À l’approche de l’Aïd El Kebir, la tension monte sur le marché des moutons de sacrifice en Tunisie. Les scènes de cohue et de bousculades observées ces derniers jours dans plusieurs points de vente encadrés ont suscité une vive polémique, sur fond de flambée des prix et de pénurie relative de bétail. Intervenant vendredi 22 mai 2026 sur les ondes de Jawhara FM, le président du Syndicat tunisien des agriculteurs, Dhaoui Midani, a livré une analyse alarmante de la situation, tout en appelant les consommateurs à davantage de rationalité dans leurs achats.
Selon lui, les scènes de désordre enregistrées dans certains points de vente au poids traduisent avant tout un déséquilibre structurel du marché. À La Manouba notamment, des vidéos largement relayées sur les réseaux sociaux montrent des dizaines de citoyens se précipitant vers quelques rares têtes de bétail disponibles.
Dhaoui Midani a toutefois tenu à défendre les éleveurs, estimant qu’ils sont injustement pointés du doigt. Il a expliqué que « la majorité des moutons ont quitté les exploitations agricoles depuis un à deux mois », précisant que les animaux passent successivement par plusieurs circuits — élevage, engraissement puis revente par les intermédiaires — avant d’arriver sur les marchés urbains. Selon lui, les agriculteurs ne contrôlent donc plus réellement les prix à cette étape.
Le responsable syndical a affirmé que les principaux bénéfices étaient aujourd’hui captés par les revendeurs et les spéculateurs. Il a évoqué des marges pouvant atteindre 300 à 500 dinars par tête, alors même que l’éleveur supporte pendant de longs mois les coûts de reproduction, d’alimentation et d’entretien du cheptel.
Reconnaissant néanmoins une diminution du cheptel national, Dhaoui Midani a rappelé que le syndicat alertait depuis plusieurs années sur les risques pesant sur la filière ovine. Il a notamment cité l’abattage des femelles reproductrices, le manque de soutien à l’élevage et la hausse continue du coût des aliments pour bétail.
Dans ce contexte, il a invité les Tunisiens à éviter « les achats impulsifs alimentés par les réseaux sociaux » et à privilégier les marchés hebdomadaires traditionnels, estimant que les prix y demeurent plus accessibles que dans certains circuits parallèles.
Le président du Syndicat tunisien des agriculteurs a également replacé la crise tunisienne dans un contexte régional plus large. Il a évoqué les difficultés rencontrées dans plusieurs pays voisins, rappelant notamment que le Maroc a récemment pris des mesures exceptionnelles face à la pression sur le cheptel, tandis que la Libye connaît elle aussi des tensions d’approvisionnement.
Concernant l’évolution des prix dans les jours précédant l’Aïd, Dhaoui Midani a avancé que la pression risquait encore de s’intensifier avec le versement des salaires et l’afflux attendu des acheteurs sur les marchés. Selon lui, « la demande restera forte jusqu’à la veille de l’Aïd », d’autant plus que les animaux disponibles se trouvent désormais principalement entre les mains des commerçants et intermédiaires, qui dictent largement les règles du marché.
N.J










