L’économie tunisienne a poursuivi son redressement au premier trimestre 2026, portée par la bonne tenue de l’agriculture, de l’industrie manufacturière et des services. Les dernières estimations publiées par l’Institut national de la statistique (INS) montrent toutefois un essoufflement de l’activité en rythme trimestriel, signe que la reprise demeure fragile.
Selon les comptes nationaux trimestriels, le Produit intérieur brut (PIB), corrigé des variations saisonnières, a progressé de 2,6% au premier trimestre 2026 par rapport à la même période de 2025, contre une hausse de 2,7% enregistrée au quatrième trimestre 2025. En revanche, comparée au trimestre précédent, l’activité économique a reculé de 0,3%, marquant un net ralentissement après la hausse de 1% enregistrée fin 2025.
Cette évolution traduit une économie à deux vitesses : d’un côté, des secteurs exportateurs et agricoles qui continuent de soutenir la croissance ; de l’autre, une demande extérieure qui pèse davantage sur l’activité et un secteur du bâtiment toujours en forte difficulté.
L’agriculture reste le principal moteur
L’INS souligne que les activités agricoles ont enregistré une hausse de leur valeur ajoutée de 6,8% sur un an au premier trimestre 2026. À lui seul, le secteur a contribué à hauteur de 0,61 point de pourcentage à la croissance globale du PIB.
Cette performance confirme le redressement progressif observé depuis plusieurs trimestres, après les effets des sécheresses successives qui avaient fortement pénalisé l’économie tunisienne ces dernières années.
L’industrie manufacturière mieux orientée
L’industrie affiche également des signaux plus favorables. Les industries manufacturières ont progressé de 3,1% sur un an, grâce notamment à la forte hausse des industries agroalimentaires (+15,1%) et à l’amélioration des industries mécaniques et électriques (+4,3%).
Certaines branches restent toutefois en difficulté. Le textile, l’habillement et le cuir ont ainsi vu leur valeur ajoutée reculer de 5,8%, reflet d’une conjoncture internationale encore compliquée pour les secteurs fortement tournés vers l’exportation.
Dans le détail, l’ensemble du secteur industriel a enregistré une croissance de 2,6% sur un an, contribuant positivement à hauteur de 0,45 point à la croissance totale.
Le bâtiment continue de décrocher
Le principal point noir reste le secteur du bâtiment et des travaux publics. L’INS fait état d’une chute de 7,1% de la valeur ajoutée du secteur au premier trimestre 2026.
Cette contre-performance illustre les difficultés persistantes de l’investissement privé, la hausse des coûts de financement et le ralentissement des projets immobiliers et d’infrastructures.
Les services gardent un rythme positif
Les services demeurent le premier contributeur à la croissance. Leur valeur ajoutée a progressé de 2,2% sur un an, avec une contribution positive de 1,38 point de pourcentage à la croissance du PIB.
Cette dynamique repose notamment sur l’amélioration des activités touristiques et de transport. L’hôtellerie, la restauration et les cafés ont enregistré une croissance de 4%, tandis que les services de l’information et de la communication ont progressé de 4,1%. Le secteur du transport a, pour sa part, affiché une hausse de 1,7%.
La demande intérieure soutient la croissance
L’un des principaux enseignements de cette publication concerne le retour de la demande intérieure comme moteur de l’activité. Selon l’INS, celle-ci a progressé de 5,2% sur un an au premier trimestre 2026, contribuant positivement à hauteur de 5,64 points à la croissance économique.
Cette évolution suggère une amélioration relative de la consommation et de l’investissement, malgré un environnement financier encore tendu.
Le commerce extérieur pèse sur l’activité
À l’inverse, les échanges extérieurs ont fortement pénalisé la croissance. Le solde commercial a contribué négativement à hauteur de 3,08 points, les importations ayant progressé beaucoup plus vite que les exportations.
Les exportations de biens et services ont augmenté de 4,2% sur un an, mais les importations ont bondi de 9,3%, traduisant une dépendance persistante de l’économie tunisienne aux achats extérieurs, notamment en biens intermédiaires et énergétiques.
Au final, si la croissance de 2,6% confirme une amélioration de l’activité économique par rapport aux années précédentes, le recul du PIB en rythme trimestriel et les déséquilibres extérieurs montrent que la reprise reste encore vulnérable.

I.N.










