler. » « Seules les autorités fragilisées ou incapables de produire des réponses concrètes aux attentes sociales ont tendance à recourir à des logiques de gel, d’intimidation et de fuite en avant », a-t-il ajouté.
En conclusion, Mohamed Ali a exprimé sa solidarité avec l’OTJM ainsi qu’avec l’ensemble des composantes de la société civile concernées par des mesures similaires, appelant à l’annulation de cette décision et à la fin de ce qu’il qualifie de politique de criminalisation de l’action associative, estimant que l’avenir du pays ne peut se construire que dans l’ouverture, le dialogue et la liberté d’expression des voix indépendantes.

N.J










