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« La Tunisie aux Tunisiens uniquement » : Syrine Mrabet agite le spectre de « l’invasion »

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Par Nadya Jennene

    Dans un message publié lundi 18 mai 2026 sur Facebook, la députée Syrine Mrabet a adopté un discours ouvertement xénophobe. Sous couvert d’un appel à « la vigilance » sur la question des migrants en situation irrégulière, l’élue a en réalité relayé, voire amplifié, une rhétorique d’exclusion qui s’inscrit dans une logique dangereusement clivante : celle d’une Tunisie réservée exclusivement aux Tunisiens.

    Sa publication marque en effet un nouvel épisode particulièrement préoccupant dans la banalisation des incitations à la haine visant les migrants subsahariens en Tunisie.

    Elle y affirme notamment que certains habitants louent des logements ou des locaux à des migrants subsahariens en situation irrégulière. Une pratique qu’elle qualifie de « menace », évoquant des commerces et activités du quotidien, épiceries, blanchisseries, chantiers, comme autant de preuves d’un prétendu « basculement ».

    « Dans l’attente des décisions de l’État concernant le dossier des migrants en situation irrégulière (…) Aujourd’hui, nous faisons face à un tournant dangereux dans ce dossier, sur incitation de certains citoyens qui louent leurs commerces, leurs maisons ou leurs biens à des migrants en situation irrégulière », a-t-elle écrit avant d’ajouter : « Quelles que soient les tentations et l’argent qui peut en découler, il ne faut pas céder ni accepter. Les enfants du pays passent en priorité, et la question relève de la souveraineté et de la sécurité nationale. Employer ou louer à une personne en situation irrégulière est puni par la loi. »

    La conclusion de son message ne laisse aucune ambiguïté sur la ligne idéologique adoptée : « La Tunisie aux Tunisiens uniquement », une formule directement reprise des slogans les plus radicaux observés dans les mobilisations anti-migrants. Elle y oppose les citoyens nationaux aux étrangers, en distinguant ceux qui seraient « légitimes », étudiants, travailleurs en règle, et tous les autres, réduits à une présence illégitime et implicitement menaçante.

    Une rhétorique du « quartier assiégé »

    Dans son message, la députée ne se contente pas d’évoquer la migration irrégulière sous l’angle légal ou sécuritaire. Elle mobilise également un imaginaire profondément identitaire et émotionnel centré sur les quartiers populaires de Ezzouhour et de Sijoumi, présentés comme des espaces historiquement soudés, menacés aujourd’hui par une présence étrangère supposée envahissante.

    Elle décrit ainsi un quartier où « les portes restaient ouvertes », où les voisins partageaient repas, deuils et célébrations, avant d’opposer cette image idéalisée à une situation actuelle décrite comme un « tournant dangereux ». Cette mise en scène d’un âge d’or communautaire menacé par « l’autre » constitue un ressort classique des discours xénophobes et nationalistes, celui d’une identité locale présentée comme assiégée et qu’il faudrait défendre contre une présence extérieure.

    L’appel adressé directement aux habitants, commerçants, propriétaires, employeurs, dépasse par ailleurs le simple commentaire politique. Il s’apparente à une forme d’injonction collective à surveiller, exclure et isoler une catégorie de population définie avant tout par son origine et sa précarité administrative.

    Ce type de discours ne relève pas d’une simple opinion politique sur la gestion des flux migratoires. Il participe d’une construction narrative bien plus problématique, celle qui transforme une population vulnérable en problème sécuritaire et en menace intérieure. En amalgamant insécurité, illégalité, économie informelle et présence migrante, la députée alimente une confusion volontaire entre faits sociaux complexes et peur collective.

    Le fantasme de « l’invasion » normalisé dans le débat public

    La publication reprend également plusieurs éléments de langage désormais récurrents dans les discours anti-migrants en Tunisie : peur de « l’envahissement », menace démographique, perte de contrôle des quartiers populaires ou encore association quasi systématique entre migrants subsahariens et désordre social.

    Même si le terme n’est jamais explicitement employé, l’idée selon laquelle certaines zones seraient progressivement « prises » ou « transformées » par des étrangers renvoie directement aux théories du « remplacement » démographique popularisées par les mouvances d’extrême droite dans plusieurs pays et notamment en Tunisie.

    Le plus préoccupant reste sans doute la banalisation progressive de cette rhétorique dans l’espace public et politique tunisien. Des formulations autrefois marginales ou confinées aux réseaux sociaux militants sont désormais reprises par des responsables politiques élus, contribuant à légitimer la suspicion et l’hostilité envers des populations déjà particulièrement vulnérables.

    Or, la Tunisie est engagée, comme de nombreux pays de la région, dans une réalité migratoire structurée par des dynamiques régionales et internationales : transit, asile, travail informel, mobilité étudiante. Réduire cette réalité à une logique d’« invasion » ou de « substitution » revient surtout à exposer des communautés entières à la stigmatisation et à l’hostilité sociale.

    La gravité du propos tient également à sa diffusion depuis une tribune institutionnelle. Lorsqu’un élu reprend des formulations proches de celles de groupes appelant à l’exclusion des migrants, la frontière entre débat politique et discours de haine devient extrêmement fragile.

    Il est enfin important de rappeler que la question migratoire ne peut être traitée ni par l’émotion, ni par la stigmatisation, ni par des appels implicites au rejet collectif. Elle exige un cadre légal clair, une action publique cohérente et un débat apaisé.

    N.J

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    3 commentaires

    1. Gg

      Répondre
      18 mai 2026 | 14h22

      « Elle … oppose les citoyens nationaux aux étrangers, en distinguant ceux qui seraient « légitimes », étudiants, travailleurs en règle, et tous les autres, …. une présence illégitime »

      Donc elle n’est pas xénophobe, elle est patriote.
      Demandez vous comment vous allez faire vivre les illégitimes, alors que vous mêmes, Tunisiens, n’y parvenez plus.

    2. Le Kulot pompier des pyromanes...

      Répondre
      18 mai 2026 | 13h48

      Aux Kollabos hypoKrites insolents Qôm Kulottés instrumentalisateurs populodémagogols du « sous verrin » dossier mollahson(of a *****) disKrétionnaire comme françalgériatrique viciEUsement imposé …

      Aux Sherateyne MraKbet and KO de l’Atrophiée Représentation du Peuple…

      Kontinuez vos Kulots pompiers de diversion tout en pyromanie pyroteKniKS des plus KraspeKS.

      Elle ne sera ni évasive ni élusive, la déKulottée Kontre-invasive qui arrive pour chacun.e…

      LA TUNISIE AUX TUNISIEN.N.E.S ET AUX HUMAINS SANS AUCUNE DISTINCTION NI EXCEPTIONS : « UNIQUEMENT » DE BONNE VOLONTÉ CONTRIBUTICE VERTUEUSE PROLIFIQUE A LA DESTINEE EDIFIANTE COMME EDIFICATRICE IMMEMORIELLE DE CE PEUPLE, DE LA REGION ELARGIE VOIRE MEME DU MONDE DANS LA CONTINUITE D ESPRIT 2011 ET LETTRE COMMUNE 2014 !

    3. Le Kulot pompier des pyromanes...

      Répondre
      18 mai 2026 | 13h44

      Aux Kollabos hypoKrites insolents Qôm Kulottés instrumentalisateurs populodémagogols du « sous verrin » dossier mollahson(of a *****) disKrétionnaire comme françalgériatrique viciEUsement imposé …

      Aux Sherateyne MraKbet and KO de l’Atrophiée Représentation du Peuple…

      Kontinuez vos Kulots pompiers de diversion tout en pyromanie pyroteKniKS des plus KraspeKS.

      Elle sera pas évasive, na déKulottée Kontre-invasive qui arrive pour chacun.e…

      LA TUNISIE AUX TUNISIEN.N.E.S ET AUX HUMAINS SANS AUCUNE DISTINCTION NI EXCEPTIONS : « UNIQUEMENT » DE BONNE VOLONTÉ CONTRIBUTICE VERTUEUSE PROLIFIQUE A LA DESTINEE EDIFIANTE COMME EDIFICATRICE IMMEMORIELLE DE CE PEUPLE, DE LA REGION ELARGIE VOIRE MEME DU MONDE DANS LA CONTINUITE D ESPRIT 2011 ET LETTRE COMMUNE 2014 !

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