Le retour massif de tortues marines échouées sur plusieurs plages tunisiennes a suscité de vives inquiétudes chez les défenseurs de l’environnement. Entre cas de mortalité collective dans le golfe de Gabès et opérations de sauvetage menées sur les côtes de Monastir, les signaux d’alerte se multiplient concernant l’état de l’écosystème marin tunisien.
Invité vendredi 22 mai 2026 sur les ondes de Jawhara FM, Saif Triki, militant environnemental et membre de l’association Notre Grand Bleu, a livré plusieurs explications sur ce phénomène récurrent observé chaque année durant cette période.
Selon lui, la fin du printemps et le début de l’été correspondent à une phase particulièrement sensible pour les tortues marines, qui s’approchent davantage des côtes pour la reproduction et la nidification. Cette proximité avec les zones littorales les expose toutefois à des risques accrus, notamment en raison de l’intensification des activités de pêche.
« Les tortues peuvent se retrouver piégées accidentellement dans les filets ou les hameçons », a-t-il expliqué, soulignant que nombre d’entre elles meurent par asphyxie ou noyade avant d’être rejetées sur les plages. À cela s’ajoute la pollution marine, particulièrement les déchets plastiques, fréquemment ingérés par ces reptiles qui les confondent avec des méduses.
Saif Triki a évoqué également l’impact de la hausse des températures marines. La chaleur favorise en effet la remontée à la surface des carcasses de tortues mortes au large, ce qui explique la multiplication des échouages visibles durant la saison estivale.
Ces derniers jours, plusieurs vidéos diffusées sur les réseaux sociaux ont montré des scènes bouleversantes, notamment après la découverte de plusieurs tortues mortes sur les côtes de Gabès. Interrogé sur les causes exactes de cette mortalité collective, l’activiste a appelé à faire preuve de prudence, expliquant que seule une autopsie scientifique permettrait d’identifier précisément la cause des décès.
« La pollution plastique peut être en cause, tout comme d’autres formes de contamination ou certains accidents liés aux activités humaines », a-t-il précisé tout en écartant l’hypothèse d’un simple choc avec des embarcations.
Face à cette situation, les associations environnementales multiplient les opérations de sauvetage et de sensibilisation. À Monastir notamment, plusieurs interventions ont permis de secourir des tortues piégées dans des filets de pêche avant leur remise à la mer.
Saif Triki a salué le rôle croissant joué par les pêcheurs tunisiens dans la protection de ces espèces menacées. Selon lui, de nombreux marins alertent désormais spontanément les associations lorsqu’ils découvrent une tortue blessée ou prisonnière d’un filet.
Certaines tortues nécessitent cependant une prise en charge spécialisée. Elles sont alors transférées vers le centre de soins des tortues marines de Monastir, en collaboration avec l’Institut national des sciences et technologies de la mer.
Le militant environnemental a rappelé également l’importance écologique majeure des tortues marines, considérées comme un indicateur de la santé des mers. « Lorsqu’elles disparaissent ou meurent massivement, cela signifie que l’équilibre de l’écosystème marin est menacé », a-t-il averti.
Parmi les espèces présentes en Méditerranée figure notamment la tortue caouanne (Caretta caretta), dite « grosse tête », l’une des trois espèces vivant dans la région. En Tunisie, les îles Kuriat, situées au large de Monastir, constituent le principal site permanent de nidification de cette espèce.
Les efforts de protection commencent, selon Saif Triki, à produire des résultats encourageants. La saison de nidification 2025 a enregistré 123 nids de tortues marines dans les îles Kuriat, un chiffre considéré comme particulièrement positif par les défenseurs de l’environnement.
Alors que l’été approche, l’activiste a appelé à une mobilisation plus large des citoyens, des pêcheurs et des autorités afin de limiter les sources de pollution et réduire les risques pesant sur ces espèces emblématiques du patrimoine marin méditerranéen.
N.J










