Les violences contre les jeunes médecins dans les établissements de santé publics tunisiens atteignent un niveau préoccupant. C’est ce que révèle un rapport publié, vendredi 22 mai 2026, par l’Organisation tunisienne des jeunes médecins (OTJM), qui dresse un état des lieux alarmant de l’insécurité à laquelle sont confrontés internes, résidents et jeunes spécialistes dans l’exercice de leur métier.
Une exposition massive et répétée
L’étude, menée auprès de 734 jeunes médecins, met en évidence une violence loin d’être ponctuelle. Plus de la moitié des répondants affirment avoir été agressés entre deux et cinq fois, tandis que 22% déclarent avoir subi plus de cinq agressions, signe d’une exposition répétée dans le cadre professionnel.
L’échantillon est composé à 61,7% de résidents, 30,6% d’internes et 7,8% de jeunes spécialistes. La majorité des répondants exerce dans le milieu hospitalo-universitaire, qui représente 88% des cas étudiés.
La violence verbale domine, mais les agressions physiques inquiètent
Le rapport souligne que la violence verbale demeure la forme la plus fréquente, touchant 96,8% des victimes. Mais les chiffres liés aux agressions physiques sont également jugés préoccupants : 20,1% des jeunes médecins interrogés déclarent avoir été victimes de violences physiques, tandis que 12,1% disent avoir fait face à des menaces impliquant une arme sur leur lieu de travail.
Ces données traduisent une banalisation d’un climat d’hostilité qui dépasse le simple cadre des tensions ponctuelles dans les structures de soins.
Les accompagnants au cœur des agressions
L’étude met aussi en lumière le profil des agresseurs. Dans 57,7% des cas, les violences proviennent des accompagnants des patients, loin devant les patients eux-mêmes, impliqués dans 19,6% des incidents. Le phénomène est également souvent collectif : 43% des agressions impliquent au moins deux personnes, et 10,6% concernent des groupes de plus de trois individus.
Le rapport souligne ainsi une pression sociale et familiale croissante dans les espaces hospitaliers, notamment dans les services les plus exposés.
Les urgences et les gardes de nuit, zones les plus à risque
Les services d’urgence apparaissent comme les plus touchés, concentrant 63,3% des agressions recensées. Les gardes de nuit constituent également une période critique, avec 66,9% des incidents signalés durant ces horaires.
À cela s’ajoute une fragilité sécuritaire importante. Le rapport indique que dans 68,5% des cas, aucun agent de sécurité n’était présent au moment des faits. Plus de neuf répondants sur dix jugent, par ailleurs, les mesures de protection insuffisantes.
Un impact psychologique profond
Au-delà des agressions physiques, les conséquences psychologiques apparaissent lourdes. Selon l’étude, 45,3% des jeunes médecins disent avoir développé une anxiété après un incident violent. Près de 28,3% évoquent une peur de se rendre au travail, tandis que 32,8% rapportent un sentiment d’inutilité professionnelle. Plus grave encore, 1,7% des victimes déclarent avoir eu des idées suicidaires après une agression.
Le rapport alerte également sur un risque de désengagement du secteur public, dans un contexte où ces violences fragilisent davantage l’attractivité de l’hôpital public.
Des violences souvent tues
Autre constat préoccupant : 65,5% des incidents ne sont pas signalés. Le manque de confiance dans l’efficacité des procédures de signalement apparaît comme la première raison avancée par les répondants. Une large majorité évoque aussi un manque de soutien institutionnel après les agressions subies.
À travers ce rapport, l’Organisation tunisienne des jeunes médecins appelle à une réponse structurelle face à une violence devenue, selon ses conclusions, un enjeu majeur pour la sécurité des soignants et la pérennité du système de santé public tunisien.
M.B.Z










