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Retraite : Hafedh Laâmouri explique en détail le calcul des pensions et des augmentations

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Par Nadya Jennene

    Invité mardi 26 mai 2026 sur les ondes de la Radio nationale, le professeur de droit du travail et ancien ministre Hafedh Laâmouri a longuement détaillé les mécanismes de calcul des augmentations salariales et des pensions de retraite, tout en mettant en lumière les limites structurelles du système tunisien de retraite.

    Selon lui, l’incompréhension des retraités face à la faiblesse des augmentations découle principalement du mode de calcul appliqué aux pensions modestes. Il a rappelé qu’une hausse exprimée en pourcentage produit mécaniquement un montant réduit lorsque la pension de départ est déjà faible. Ainsi, une augmentation de 5% appliquée à une pension modeste demeure, en valeur absolue, très limitée.

    L’expert a expliqué que, dans le secteur privé, une personne ayant travaillé moins de dix ans ne peut prétendre qu’à une pension représentant environ 40% du salaire de référence. Si cette rémunération était déjà proche du salaire minimum garanti, la pension demeure naturellement très basse.

    Il a néanmoins précisé que la législation prévoit certains garde-fous. Dans le secteur privé, les pensions inférieures à certains seuils sont relevées automatiquement. Selon ses explications, les personnes ayant travaillé moins de dix ans bénéficient d’un minimum équivalant à la moitié du SMIG et celles ayant cotisé dix ans ou plus peuvent atteindre jusqu’aux deux tiers du SMIG. Des mécanismes similaires existent également dans la fonction publique, notamment pour les agents ayant accompli moins de quinze années de service.

    Hafedh Laâmouri a insisté sur la situation des pensions de veuvage, qu’il considère parmi les plus vulnérables. Lorsque le conjoint décède, la pension transférée au conjoint survivant subit une réduction par rapport à la pension initiale. Cette diminution est parfois partiellement compensée par des majorations liées à la présence d’enfants à charge. Toutefois, ces compléments disparaissent une fois les enfants sortis du régime de prise en charge, provoquant une nouvelle baisse des revenus du foyer.

    L’expert a également évoqué les pensions accordées au titre des accidents du travail et des maladies professionnelles, qu’il juge « extrêmement faibles » en raison des méthodes de calcul actuellement appliquées.

    Il a ajouté que les augmentations accordées aux travailleurs indépendants demeurent essentiellement symboliques, particulièrement ceux affiliés volontairement au régime social. Ces derniers choisissent souvent les tranches de cotisation les plus basses afin de réduire leurs charges, ce qui conduit ensuite à des pensions très limitées. Il a notamment cité les artisans, commerçants et travailleurs agricoles, dont les pensions restent directement indexées sur des revenus faibles ou sur le salaire minimum.

    Face à cette réalité, Hafedh Laâmouri a plaidé pour l’instauration d’un mécanisme exceptionnel de revalorisation destiné aux petites pensions. Selon lui, ces retraités ne devraient pas être soumis au même mode de calcul que les autres catégories bénéficiant de pensions plus élevées.

    Il a avancé qu’une augmentation uniforme appliquée selon les règles générales accentue les écarts sociaux et ne permet pas d’améliorer concrètement le niveau de vie des retraités les plus précaires.

    L’expert a également rappelé une disposition souvent méconnue concernant les salariés du secteur privé percevant de hauts revenus. Même lorsqu’un employé gagne l’équivalent de plusieurs fois le salaire minimum durant sa carrière, sa pension reste plafonnée.

    Il a expliqué que les pensions du régime général sont calculées sur une base maximale correspondant à six fois le salaire minimum, avec un taux de liquidation pouvant atteindre 80%. Les revenus dépassant ce plafond ne sont donc pas intégralement pris en compte dans le calcul de la retraite.

    Hafedh Amouri a par ailleurs évoqué le régime complémentaire de retraite, anciennement connu sous l’appellation « CAVIS ». Ce système fonctionne selon un mécanisme à points, dont la valeur n’aurait pratiquement pas été revalorisée depuis plusieurs années.

    Selon lui, cette stagnation fragilise l’attractivité du régime. Il a averti qu’en l’absence d’augmentation de la valeur du point, les affiliés pourraient progressivement se tourner vers des solutions privées proposées par les compagnies d’assurance, au risque d’affaiblir davantage le système complémentaire public.

    Concernant les augmentations salariales dans le secteur public, l’expert a souligné que les montants réellement perçus demeurent souvent inférieurs aux attentes des fonctionnaires.

    Il a expliqué que les hausses annoncées sont calculées en brut, et diminuent du fait des cotisations sociales et des prélèvements fiscaux. Ainsi, une augmentation théorique de 120 dinars peut finalement se traduire par un gain net beaucoup plus faible après déductions.

    Hafedh Laâmouri a néanmoins insisté sur une évolution qu’il considère positive : la réduction progressive de l’assiette imposable des pensions de retraite.

    Il a expliqué que les retraités bénéficient actuellement d’un abattement fiscal partiel, lequel sera progressivement renforcé jusqu’en 2029. À terme, l’impôt ne sera calculé que sur la moitié de la pension perçue.

    Selon lui, cette réforme permettra d’augmenter indirectement le revenu net des retraités, même en l’absence de revalorisations des pensions.

    L’expert a également mis en garde contre un phénomène pouvant donner l’impression d’une baisse de revenu malgré une augmentation salariale ou une revalorisation de pension.

    Il a expliqué qu’un salarié ou un retraité peut changer de tranche d’imposition après une légère hausse de revenus. Dans certains cas, quelques dinars supplémentaires suffisent à faire passer le contribuable vers un taux d’imposition supérieur, réduisant ainsi le gain réel perçu.

    Hafedh Laâmouri a enfin abordé la question du SMIG, qu’il juge difficile à augmenter dans le contexte économique actuel. Il a rappelé que le tissu économique tunisien est composé majoritairement de petites entreprises employant moins de vingt salariés. Selon lui, des augmentations trop importantes du SMIG pourraient mettre en difficulté certains secteurs à faible marge, notamment le textile, les cafés ou certaines petites activités de services. 

    N.J

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