Bien que les foyers actuels d’Ebola demeurent éloignés du territoire tunisien, l’alerte sanitaire internationale a conduit les autorités tunisiennes à renforcer leur niveau de vigilance. Le protocole de prévention et de surveillance dédié a d’ores et déjà été activé, a indiqué Riadh Daghfous, directeur général du Centre national de pharmacovigilance, lors d’une intervention accordée jeudi 21 mai 2026 à Jawhara FM.
Le spécialiste a rappelé que les épidémies contemporaines ne pourraient plus être analysées uniquement sous l’angle de la distance géographique. « La pandémie de Covid-19 a démontré qu’un virus apparu à des milliers de kilomètres peut atteindre l’ensemble de la planète en quelques semaines », a-t-il expliqué, soulignant que la mobilité internationale, les flux migratoires, le tourisme et les échanges commerciaux favorisent aujourd’hui une propagation rapide des agents infectieux.
Selon lui, le virus Ebola, identifié pour la première fois en 1976, demeure l’un des agents pathogènes les plus létaux connus, avec un taux de mortalité pouvant avoisiner 50% lors de certaines flambées. Toutefois, il a insisté sur le fait que cette maladie reste historiquement circonscrite à plusieurs régions d’Afrique centrale et orientale, notamment en République démocratique du Congo.
Le médecin a tenu à relativiser les risques de transmission massive à l’échelle mondiale, en expliquant que le virus Ebola ne se transmet pas par voie respiratoire. Contrairement au Covid-19, la contamination nécessite généralement un contact étroit avec les fluides biologiques d’une personne infectée ou d’animaux porteurs du virus, notamment certaines espèces de chauves-souris considérées comme réservoirs naturels.
Il a ajouté que les personnes asymptomatiques transmettaient rarement la maladie, notant que les symptômes apparaissent par ailleurs rapidement après l’infection, ce qui facilite l’identification et l’isolement des cas suspects.
Le responsable a également rappelé qu’aucun cas d’Ebola n’avait été enregistré historiquement en Tunisie. Il a toutefois souligné que les autorités sanitaires tunisiennes disposaient de protocoles de veille renforcés, largement consolidés après l’expérience de la pandémie de Covid-19.
Il a expliqué que des procédures spécifiques avaient été activées dès que l’alerte a été donné par l’Organisation mondiale de la santé. Ces protocoles prévoient notamment le contrôle des voyageurs provenant des zones touchées, l’identification rapide des symptômes suspects — comme la fièvre — ainsi que l’isolement immédiat des personnes à risque.
Riadh Daghfous a également indiqué que les autorités sanitaires internationales travaillaient en coordination étroite avec les pays concernés afin d’empêcher la propagation transfrontalière du virus. Selon lui, les personnes présentant des symptômes compatibles avec Ebola ne sont généralement pas autorisées à quitter les zones affectées.
Le directeur général du Centre national de pharmacovigilance a noté que la gestion mondiale des crises sanitaires s’était nettement améliorée depuis le Covid-19. « Les systèmes de surveillance et les mécanismes de réponse sont aujourd’hui plus réactifs », a-t-il affirmé, tout en insistant sur la nécessité d’une vigilance permanente et d’une activation rapide des dispositifs sanitaires en cas d’alerte.
Le 17 mai 2026, Organisation mondiale de la santé a classé l’épidémie d’Ebola liée à la souche Bundibugyo en République démocratique du Congo et en Ouganda comme une urgence de santé publique de portée internationale. L’organisation a toutefois précisé que les critères d’une pandémie mondiale n’étaient pas réunis.
L’OMS a néanmoins exprimé sa préoccupation d’une probable sous-estimation de l’épidémie, en raison d’un taux élevé de tests positifs, de l’augmentation des cas suspects et de la dispersion géographique des foyers.
Au total, 600 cas suspects et 139 décès suspects ont été recensés, tandis que 51 cas ont été confirmés en RDC et deux en Ouganda.
L’absence de vaccins ou de traitements spécifiques contre la souche Bundibugyo, contrairement à d’autres variantes du virus Ebola, inquiètent les autorités sanitaires qui redoutent d’ailleurs une propagation régionale favorisée par les importants mouvements transfrontaliers dans la région des Grands Lacs.
N.J










