L’Organisation mondiale de la santé (OMS), a confirmé, vendredi 15 mai 2026, que la nouvelle épidémie d’Ebola qui frappe la province de l’Ituri, dans le nord-est de la République démocratique du Congo, est provoquée par la souche Bundibugyo, une variante plus rare du virus pour laquelle aucun vaccin homologué n’est aujourd’hui disponible. Une donnée qui complique considérablement la riposte, alors que l’épidémie a déjà franchi les frontières congolaises avec un premier décès désormais confirmé en Ouganda voisin.
Une souche rare identifiée dans les foyers de l’Ituri
Dans un communiqué, l’OMS indique que les analyses menées par l’Institut national de recherche biomédicale à Kinshasa ont permis de confirmer la présence de la souche Bundibugyo dans huit des treize échantillons prélevés chez des patients suspectés d’être infectés, après l’apparition d’un regroupement de cas graves et de décès dans les zones de santé de Mongbwalu et Rwampara, en Ituri.
Quelques heures plus tôt, lors d’un point presse tenu à Genève, les responsables de l’OMS avaient déjà reconnu qu’aucun vaccin n’était, à ce stade, prêt à être déployé contre cette souche spécifique, contrairement à la souche Zaïre, contre laquelle plusieurs outils vaccinaux ont déjà été utilisés lors de précédentes flambées en Afrique centrale.
L’organisation précise toutefois que ses équipes de recherche et développement ont déjà activé des protocoles scientifiques et thérapeutiques afin d’accélérer, si nécessaire, l’évaluation de candidats vaccins ou de traitements expérimentaux.
Cette souche inhabituelle complique d’emblée la réponse sanitaire, les traitements et vaccins actuellement disponibles ciblant principalement la souche Zaïre, historiquement dominante en RDC.
Au moins 80 morts suspectes, une situation encore floue sur le terrain
Dans son communiqué, l’OMS fait état d’au moins 80 décès communautaires suspects pouvant être liés à Ebola, un chiffre supérieur au précédent bilan de 65 morts communiqué par Africa CDC.
Les patients présentaient de la fièvre, des douleurs généralisées, une faiblesse importante, des vomissements et, dans certains cas, des saignements. Plusieurs malades auraient vu leur état se dégrader rapidement avant de succomber.
L’organisation reconnaît que « des inquiétudes persistent quant à l’ampleur réelle de la transmission dans les communautés touchées », laissant entendre que le bilan pourrait encore évoluer dans les prochains jours.
246 cas suspects ont déjà été recensés dans la province de l’Ituri, dont 13 confirmés en laboratoire, tandis que plusieurs décès restent en cours d’investigation.
« Une zone extrêmement complexe » selon l’OMS
Lors du point presse organisé vendredi à Genève, le directeur régional Afrique de l’OMS, Mohamed Yakub Janabi, a insisté sur les difficultés opérationnelles auxquelles sont confrontées les équipes sur le terrain.
Il a rappelé que l’épicentre de l’épidémie se situe à 1.700 kilomètres de Kinshasa, dans une région éloignée, densément peuplée et marquée par une forte mobilité humaine.
Le responsable a évoqué des mouvements permanents liés aux activités minières, des échanges transfrontaliers soutenus avec les pays voisins ainsi que des contraintes sécuritaires dans certaines localités, autant de facteurs susceptibles de favoriser la propagation du virus et de ralentir la riposte.
Le communiqué de l’OMS confirme d’ailleurs que l’épidémie touche « des zones présentant d’importants défis opérationnels », marquées à la fois par l’insécurité et par des mouvements fréquents de population à travers les frontières.
L’épidémie franchit déjà les frontières
L’épidémie n’est désormais plus confinée au territoire congolais.
L’OMS confirme que le ministère de la Santé de l’Uganda a identifié un cas d’Ebola Bundibugyo chez un patient arrivé depuis la République démocratique du Congo. Pris en charge dans un centre hospitalier, ce dernier est décédé par la suite.
Reuters précise que le patient, admis à Kampala avec des symptômes hémorragiques sévères, est décédé en soins intensifs le 14 mai, poussant les autorités ougandaises à activer immédiatement leur dispositif de surveillance sanitaire.
À ce stade, aucun cas de transmission locale n’a toutefois été signalé en Ouganda.
Un pont aérien et 500.000 dollars débloqués
Face à cette situation, l’OMS affirme avoir considérablement renforcé sa présence sur le terrain.
L’organisation a déjà déployé des équipes d’urgence en Ituri et organise actuellement un pont aérien de cinq tonnes de matériel médical et logistique vers Bunia, capitale provinciale.
Des spécialistes en épidémiologie, en prévention et contrôle des infections, en diagnostic de laboratoire, en soins cliniques, en logistique et en communication sur les risques sont en cours de déploiement pour soutenir les autorités congolaises.
Lors de la conférence de Genève, le directeur général de l’OMS, Tedros Adhanom Ghebreyesus, a également annoncé le déblocage immédiat de 500.000 dollars issus du fonds d’urgence de l’organisation afin de soutenir la riposte.
Il s’agit de la 17e épidémie d’Ebola enregistrée en République démocratique du Congo depuis l’identification du virus en 1976, mais cette flambée présente cette fois une difficulté supplémentaire : l’apparition d’une souche rare pour laquelle le principal outil qui a changé le visage de la lutte contre Ebola ces dernières années — la vaccination — n’est, pour l’heure, pas disponible.
M.B.Z










