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Dépendance énergétique : Mahmoud El May alerte sur la vulnérabilité de la Tunisie

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Par Nadya Jennene

    Invité de Jawhara FM vendredi 29 mai 2026, l’expert du secteur pétrolier Mahmoud El May, est revenu sur le fonctionnement des marchés pétroliers mondiaux, des enjeux énergétiques tunisiens et des risques pesant sur les finances publiques dans un contexte international marqué par les tensions géopolitiques.

    Au cours de cette intervention, Mahmoud El May a expliqué que les fluctuations du prix du pétrole étaient largement influencées par les marchés financiers et les contrats à terme, davantage que par l’offre physique réelle. Selon lui, les volumes échangés quotidiennement sur les marchés pétroliers dépasseraient parfois l’équivalent de 45 jours de production mondiale, soulignant le caractère hautement spéculatif de ces transactions.

    Il a précisé que de nombreux opérateurs actifs sur ces marchés n’avaient aucun lien direct avec l’industrie pétrolière, évoquant des échanges purement financiers où les acteurs « achètent et vendent des contrats » sans jamais manipuler physiquement le pétrole. L’expert a également affirmé que certains mouvements suspects observés avant des annonces politiques majeures, notamment celles du président américain Donald Trump, laissent penser à l’existence d’opérations spéculatives réalisées sur la base d’informations anticipées.

    Mahmoud El May a indiqué que les variations brutales enregistrées récemment sur les marchés avaient été atténuées par les espoirs d’un compromis entre les États-Unis et l’Iran concernant le détroit d’Ormuz, passage stratégique pour le commerce mondial du pétrole.

    Revenant sur l’impact de ces dynamiques sur la Tunisie, l’ingénieur pétrolier a assuré que le pays ne faisait actuellement face à aucun problème d’approvisionnement en carburants. Il a démenti certaines informations circulant autour d’une supposée dépendance exclusive vis-à-vis de l’Azerbaïdjan, expliquant que la Tunisie s’approvisionne auprès de grandes sociétés internationales de négoce pétrolier basées notamment à Londres et à Genève.

    Selon lui, les achats tunisiens sont effectués sur la base de moyennes mensuelles afin de limiter l’impact des fluctuations extrêmes des prix sur les marchés internationaux. 

    Mahmoud El May a par ailleurs expliqué les différences entre la notion de « sécurité énergétique » de celle de « souveraineté énergétique ». Il a indiqué que la sécurité énergétique consistait à garantir l’approvisionnement du pays en quantités suffisantes et à des prix acceptables pour les ménages et les acteurs économiques. À ses yeux, cet objectif demeure assuré en Tunisie.

    En revanche, il a avancé que la souveraineté énergétique du pays s’était fortement fragilisée depuis plusieurs années. Selon ses chiffres, le taux d’autosuffisance énergétique tunisien est tombé à environ 35%, contre un niveau beaucoup plus élevé avant 2005. Concernant le gaz naturel, il a indiqué que la Tunisie dépendait largement des importations algériennes.

    L’expert a souligné l’importance stratégique des relations énergétiques entre Tunis et Alger, affirmant que l’Algérie accorde à la Tunisie des facilités de paiement et des conditions préférentielles qui permettent au pays de faire face à ses difficultés financières. Toutefois, il a averti qu’une dépendance excessive à un seul fournisseur constitue un risque pour la souveraineté énergétique nationale.

    Mahmoud El May a également alerté sur les conséquences budgétaires de la hausse des cours mondiaux du pétrole. Il a rappelé que la loi de finances tunisienne pour 2026 reposait sur une hypothèse de prix avoisinant 63 dollars le baril, alors que les cours actuels dépassent les 90 dollars en moyenne annuelle. Selon lui, chaque augmentation d’un dollar du prix du baril représente un coût supplémentaire estimé à près de 180 millions de dinars pour les finances publiques et pour la caisse de compensation.

    Il a néanmoins salué le maintien de la stabilité de l’approvisionnement en carburants sur le marché tunisien, soulignant que le pays dispose actuellement d’un stock stratégique couvrant environ 45 jours de consommation.

    Mahmoud El May a enfin plaidé en faveur d’une nouvelle approche de la politique énergétique tunisienne notant que les discours politiques excessifs autour de la souveraineté énergétique ont parfois découragé les investisseurs étrangers, particulièrement dans les secteurs de l’exploration pétrolière et des énergies renouvelables.

    L’ingénieur pétrolier a ainsi appelé à attirer davantage d’investissements internationaux, à développer la production nationale et à accélérer la transition vers les énergies renouvelables, tout en préservant la souveraineté de l’État à travers un cadre légal clair et stable.

    N.J

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