La Banque africaine de développement (BAD) anticipe une croissance plus modérée pour la Tunisie en 2026, dans un contexte international marqué par les tensions géopolitiques, la volatilité des prix de l’énergie et le ralentissement européen. Si l’inflation devrait poursuivre son reflux, les chiffres relayés mardi 26 mai 2026 par l’agence Tap, à l’occasion de la présentation du rapport « Perspectives économiques en Afrique 2026 » à Brazzaville, au Congo, restent inférieurs aux hypothèses retenues par le gouvernement dans la Loi de finances 2026.
La BAD table ainsi sur une croissance de 2,1% pour l’économie tunisienne en 2026, avant une remontée à 2,8% en 2027. Des projections revues à la baisse par rapport aux précédentes estimations de l’institution, qui anticipait encore récemment une croissance de 2,3% pour 2026.
Ces prévisions apparaissent toutefois nettement inférieures à l’hypothèse de croissance de 3,3% retenue par le gouvernement dans le cadre de l’élaboration de la Loi de finances 2026, illustrant la prudence persistante des institutions financières internationales vis-à-vis de la trajectoire économique tunisienne.
Une reprise plus lente qu’espéré
Les nouvelles estimations de la BAD traduisent une amélioration graduelle de l’activité, mais sans véritable accélération. L’économie tunisienne avait enregistré une croissance de 2,5% en 2025, selon les données de l’Institut national de la statistique.
Les chiffres publiés par l’INS montrent que cette progression a notamment été soutenue par le redressement de l’agriculture, l’amélioration de certaines activités manufacturières et la poursuite de la croissance des services. Le quatrième trimestre 2025 avait ainsi affiché une croissance de 2,7% en glissement annuel.
Mais malgré cette dynamique, la BAD semble considérer que les moteurs de la reprise restent encore insuffisants pour permettre une accélération plus marquée de l’économie tunisienne à court terme.
Guerre, énergie et ralentissement européen
Derrière ces projections, la conjoncture internationale continue de peser lourdement sur les perspectives économiques du pays.
La guerre au Moyen-Orient alimente les incertitudes autour des marchés énergétiques et des chaînes d’approvisionnement mondiales, tandis que la volatilité des prix du pétrole, du gaz et des matières premières demeure un facteur de pression pour les pays importateurs nets d’énergie comme la Tunisie.
À cela s’ajoute le ralentissement économique européen, particulièrement surveillé compte tenu du poids de l’Europe dans les exportations tunisiennes, l’investissement extérieur et plusieurs secteurs industriels tournés vers la demande européenne.
Dans ce contexte, la reprise tunisienne reste exposée à une demande extérieure moins dynamique ainsi qu’à l’évolution des coûts d’importation, notamment pour l’énergie, les denrées alimentaires comme les céréales et certaines matières premières stratégiques.
Inflation en baisse, mais vigilance sur les prix alimentaires et l’énergie
Les projections relayées par TAP montrent néanmoins une poursuite du reflux de l’inflation. Celle-ci devrait atteindre 5,7% en 2026 avant de ralentir à 5,4% en 2027.
Cette tendance s’inscrit dans le prolongement du ralentissement observé en Tunisie au cours de l’année 2025. Selon les dernières données de l’Institut national de la statistique, le taux d’inflation annuel s’était établi à 5,3% en 2025, contre 7% une année auparavant.
Le reflux des tensions sur les prix reste toutefois inégal selon les secteurs. Si certaines denrées ont enregistré une accalmie, plusieurs produits alimentaires, notamment les viandes, les fruits et les légumes, continuent d’afficher des hausses soutenues, dans un contexte marqué par la volatilité des marchés agricoles et des coûts d’importation.
La détente inflationniste observée ces derniers mois s’explique également par la politique monétaire restrictive menée par la Banque centrale ainsi que par un ralentissement partiel des tensions inflationnistes mondiales.
Pour autant, les équilibres macroéconomiques demeurent sensibles aux évolutions internationales, notamment en matière d’énergie, de commerce extérieur et de coûts des matières premières stratégiques.
Une Afrique appelée à financer davantage sa croissance
Au-delà du cas tunisien, le rapport « Perspectives économiques en Afrique 2026 » met en avant les défis auxquels fait face le continent dans un environnement mondial de plus en plus fragmenté.
La BAD estime notamment que la croissance en Afrique du Nord devrait ralentir à 4% en 2026, contre 4,4% en 2025, avant un léger rebond attendu en 2027.
L’institution insiste surtout sur la nécessité pour les économies africaines de réduire leur dépendance aux financements extérieurs et d’accélérer la mobilisation des ressources internes afin de renforcer leur résilience face aux chocs internationaux.
Le rapport appelle également à intensifier les investissements dans les infrastructures, les énergies renouvelables et l’intégration régionale, considérés comme des leviers essentiels pour soutenir une croissance plus durable sur le continent.
I.N.










