La tension monte dans le secteur privé à Sfax. Le secrétaire général de l’Union générale tunisienne du travail régionale de Sfax, Mohamed Abbes, a haussé le ton lundi 18 mai 2026 sur les ondes d’Express FM, évoquant ouvertement la possibilité d’un mouvement de grève générale et accusant les autorités d’avoir « gelé » les négociations sociales dans le secteur privé par « décision politique ».
Le responsable syndical a expliqué que les négociations sociales pour 2025 avaient pourtant été engagées normalement avec les partenaires sociaux, avec la tenue de premières réunions, avant d’être brutalement interrompues.
La décision d’intégrer les augmentations salariales du secteur privé dans la Loi de finances 2026 via un décret gouvernemental constitue, selon lui, une rupture sans précédent.
« C’est une première dans l’histoire de la Tunisie. Les augmentations dans le privé ont toujours été le fruit de négociations collectives entre les partenaires sociaux et non d’une décision administrative », a-t-il affirmé.
« Une injustice historique »
Pour Mohamed Abbes, les salariés du secteur privé ont subi une double injustice.
D’une part, ils n’ont bénéficié d’aucune augmentation au titre de l’année 2025, contrairement aux agents de la fonction publique, aux salariés du secteur public, aux bénéficiaires du Smig ainsi qu’aux retraités.
D’autre part, l’augmentation décidée pour 2026 serait, selon lui, inférieure aux standards habituellement obtenus dans le cadre des négociations sectorielles.
Le syndicaliste estime que cette approche uniforme ignore les réalités économiques propres à chaque branche.
Il a rappelé que certains secteurs en difficulté, comme le textile ou le tourisme, nécessitent des traitements spécifiques, tandis que d’autres, à l’instar des banques ou de l’agroalimentaire, disposent de marges leur permettant d’accorder de meilleures augmentations.
L’UGTT dénonce le gel du dialogue social
Mohamed Abbes a également dénoncé la paralysie des mécanismes institutionnels de dialogue social, notamment le gel du Conseil supérieur du dialogue social ainsi que l’arrêt des procédures de conciliation et d’arbitrage.
Selon lui, cette situation contribue directement à la détérioration du climat social dans les entreprises.
À Sfax, a-t-il assuré, plus de 80% des conflits sociaux ont historiquement trouvé une issue favorable grâce au dialogue, aux réunions de conciliation et à l’intervention des structures de médiation.
« Le dialogue social produit de la stabilité, de la productivité et protège les entreprises », a-t-il insisté.
Des mouvements annoncés
Dans un contexte marqué par l’érosion du pouvoir d’achat et la flambée des prix, le responsable syndical a affirmé que les salariés du privé demeurent attachés à la régularisation de leurs augmentations pour 2025.
Il a souligné que de nombreux travailleurs du secteur perçoivent des salaires compris entre 600 et 700 dinars, jugeant insuffisante une hausse de 5% face à l’inflation.
Enfin, Mohamed Abbes a confirmé que les structures syndicales ont déjà validé le principe de mouvements de protestation.
« Il pourrait y avoir des rassemblements, des marches à Sfax, et la durée d’un éventuel mouvement de grève sera déterminée ultérieurement », a-t-il prévenu.
M.B.Z










