Ils ne se sont pas revus dans les tribunes de Radès. Pas sur une pelouse, un soir de coupe, sous les ovations. C’est dans un couloir de tribunal, entre deux audiences, que Zied Tlemçani et Slim Chiboub se sont retrouvés ce lundi 18 mai 2026.
L’ancien attaquant de l’Espérance — l’un des plus aimés de sa génération — comparaissait devant la chambre spécialisée dans les affaires de corruption financière. De l’autre côté du même couloir, son ancien président, Slim Chiboub, attendait lui aussi d’être entendu, dans le cadre d’une affaire liée à l’Instance vérité et dignité.
Alors, racontent des témoins présents ce jour-là, quelque chose d’inattendu s’est produit. Tlemçani a traversé le couloir. Il s’est précipité. Il a salué Chiboub avec une chaleur qui n’avait rien de protocolaire. Une accolade qui sentait les années 1980, les nuits de gloire au club sang et or, une époque où personne n’imaginait que les choses finiraient là.
Chiboub, lui, est détenu. Revenu en Tunisie en 2014 après des années d’exil, il enchaîne depuis les procédures et les arrestations. Tlemçani, lui, comparaît libre. Ce détail-là aussi dit quelque chose.
Il y a dans cette scène une mélancolie qu’aucun communiqué judiciaire ne pourra jamais contenir. Deux figures d’une même époque dorée, réunies non pas par la nostalgie, mais par les archives d’un État qui a ses agendas.
Entre eux, plus de pelouse, plus de foule, plus de coupe à soulever, juste un couloir froid, des dossiers cartonnés, et le bruit sourd d’une porte de salle d’audience qui se referme.
R.B.H











Commentaire
HatemC
Cette scène, décrite avec une forte charge émotionnelle dans les colonnes de Business News, illustre parfaitement la complexité de la mémoire historique et de la transition politique en Tunisie.
Face aux crises socio-économiques aiguës que traverse le pays (inflation, chômage, pénuries), une partie des citoyens manifeste une forme de fatigue face aux éternels débats sur l’ancien régime, estimant que le pays s’enferme dans le rétroviseur au lieu de construire l’avenir.
Ces retrouvailles impromptues au tribunal mettent en lumière le fait que la Tunisie n’a pas encore trouvé le consensus nécessaire sur la manière de solder son passé. Tant que les institutions judiciaires et politiques n’auront pas tracé une ligne claire et définitive entre la mémoire historique et l’impunité, le spectre des années Ben Ali continuera de hanter l’actualité tunisienne … HC