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En Tunisie, les femmes gagnent moins… et se logent plus difficilement

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Par Raouf Ben Hédi

    Une femme tunisienne gagne moins qu’un homme. Jusque-là, rien de nouveau. Mais ce que montre une étude publiée mardi 19 mai 2026, c’est que cette inégalité salariale finit par déterminer qui peut ou non se loger dignement dans les villes tunisiennes.

    Intitulée « Les villes comme facteur de production des inégalités : l’écart salarial entre les femmes et les hommes et son impact sur la capacité des femmes à accéder à un logement adéquat », cette étude a été réalisée conjointement par l’association Intersection pour les droits et les libertés et le média urbain Diwan Al Omran.

    Le document s’inscrit dans un contexte économique particulièrement tendu : flambée des prix de l’immobilier, hausse continue du coût de la vie urbaine et érosion du pouvoir d’achat. Dans ce paysage, les femmes apparaissent comme les premières victimes d’une mécanique bien huilée où discriminations salariales et crise du logement s’alimentent mutuellement.

    L’étude rappelle d’abord que les Tunisiennes restent moins présentes sur le marché du travail que les hommes. Le taux de participation des femmes à la population active atteint 55,48%, contre 72,87% pour les hommes, soit un écart de plus de 17 points. Et lorsqu’elles travaillent, elles gagnent moins. Beaucoup moins.

    Selon les chiffres cités dans l’étude, le salaire mensuel moyen des hommes en Tunisie est de 643,3 dinars, contre 582,7 dinars pour les femmes. Résultat, un écart salarial global de 10,4% en faveur des hommes.

    Mais derrière cette moyenne se cache une réalité plus dérangeante encore. Les auteurs expliquent qu’une large partie de cette différence ne peut être justifiée ni par le niveau d’éducation, ni par l’expérience, ni par les qualifications professionnelles. Environ 13,9% de l’écart salarial relèveraient ainsi d’une discrimination structurelle fondée sur le genre.

    Autrement dit, même à compétences égales, les femmes continuent d’être moins payées.

    Des diplômes… mais toujours moins de revenus

    L’étude démonte aussi plusieurs mythes bien ancrés. Non, le diplôme ne protège pas automatiquement les femmes contre les inégalités salariales. Au contraire, les Tunisiennes diplômées du supérieur subissent elles aussi des écarts de rémunération. Non, le secteur public n’est pas forcément plus égalitaire. Le document souligne même que certaines discriminations salariales y apparaissent plus visibles que dans certaines entreprises privées mixtes.

    Pendant ce temps, les coûts du logement poursuivent leur ascension.

    Les données compilées dans l’étude montrent que l’indice des prix du logement et des services publics en Tunisie a atteint 163,90 points en décembre 2025, son niveau le plus élevé depuis dix ans, contre 97,70 points en janvier 2015.

    Les appartements, devenus la forme dominante de l’habitat urbain, ont vu leurs prix grimper fortement entre 2022 et 2024. Même tendance pour les maisons et les terrains, dans un marché immobilier de plus en plus inaccessible pour les revenus modestes.

    Quand le logement devient un facteur d’exclusion

    C’est là que l’étude frappe juste puisque le problème du logement n’est pas uniquement immobilier, il est aussi profondément social et genré.

    Parce qu’avec des revenus plus faibles, les femmes consacrent une part plus importante de leur salaire au logement, aux factures, aux transports et aux charges liées à la vie urbaine. Beaucoup se retrouvent contraintes d’accepter des logements de moindre qualité, plus éloignés ou plus précaires. D’autres doivent partager leur logement par nécessité économique, au détriment de leur stabilité et de leur autonomie.

    L’étude va même plus loin. Elle considère que les villes arabes ne se contentent pas de refléter les inégalités, elles les produisent et les renforcent.

    Le constat est sévère. Car malgré les discours officiels sur les droits des femmes et l’égalité, la réalité économique raconte autre chose. Une femme tunisienne peut étudier autant qu’un homme, travailler autant qu’un homme, tout en restant moins capable de payer un loyer, d’obtenir un crédit ou d’accéder à un logement stable.

    Dans une Tunisie où le mètre carré semble désormais grimper plus vite que les salaires, cette inégalité finit par devenir une véritable exclusion urbaine.

    R.B.H

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