Derrière la cérémonie organisée mercredi soir 20 mai 2026 au Four Seasons Gammarth pour célébrer l’accréditation internationale obtenue par l’UPSAT Tunis, se dessine une ambition bien plus large qu’une simple reconnaissance académique. À travers cette distinction délivrée par l’Association canadienne des écoles de sciences infirmières (ACESI), l’institution privée tunisienne cherche désormais à positionner la Tunisie sur un marché devenu hautement stratégique : celui de la formation internationale des professionnels de santé.
Dans un contexte marqué par la pénurie mondiale de personnels infirmiers, le vieillissement démographique dans plusieurs pays développés et la pression croissante sur les systèmes de santé, les formations paramédicales sont progressivement devenues un enjeu économique et stratégique majeur. Les établissements capables d’aligner leurs cursus sur des standards internationaux disposent aujourd’hui d’un avantage concurrentiel important, aussi bien pour attirer des étudiants étrangers que pour offrir à leurs diplômés une meilleure mobilité internationale.
C’est précisément sur ce terrain que l’UPSAT semble vouloir se positionner.
L’université a obtenu l’accréditation de sa Licence en Sciences Infirmières ainsi que de son Unité d’enseignement en sciences infirmières par l’ACESI, organisme de référence dans l’évaluation et l’assurance qualité des formations infirmières. Une reconnaissance qui ne porte pas uniquement sur le contenu pédagogique, mais également sur l’ensemble du modèle de formation : gouvernance académique, encadrement clinique, assurance qualité, expérience étudiante, ressources pédagogiques et dispositifs d’amélioration continue.
Autrement dit, ce n’est pas seulement un diplôme qui est reconnu, mais tout un écosystème académique.

Sept années pour transformer le modèle de formation
Durant la cérémonie, les responsables de l’institution ont longuement insisté sur la profondeur du chantier engagé depuis plusieurs années. « Cette accréditation n’est pas seulement une reconnaissance institutionnelle, elle est la validation d’une vision », a déclaré Houbeb Ajmi, directrice générale d’Honoris en Tunisie. « Une accréditation comme celle-ci ne s’obtient pas, elle se construit », a-t-elle ajouté devant les représentants du secteur de la santé, les partenaires canadiens, les enseignants et les étudiants réunis pour l’événement.
Selon les différentes interventions de la soirée, sept années auront été nécessaires pour atteindre les standards exigés par l’organisme canadien. Le travail engagé a dépassé la simple révision des programmes pour toucher à l’ensemble de l’organisation pédagogique et institutionnelle. Gouvernance, méthodes d’enseignement, approche par compétences, cartographie des apprentissages, simulation médicale, dispositifs d’évaluation et encadrement clinique ont progressivement été restructurés afin d’aligner la formation sur les référentiels internationaux.
« Nous n’avons pas attendu que l’excellence soit définie pour nous. Nous sommes allés la chercher, nous l’avons comprise, adaptée et intégrée à notre réalité tunisienne », a également affirmé Houbeb Ajmi.
Amal Baccar, directrice de l’UPSAT Tunis, a pour sa part insisté sur l’ampleur du travail académique engagé depuis le lancement du processus d’accréditation en 2019. Selon elle, cette démarche a profondément transformé les approches pédagogiques, l’organisation des enseignements et l’encadrement clinique des étudiants.
« Cette étape nous a poussés à sortir de nos habitudes, à déconstruire certaines pratiques pour en reconstruire d’autres », a-t-elle expliqué lors de son intervention.
La responsable a également mis en avant le développement de l’approche par compétences, de la simulation médicale et du raisonnement clinique, désormais au cœur du modèle pédagogique de l’établissement.
Houbeb Ajmi a également souligné que cette accréditation témoigne « de la qualité de la formation dispensée au sein de UPSAT et de sa conformité avec les standards internationaux, aussi bien en matière de contenu pédagogique, d’encadrement clinique, de vie estudiantine que de professionnalisation dans les métiers de la santé ».
La responsable a précisé que l’accréditation avait été obtenue pour la durée maximale de sept ans, aussi bien pour le programme que pour l’unité d’enseignement en sciences infirmières.
Cette logique d’internationalisation traduit une évolution plus large du paysage de l’enseignement supérieur privé tunisien. Longtemps concentrée sur les écoles de management ou les formations technologiques, la compétition universitaire se déplace désormais vers les sciences de la santé, un secteur appelé à jouer un rôle croissant dans les années à venir.

La formation infirmière devient un enjeu économique stratégique
Car derrière les enjeux académiques se cache aussi une véritable bataille économique autour du capital humain.
Avec une population mondiale vieillissante et des besoins de santé en forte augmentation, plusieurs pays cherchent activement à recruter des personnels infirmiers qualifiés. Dans ce contexte, les établissements capables de proposer des formations reconnues à l’international peuvent devenir des plateformes stratégiques de formation et de mobilité.
Pour l’UPSAT, l’accréditation ACESI pourrait ainsi constituer une porte d’entrée vers un marché régional beaucoup plus large, notamment en Afrique. Les responsables de l’institution ont d’ailleurs souligné durant la cérémonie que les deux seules écoles africaines accréditées par l’ACESI seraient aujourd’hui tunisiennes et appartiendraient au même groupe universitaire.
Derrière ce message se profile une ambition claire : faire de la Tunisie un hub régional de formation dans les sciences infirmières.

Une opportunité pour attirer des étudiants internationaux
L’enjeu ne se limite d’ailleurs pas uniquement à l’image ou au prestige académique. Une formation reconnue selon des standards internationaux pourrait permettre à l’université d’attirer davantage d’étudiants étrangers, notamment africains, dans un secteur où la demande de formation qualifiante continue de croître fortement.
Pour la Tunisie, le sujet est loin d’être anodin. L’enseignement supérieur international représente aujourd’hui un levier de rayonnement, d’influence et de création de valeur. Plusieurs pays ont déjà fait de l’accueil des étudiants internationaux une véritable stratégie économique. Grâce à sa proximité géographique avec l’Afrique, son environnement francophone, ses coûts de formation relativement compétitifs et désormais certaines accréditations internationales, la Tunisie pourrait chercher à renforcer progressivement son attractivité régionale dans les métiers de la santé.
L’obtention de cette accréditation internationale ouvre ainsi de nouvelles perspectives pour l’UPSAT, mais aussi plus largement pour la Tunisie. Une formation reconnue à l’international permet potentiellement d’accueillir des étudiants de différentes nationalités à la recherche d’un cursus répondant aux standards mondiaux du secteur infirmier.
Dans un environnement universitaire de plus en plus concurrentiel, la reconnaissance internationale devient un facteur déterminant d’attractivité. Pour les étudiants étrangers, elle constitue souvent une garantie sur la qualité des enseignements, des stages cliniques, des méthodes pédagogiques et de la valeur du diplôme obtenu.
« Aujourd’hui, nous avons démontré que nous délivrons un enseignement répondant aux standards internationaux », a affirmé Ilhem Mestiri, directrice générale du groupe UPSAT.
Selon elle, cette reconnaissance permettra à l’université de développer davantage de partenariats avec des universités publiques et privées reconnues à travers le monde, mais également de renforcer la recherche collaborative, la mobilité des enseignants et les échanges académiques.
« Nous pourrons accueillir des enseignants canadiens, belges ou français, mais aussi attirer des étudiants internationaux qui viendront se former en Tunisie dans les mêmes conditions de qualité que dans leurs pays d’origine », a-t-elle ajouté.

De nouvelles perspectives pour les étudiants tunisiens
Mais l’autre enjeu majeur concerne surtout les étudiants tunisiens eux-mêmes.
Car cette reconnaissance internationale ouvre également des portes aux diplômés tunisiens, aussi bien sur le plan académique que professionnel. L’alignement de la formation sur des standards canadiens pourrait faciliter les passerelles universitaires, les mobilités étudiantes, les coopérations internationales ainsi que la poursuite d’études à l’étranger.
Sur le plan professionnel, disposer d’un diplôme adossé à des référentiels reconnus internationalement peut représenter un avantage important dans un marché mondial où les besoins en infirmiers augmentent fortement. Plusieurs pays cherchent aujourd’hui à attirer des professionnels de santé qualifiés capables d’intégrer rapidement leurs systèmes hospitaliers.
Cette dimension a d’ailleurs été évoquée à plusieurs reprises par les intervenants canadiens présents lors de la cérémonie, qui ont insisté sur les perspectives de coopération, de mobilité et de collaboration entre institutions tunisiennes et canadiennes.
Pour de nombreux étudiants tunisiens, cette accréditation pourrait ainsi constituer non seulement une reconnaissance académique, mais aussi un accélérateur d’employabilité internationale.
« Cette accréditation ouvrira énormément de portes à nos étudiants, aussi bien pour les échanges universitaires, les stages hospitaliers que pour la poursuite d’études à l’étranger », a souligné Ilhem Mestiri.
La responsable estime également que cette certification facilitera l’intégration des diplômés tunisiens sur les marchés de l’emploi internationaux, notamment occidentaux et africains, dans un contexte de forte demande mondiale en personnels infirmiers qualifiés.

L’humain au cœur du métier infirmier
Autre élément marquant des discours : l’importance accordée à la dimension humaine du métier infirmier. Alors que l’intelligence artificielle transforme progressivement plusieurs secteurs, les intervenants ont insisté sur le fait que les métiers du soin conserveront une forte composante relationnelle.
« La technologie pourra assister, analyser, optimiser. Mais elle ne remplacera jamais la présence humaine », a affirmé Houbeb Ajmi. « Elle ne remplacera jamais l’écoute, l’empathie, le discernement et la capacité à prendre soin », a-t-elle poursuivi.
Ce positionnement reflète l’évolution actuelle des formations infirmières modernes, où les compétences techniques seules ne suffisent plus et où la qualité de la prise en charge humaine devient un critère central.
Une bataille de compétitivité universitaire
Au-delà du cas UPSAT, cette accréditation illustre finalement une mutation plus profonde du secteur privé de l’enseignement supérieur tunisien. Face à une concurrence internationale de plus en plus forte, les établissements cherchent désormais à obtenir des accréditations, développer des partenariats étrangers, renforcer la mobilité de leurs diplômés et accroître leur visibilité internationale.
Dans les sciences de la santé, cette dynamique prend une dimension particulièrement stratégique, car elle touche directement aux enjeux de compétences, de qualité des soins et de circulation internationale des talents.
Pour les responsables du groupe, cette démarche dépasse désormais le seul cadre institutionnel de UPSAT et s’inscrit dans une volonté plus large de renforcer le positionnement de la Tunisie dans la formation internationale en santé.
« Notre rôle est aussi de contribuer à porter tout le secteur vers cette approche qualité et cette dimension internationale capables de renforcer l’attractivité des établissements tunisiens et de confirmer la qualité de l’enseignement supérieur tunisien », a affirmé Houbeb Ajmi.
Et dans cette nouvelle compétition mondiale autour des métiers de santé, l’UPSAT semble vouloir faire de la Tunisie non seulement un lieu de formation, mais aussi une plateforme régionale capable d’exporter savoir-faire, compétences et capital humain.

I.N.










